Sortir de l'histoire officielle

     



D'Eric Blair à George Orwell

Un article : https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2010-2-page-5.htm en pdf

De l’individualisme bienveillant à l’altruisme combatif.

Louis Gill : George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984

Bernard Crick : George Orwell - Une vie


Bernard Crick : George Orwell - Une vie

Biographie citée par Simon Leys dans Orwell ou l'horreur de la politique, lui même cité par Jean-Claude Michéa dans Orwell éducateur.
Je l'aurais bien titré «De Blair à Orwell» car on voit bien l'évolution littéraire et politique d'un polémiste.

Page 78 Les ravages des tranchées a permis à Eric Blair d'entrer à Eton : «...il était raisonnable de penser qu'il trouverait de la place après Noël s'il tenait bon, d'autant que les garçons partaient dorénavant tôt pour l'armée : l'hémorragie avait atteint son maximum et les fournitures en «matériel officier valable» commençaient sérieusement à diminuer.»
87-88 Ravages de la guerre dans les rangs d'Eton : «Les adolescents prenaient bien sûr les choses à leur mesure et n'avaient aucune expérience qui leur aurait permis de dissocier le normal de l'anormal. ... «Nous vivions dans un monde irréel qui, je crois, nous rendait peu désireux de regarder plus loin.» Dans la chapelle, la liste de ceux qui étaient morts au combat s'allongeait de plus en plus : sur les 5 687 Etoniens qui avaient été appelés : 1 160 furent tués et 1 467 blessés, une proportion extrêmement élevée de morts par rapport aux blessés mais aussi par rapport au nombre d’appelés : ce style d’officiers chargeaient à la tête de ses hommes.»
88 La distance sur les événements à l'arrière et l'inconscience de l'adolescence ««... Si vous distinguez vos véritables souvenirs de leurs modifications ultérieures, vous découvrez qu'en général ce ne furent pas les grands événements qui vous ont troublés à l'époque. Par exemple, je ne crois pas que la bataille de la Marne eut pour le grand public cet aspect mélodramatique qu’on lui attribua par la suite… De ces années de guerre, il me reste surtout le souvenir des épaules carrées, des mollets saillants et du tintement des éperons des artilleurs, dont les uniformes me plaisaient plus que ceux de l'infanterie. De même pour la dernière période, si vous me demandez de vous dire sincèrement quel est mon souvenir principal il me faut simplement répondre : la margarine. L'incroyable égoïsme des enfants a fait que vers 1917 la guerre cessa à peu près de nous affecter autrement que par nos estomacs.»»
Rejet de la guerre par le détachement marqué : ««Parmi les très jeunes, des réactions pacifiques «s'étaient développées bien avant la fin de la guerre. Être le plus détaché possible pendant les parades ... et n'éprouver aucun intérêt pour la guerre était considéré comme une marque d'intelligence»»
104 Rébellion adolescente et prise de conscience partielle « « A dix-sept ou dix-huit ans, j'étais à la fois snob et révolutionnaire. J'étais contre l'autorité, écrivit Orwell dans l,e Quai de Wigan, j'avais lu et relu toute l'œuvre disponible de Shaw, Wells et Galsworthy (alors encore considérés comme des auteurs " dangereusement avancés '') et je m'affirmais vaguement socialiste ». Il dit qu'il n'avait «pas très bien saisi ce que le socialisme signifiait» et n'avait «aucune notion de l'existence d'êtres humains dans la classe ouvrière». Il pouvait «sangloter sur leurs souffrances» par l'intermédiaire de livres : «The people of Abyss, de Jack London, par exemple» -- mais « je les détestais toujours et faisais semblant de ne pas les voir chaque fois que je me trouvais à leur contact. J'étais toujours révolté par leur accent, et leur coutumière grossièreté me rendait furieux». Orwell dit encore, à propos de cette période : «J'ai l'impression d'avoir occupé mon temps moitié à dénoncer le système capitaliste, moitié à pester contre l'insolence des receveurs d'autobus»»
1922-1927
124 Prise de conscience progressive du colonialisme et distance avec sa fonction «En Birmanie, il apprit à réprouver l'impérialisme, pas immédiatement mais graduellement ; entre-temps il accomplit ses tâches avec dégoût. … l'armée britannique et les services coloniaux étaient habitués aux solitaires excentriques qui lisaient des livres et se montraient relativement tolérants à leur égard. Parfois, dans les postes éloignés, c'était la seule chose à faire si l'on ne voulait pas sombrer dans l'alcool, là débauche ou - ce que l'on craignait par dessus tout - l'opium.»
127 «« ...Un jour j'ai assisté à la pendaison d'un homme ; cela me parut pire qu'un millier de meurtres : Je ne suis jamais entré dans une prison sans sentir ... que ma place était de l'autre côté des barreaux. » … Il lui fallut quelque temps avant de comprendre de quel côté des barreaux se trouvaient la tête et le cœur. … il ne s'agissait pas de la culpabilité ou de l'innocence des détenus opprimés de Birmanie mais de leurs souffrances inutiles endurées sous un système despotique dirigé par des étrangers. Manifestement, dès cette époque de nombreux faits ébranlaient et perturbaient le côté conventionnel des convictions d'Eric Blair. … « C’est curieux, mais jusqu'à ce moment, je n'avais jamais réalisé ce que signifie détruire un homme conscient et en pleine santé. Quand je vis le prisonnier s'écarter pour éviter la flaque d'eau, je compris le mystère, le mal inqualifiable qui consiste à abréger une vie en pleine force. Cet homme n'était pas en train de mourir, il était aussi vivant que nous. » »
129 «...son poste suivant ... était dans la plaine alluviale : plate, vide, avec des mangliers, des rizières, le tout infesté de moustiques et puant le pétrole.»
140 Extrait de Tragédie Birmane ««... Nous ... serions à peu près supportables si seulement nous admettions que nous sommes des voleurs et que nous continuions à voler sans faire de baratin.»»
144 Prendre à contre pied les propos xénophobes «Le moyen choisi par Orwell pour surmonter un préjugé et se faire le champion de la cause birmane n'était pas de les idéaliser mais de dire comme Mark Twain : «Que Dieu damne les juifs, ils sont aussi mauvais que nous ! »»
153-154 Été 1927 retour de Birmanie par Marseille où c'est déroulé une manifestation de travailleurs en faveur de Sacco et Vanzetti.
1928-1931
155 Passage par Paris et vie avec la «cloche» : ««Je vécus parfois pendant des mois parmi les pauvres et des individus à demi délinquants qui habitaient les pires parties des quartiers les plus pauvres ... A cette époque je me rapprochais d'eux par le manque d'argent, mais par la suite leur façon de vivre m'intéressa énormément pour elle-même.»»
162-163 Extrait du Quai de Wigan ««...je me suis tourné immédiatement vers les cas extrêmes, les parias de la société : les vagabonds, les mendiants, les criminels, les prostitués. Ils étaient les derniers des derniers et c'était avec ces gens que je voulais entrer en contact. Ce que je désirais profondément à l'époque, c'était de trouver en même temps un moyen d'échapper au monde respectableUn monde respectable hypocrite qui lui colle à la peau.
168 Des attentes littéraires vers un regard politique : «Le critique ne doit donc pas utiliser des mots comme « mensonge » ou «vérité» (même si l'auteur le fait), et observer simplement les progrès d'une imagination créatrice. Mais le souci qu'ont eu Blair et Orwell de revendiquer autant que faire se peut le crédit de la vérité littérale montre combien il se voulait un écrivain social ou «politique» au sens large, avant même de devenir clairement un «écrivain politique». Car le lecteur d'une œuvre «politique» redoute une déformation «des faits» ; il est par conséquent crucial de savoir s'ils sont ou non véridiques. La confusion semble tenir au fait (en partant des éléments montrant quel genre de littérature il visait) que ses mobiles de séjour à Paris furent au départ littéraires, mais que ses succès, lorsqu'ils arrivèrent, naquirent du regard plus politique qu'il porta ensuite sur cette période.»
172 En 1928 ! un journal presque gratuit «Eric Blair : «...Imaginons que ce genre de choses s'avère payante en France, pourquoi ne pas essayer nous-mêmes ? Pourquoi n'aurions-nous pas notre journal pour pas un rond, ou au moins pour un demi-penny, à Londres ? Dès lors que les journalistes sont surtout les agents publicitaires des grosses sociétés...»»
172-173 Progression du style d'écriture «Ses premiers écrits de journaliste furent ainsi plus proche du style final que ses romans du début. Il semble qu'il considérait le style journalistique comme un simple travail professionnel, alors qu'il était toujours à le recherche d'un style littéraire. Il lui fallut quelques années pour comprendre qu'il possédait déjà quelque chose de bien plus fin que ce qu'il recherchait...»
187 Des vérités pas bonnes à écrire et censure ou autocensure dans l'édition concernant jurons et grossièretés.«...que tous ces F... deviennent de véritables blancs ; et l'avertit des ennuis que pourraient attirer tous les détails sur la crasse des marchands de café ambulants et des hôtels de l'Armée du salut…. Son agent … «me donna une liste précise de toutes les modifications qu'il voulait voir apporter dans le livre. Les noms à changer, les jurons ... à couper»»
187 Première raison pour le choix d'un pseudo. «Cela semblait une décision raisonnable, et il ne faut pas chercher de mystère dans ce changement de nom. Il n'avait pas une grande confiance dans le livre [Dans la dèche à Paris et à Londres], les deux parties prises séparément étant en fait bien meilleures que l'ensemble...»
1932-1934
210 Choix du pseudo «Pour pseudonyme, l'ai pris le nom que j’utilisais toujours pendant mes vagabondages, etc. , P. S. Burton, écrivit-il à Moore, mais si vous trouvez que ce n'est pas un nom crédible, que penseriez-vous de Kenneth Miles, George Orwell, H. Lewis Allways. Je préfère plutôt George Orwell.» ...Ainsi naquit «George Orwell», et heureusement pas «H. Lewis Allways ». L'Orwell était une rivière qu'il connaissait et aimait, le nom complet a une connotation virile, très campagne anglaise, avec peut-être un vague fond industriel – note du traducteur : Orwell = ore (mine) + well (puits)»
216 Une critique littéraire d'Ulysse de James Joyce d'un livre interdit et qui marque GO par ses qualités : « Eric écrivit à Brenda une très longue lettre d'une dizaine de pages pour répondre à son « qu'est-ce que tu penses que Joyce recherche » ? Elle aurait pu être imprimée telle quelle, parce qu'elle constitue un morceau de critique littéraire intéressant et très pénétrant. Le livre l'avait beaucoup impressionné. « [pour répondre à ta question] on doit se demander ce que vise normalement un roman. Je dirais premièrement qu'il vise ... à présenter ou à créer des personnages, deuxièmement à fabriquer une sorte de modèle ou de dessein, ce que toute bonne histoire développe, et, troisièmement, si le romancier en est capable, à produire un texte bien écrit ce qui est possible même dans le vide et indépendamment du sujet ... Je pense qu' Ulysse suit ce schéma assez étroitement, mais ]a chose singulière et origina]e le concernant est qu'au lieu d'utiliser pour matériel de travail la version conventionnelle et très simplifiée de la vie, qui est offerte dans la plupart des romans, Joyce tente de présenter la vie plus ou moins comme elle est vécue. Bien sûr il n'essaie pas simplement de représenter la vie. Quand Ulysse sortit on entendit au début dire de partout que c'était une tentative visant à décrire une journée dans la vie de quelqu'un, sans rien laisser à l'écart, etc., etc. Ce n'est pas cela. Si on y pense, la description complète d'une journée, ou même d'une heure serait un énorme pensum indigeste, assez informe et probablement sans intérêt aucun, et de toute façon ne rendrait absolument pas la vie. L'art implique une sélection et il y a autant de sélection dans Ulysse que dans Pride and Préjudice [Orgueil et Préjugés de Jane Austen]. Simplement, Joyce tente de sélectionner et de représenter les événements et les pensées comme ils se produisent dans la vie, et non pas comme ils arrivent dans les œuvres de fictions. » »
220 Une sympathie pour ceux qu'il a attaqués «V.S.Pritchett émission sur BBC propos édités en 1949 «...il s'intéresse constamment à la tristesse de la vie qu'il décrit, et en est de plus en plus imprégné. Et il écrit avec un humour amer et une intelligence ponctués par de soudains accès de sympathie et de pitié pour ceux qu'il a attaqués.»»
234 Serait bon pour un psychanalyste ? Critique d'un éditeur ««Je ne sais rien d'Orwell, mais il est certainement clair qu'il a traverse l'enfer (pour employer une phraséologie commode) et qu'il y est probablement encore. Il ferait certainement un morceau de choix pour un psychanalyste. Il y a dans son travail, de façon latente ou apparente, à peu près toutes les grandes déviations. . . Vu ce rapport et ces derniers points, je le publierais en l'état plutôt que de le laisser filer, mais je proposerais à l'auteur de faire le genre de modifications que l'ai suggérées...»»
244 Eric Blair Extrait de Et vive L'Aspidistra (plante d'Asie) ««...Les gens de la classe moyenne … Ils étaient ficelés dans le paquet de la vie. Ils mettaient des enfants au monde, ce que les saints et les sauveurs d'âmes n'ont jamais la chance de faire.»»
252 Eric Blair ««La liberté consiste à dire aux gens ce qu'ils ne veulent pas entendre.»»
Changement de sensibilité politique après Le Quai de Wigan «Victor Gollancz fut le deus ex machina qui poussa Orwell à devenir un écrivain politique - même s'il chercha par la suite à se dissocier des conséquences qui en résultèrent - à un stade où celui-ci cherchait encore sa voie. Ce même mois de janvier 1936, il commanda à Orwell un livre sur les conditions de vie des chômeurs dans le nord industriel de l'Angleterre. Richard Rees affirma par la suite:«Il y eut un changement étonnant à la fois dans son écriture et, d'une certaine manière, dans son comportement, après son séjour dans le Nord et après avoir écrit ce livre. Je veux dire que c'était comme si un feu avait couvé en lui toute sa vie, qui brusquement s'embrasait. Mais je ne peux pas comprendre ni expliquer vraiment ce qui s'est passé alors. Je n'en sais strictement rien.»»
253 Victor Gollancz d'abord enthousiaste puis eu des doutes sur GO mais «...il eut cette idée brillante, évidente une fois trouvée, d'interrompre le flot annuel de romans qu'écrivait Orwell pour l'envoyer faire un reportage sur les conditions de vie d'authentiques travailleurs de l'industrie.»
Ses propres doutes sur ses capacités et sensations de perdre son temps «Le démon puritain lui menait la vie dure. Bien plus tard, peu avant sa mort, il écrivit dans son carnet que pendant toute sa vie d'écrivain « il n'y eut littéralement pas de jour où je ne me sois senti paresseux,...»»
254 «Il eu la force, l'intuition, la curiosité et l'humilité de vivre avec des gens ordinaires et non de descendre à l’hôtel ou dans une pension de famille de la petite bourgeoisie. Peu de journalistes, alors comme aujourd'hui, en aurait fait autant.»
Un garçon simple qui surprend dans l'air du temps et dans le monde ouvrier «Mrs Meale mal à l'aise en lui proposant de faire la vaisselle : «Les garçons ici s'attendent à être servis.»»
256 Ce qui est contredit par ces propos et aussi la vision de la saleté dans ce milieu par la classe moyenne «...dans ce milieu aussi spécialisé et fier des mineurs, les chômeurs nettoyait leur maison jusqu'à l'obsession, les hommes aidant ... aux tâches ménagères.»
256 Propos d'un vieux militant des mines «Pour lui la seconde partie[de quai de Wigan] était insultante et pleine d'ignorance tandis que la première partie en dehors des passages sur la propreté, constituait à ses yeux un brillant morceau de propagande ; elle était «belle» parce qu elle « disait la vérité» sur les mines de charbon, avec beaucoup de sensibilité et de détails précis - alors même qu'il n'était descendu que trois fois dans la mine.»
257 «... selon Jerry Kennan ... Il participa à toutes sortes de discussions politiques, et ne cacha pas qui il était, qui il avait été ni ce qu'il faisait, en dénaturant parfois les faits : «Il me raconta qu'il avait été colonel dans la police militaire birmane, qu'il avait fait ses études à Eton, qu'il n'avait jamais vu une région industrielle de sa vie, et je me souviens très bien l'entendre dire qu'avant ce voyage dans le Nord, ici, il n'avait jamais vu une grande cheminée d'usine ou une cheminée de houillère fumer. Sur le plan politique, c'était plutôt un gars cynique, qui semblait chercher, être en quête, d'une philosophie. Il était visiblement opposé à l'impérialisme britannique tel qu'il l'avait vu. Et il voulait découvrir l'état d'esprit et les pensées des ouvriers. Surtout les mineurs et les ouvriers au chômage.»»
257-258 «J'ai arrangé la chose [dit Jerry Kennan]. Je travaillais dans la section électricité. Et nous venions juste d'électrifier ce puits. Le puits nommé le Goulot, à juste titre. Et nous l'avons descendu ; il y avait le principal ingénieur, un Mr. Darbyshire, l'assistant, Mr. Glaidon, moi, et les deux garçons de Mr. Darbyshire. Bon, on l'équipa d'un casque et d'une lampe et on prit la galerie principale dans laquelle je pouvais évidemment confortablement me tenir debout, mais dans le chemin qu'il prit le plafond s'était affaissé. Et on n'avait pas parcouru 300 mètres qu'Orwell ne baissa pas la tête assez rapidement. Ça ne fit pas tomber le casque, ça le fit tomber lui. Il était groggy. Puis on le remit sur pieds, on le ranima et on reprit le chemin, mais plus on avançait plus le plafond était bas et le crois bien qu'il parcourut environ cinq cents mètres complètement replié sur lui-même. J'avais moi aussi à me baisser. . . A l'arrivée Orwell était incroyablement fatigué. Je me souviens l'avoir vu étendu sur le charbon à même le sol et je lui ai dit : C'est un si bon boulot qu'ils veulent pas vous voir en bas pour que vous écriviez un livre sur la mine. . . Bon, on retourna mais à trois reprises il fut totalement épuisé». En sortant du puits, ils durent à moitié porter Orwell. Mais il retrouva suffisamment de force pour boire un verre avec eux dans un pub voisin.»
259 «La Birmanie, Paris et l'étude des classiques n'avaient pas été du temps perdu : ce personnage très anglais pouvait d'une certaine manière transcender [dépasser en incluant] l'insularité particulière au socialisme anglais.»
265-266 En lisant ces pages je vois une certaine naïveté dans Orwell-Blair dans sa vision du nazi-fascisme. Il y voit une agonie du capitalisme et non une réaction de celui-ci.»
266-267 Par son voyage dans les mines du Nord dans ses articles «On y voit les combats qu'il livra pour trouver une forme grâce à laquelle il pourrait exprimer à la fois son indignation devant le présent et l'espoir qu'il avait de voir la société se transformer. Le célèbre passage dans son essais de 1946, «Pourquoi j'écris» doit être relu à cette lumière : « Je connus la misère et le sens de l'échec. Celle expérience accrut ma haine naturelle de l'autorité et me donna pour la première fois pleine conscience de l'existence de la classe ouvrière ; mon travail en Birmanie m'avait procuré une certaine compréhension de la nature de l'impérialisme. Mais ces expériences ne suffisaient pas à me donner une orientation politique bien définie. Puis Hitler, la guerre civile espagnole, etc. A la fin de 1935, je n'avais toujours pas réussi à me décider pour de bon. La guerre d'Espagne et certains événements en 1936-37 renversèrent la situation et je sus alors où je me situais. Tout ce que l'ai fait de sérieux depuis 1936 a été écrit, directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le Socialisme démocratique, tel que je le vois.» Il était tout à fait engagé aux côtés du« Socialisme démocratique » avec le soin qu'il prit à mettre un grand « S » et un petit « d » avant même de partir pour l'Espagne, mais il ne s'était pas engagé « contre le totalitarisme ». Ce fut l'Espagne, et non Wigan, qui le convainquit que le Parti communiste était irrémédiablement contre la révolution et qui lui fit voir certaines ressemblances entre le stalinisme et l'hitlérisme. »
275-276 Niant la qualité des critiques littéraires de la presse catholique il en critique l'ouverture de celle communiste ««Le problème principal avec les marxistes est que, possédant un système qui paraît tout expliquer, ils ne cherchent jamais à découvrir ce qui se passe dans la tête des autres. ...»»
290 «Kopp avait été intrigué en lisant, sur le rôle de la compagnie : «Eric Blair, épicier». Ils avaient le même genre d'humour caustique et cela aidait à passer le temps.»
290-291 [1937] «La milice dont Orwell faisait partie avait été assemblée à la hâte l'année précédente, dans les premiers jours de la mutinerie de Franco, par les syndicats et les partis politiques, et c'est à eux que les soldats faisaient allégeance, bien plus qu'au gouvernement central. En fait, les marxistes du POUM étaient aussi opposés, en pratique, au contrôle de l'État centraliste que les anarchistes l'étaient en théorie, et ils estimaient que le parti communiste était corrompu par le pouvoir de l'état. La Batalla, le journal du POUM, avait été le seul à dénoncer en Catalogne les procès de Moscou de juillet 1936 et l'exécution en août par Staline des « vieux bolcheviques » ; il affirmait même avoir été le premier journal à comprendre ce qui se passait. La milice du POUM était « en théorie, à tous les échelons... une démocratie sans hiérarchie » comme si chaque centuria constituait une commune ou un soviet. Il y avait des officiers et des sous-officiers, on donnait des ordres et on s'attendait à ce qu'ils fussent exécutés ; mais on les donnait entre camarades en expliquant les tenants et les aboutissants, il ne s'agissait pas de tester « l'obéissance aveugle ». Ainsi, «  il n'y avait pas de grades dans le sens habituel, pas de titres, pas de galons, pas de claquements de talons et pas de salut », raconta Orwell. Tout le monde jouait le même rôle, avait la même nourriture, portait le même uniforme et vivait dans les mêmes lieux. « Le point essentiel, c'était l'égalité sociale entre les officiers et les hommes. Tous. . . vivaient sur le même pied d'égalité. . . Bien sûr, ce n'était pas l'égalité parfaite, mais je n'avais encore rien vu qui en approchait autant et je n'avais jamais pensé cela réalisable en temps de guerre. Je ne compris pas que je m'étais retrouvé plus ou moins par hasard au cœur de la section la plus révolutionnaire de la classe ouvrière espagnole. » Et ce mois de juin il écrivit à Connolly, de l'hôpital : « J'ai vu des choses merveilleuses et finalement je crois réellement au socialisme, ce qui n'avait jamais été le cas.» Orwell croyait au socialisme avant, comme le prouvent Le Quai de Wigan et ses critiques littéraires de l'époque. Mais il n'y croyait pas « réellement » : ce n'était que fait intellectuel et compassion pour la souffrance des autres. En Catalogne, il l'expérimenta lui-même. Il cessa d'être condescendant, il fut plongé dans la camaraderie. Rien de ce qui se produira par la suite n'effacera cette expérience extraordinaire. Il la personnifia dans le tout premier paragraphe d'Hommage à la Catalogne, où il raconte comment il échangea une poignée de mains avec un milicien italien inconnu, simple, candide et féroce, qu'il rencontra juste quelques instants. « Bizarre, l'affection qu'on peut éprouver pour un étranger. »»
291 Témoignage de Joseph Rovira commandant de la 29e division dans Orwell avait combattu : ««On pouvait immédiatement voir qu'il prenait le même plaisir à observer qu'un enfant. Son regard fixe d'introverti ne constituait pas un obstacle car il pouvait immédiatement établir une très chaleureuse relation. La majorité des miliciens étaient jeunes et joyeux, comme il les décrivit lui-même, et aucun d'eux n'avait deviné que l'étranger aux longues Iambes, qui devait toujours se baisser dans les tranchées alors que les autres marchaient normalement, était un intellectuel, un écrivain qui notait tous les détails de son environnement, et notamment les traits psychologiques des êtres humains dont il partageait la vie en toute camaraderie… Contrairement aux autres volontaires étrangers présents dans les milices… Orwell était venu prendre part aux combats, sans vouloir tirer grand-chose le significatif, puisqu'il n'était pas un aventurier en quête d'honneurs et de décorations. Pendant tout le temps qu'il passa sur le front, il ne quitta jamais les tranchées, sauf une fois lorsqu'il fut blessé et une autre pour une courte permission - ce qui signifie qu'il ne chercha jamais à entrer en contact avec la hiérarchie militaire, avec les hommes politiques ou avec les journalistes, dont certains se trouvaient dans des divisions plus ou moins éloignées des premières lignes.»»
296-297 Pour Orwell le franquisme était différent des nazi-fascistes. Il visait surtout au maintien d'un certain féodalisme.
297-298 D'abord favorable aux communistes, les trouvant plus réalistes en mettant en avant la lutte contre les nazi-fascistes avant la révolutions et étant mieux équipés par les armes fournies par les russes, changea d'avis après sa permission à Barcelone où il fut témoin et victime de la répression contre le POUM.
298 et 306 Willy Brand «il ne se rencontrèrent que brièvement» jeune exilé allemand cherche à se faire une opinion éloignée des révolutionnaires mais opposée au système du parti unique,  et refusant de se réfugier en Angleterre.
301 Arthur Koestler d'abord pro communiste soutenait les choix des communistes espagnoles (mais s'éloigna plus tard des staliniens)
305 «Le souvenir du martyre d'Andrés Nin hanta longtemps la mémoire d'Orwell ...»
305 Inconscience d'Orwell en allant essayer de sortir du commissariat Kopp officier du POUM, cette organisation étant combattue par les communistes.
306 Analyse après s'être échappé du bourbier espagnol : «A Perpignan, ils butèrent contre Fenner Brockway, le secrétaire général de l'ILP, qui revenait en Espagne afin d'essayer d'en faire sortir quelques autres. Brockway n'avait rencontré Orwell qu'une fois auparavant, mais il le trouva « beaucoup plus mûr, dans sa conviction socialiste ». Ils eurent une longue discussion jusque tard dans la nuit ils parlèrent de l'Espagne et des endroits où l'on pourrait publier lettres et articles destinés à avertir les autres membres du Front populaire des agissements communistes et à obtenir la libération des camarades emprisonnés. Ils discutèrent encore de la situation politique internationale et s'accordèrent à penser, selon Brockway, que le gouvernement britannique s'intéressait plus à combattre le communisme et le socialisme que le fascisme, et qu'ainsi, si la guerre éclatait avec l'Allemagne ce serait un conflit purement impérialiste, un combat du capitalisme pour le contrôle des marchés, qui ne s'attirerait certainement pas le soutien des véritables socialistes. ...»
307 Guerre d’extension et commerciales : «L'article pour The New Statesman and Nation lui fut refusé, aussi le publia-t-il en deux parties dans son vieux journal habituel, The New English Weekly, le 29 juillet et le 2 septembre. Il racontait le « régime de terreur » instauré par le gouvernement, soutenu par les communistes, contre « ses propres révolutionnaires » ; il disait que le véritable combat en Espagne se jouait entre la révolution et la contre-révolution dans le camp du gouvernement. Il alla jusqu'à accuser la classe moyenne républicaine de pencher pour une paix séparée avec Franco de crainte que la victoire ne signifie la révolution. Pour faire bonne mesure, il expliquait que le gouvernement britannique, par crainte du « communisme » (déplacée en l'occurrence) et par sympathie pour le fascisme espagnol, avait augmenté les risques d'une nouvelle guerre mondiale, laquelle ne serait pas considérée comme une guerre antifasciste mais plus simplement comme une réaction capitaliste et nationaliste à l'expansionnisme militaire et commercial de l'Allemagne...»
308 «Borkenau comme lgnazio Silone, Arthur Koestler et George Orwell lui-même en était venu à conclure, aussi horrible et paradoxal que cela pouvait paraître, que le stalinisme et le fascisme avaient quelques points communs à la fois dans leur style et dans leurs méthodes. Le mot que Mussolini avait utilisé en s'en glorifiant, ils s'en servirent pour désigner l'unique dessein des autocraties modernes, le «totalitarisme».»
308-309 Critique de Spanish Cockpit de Franz Borkenau refusé par le journal demandeur de celle-ci  étant en contradiction avec la ligne politique éditoriale. «Pour Orwell, ce genre d'«opportunisme» revenait à tolérer le «meurtre nécessaire», dénotait «une mentalité de putain»...»
309 «Orwell dans son essai The prevention of Literature en 1946 «Pour tenir un langage clair et vigoureux, on doit penser sans crainte, et si l'on pense sans crainte on ne peut être politiquement orthodoxe.»»
«La polémique et Orwell firent route ensemble les années suivantes.»
311-312 Campagne de calomnie contre le POUM et donc contre lui. Il en devient menaçant et prêt à un procès.
314 En 1938 «Une lettre à Geoffrey Gorer ... «Le baratin du Front populaire revient à ceci : quand la guerre éclatera, les communistes, les travaillistes, etc. au lieu de chercher à arrêter la guerre et à renverser le gouvernement, seront du côté du gouvernement, si le gouvernement est du bon côté, c'est-à-dire contre l'Allemagne. Mais quiconque a un peu d'imagination devine que le fascisme, sous un autre nom évidemment, sera imposé dès le début de la guerre. Ainsi, on aura le fascisme avec participation des communistes qui, si nous sommes alliés à l'URSS, prendront une part dominante. C'est ce qui s'est produit en Espagne. Après ce que l'ai vu en Espagne, j'en suis arrivé à la conclusion qu'il est futile d'être « antifasciste » tout en cherchant à conserver le capitalisme. Le fascisme n'est après tout que le développement du capitalisme, et la démocratie la plus modérée, comme on dit, est capable de tourner au fascisme à la première morsure. Nous aimons dire que l'Angleterre est une démocratie, mais notre façon de diriger l'Inde est aussi mauvaise que le fascisme allemand, même si à l'extérieur cela dérange moins. Je ne vois pas comment on peut s'opposer au fascisme sans chercher à renverser le capitalisme, en commençant bien sûr par son propre pays. Si l'on collabore à un gouvernement impérial-capitaliste pour lutter « contre le fascisme », c'est-à-dire contre un rival de l'impérialisme, cela revient simplement à laisser entrer le fascisme par la petite porte. Tout le combat en Espagne, du côté du gouvernement, a tourné autour de cette question. Les partis révolutionnaires, les anarchistes, le POUM, etc. voulaient continuer la révolution tandis que les autres voulaient se battre contre le fascisme au non de la « démocratie », et bien sûr, lorsqu'ils se sentiront assez solides sur leurs positions et qu'ils auront dupé(s) [laissé par l'éditeur?] les travailleurs en leur faisant rendre les armes, ils réintroduiront le capitalisme. La chose la plus grotesque, que peu de personnes vivant en dehors de l'Espagne ont comprise, est que les communistes sont les plus à droite et qu'ils sont plus pressés que les libéraux eux-mêmes de chasser les révolutionnaires et d'anéantir toutes les idées révolutionnaires.»»
315 «Pour Orwell, une guerre entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne seraient simplement un conflit opposant «une bande de voleurs à une autre », comme il le dit à Paddy Donovan.»
319 Pour une éventuelle collaboration à un journal indien extraits d'échanges de courriers ««Je suis pratiquement convaincu que c'est quelqu'un de difficile car il a eu une vie extrêmement pénible (son premier livre était Down and Out in London and Paris, comme vous devez le savoir), mais je suis prêt à faire plus d'un sacrifice pour quiconque sait écrire un anglais clair et puissant, comme lui.» ... «Il n'y a aucun doute dans mon esprit qu'il s'agit d'un écrivain important, mais je pense qu'il faut que vous soyez préparé au fait que, selon moi, il est plus un extrémiste qu'un militant de gauche ...»»
364 Dans Le lion et la licorne : ««Après 1918, quelque chose est apparu qui n'avait jamais existé auparavant en Angleterre : des gens sans classe sociale déterminée. En 1910, tout habitant de ces îles pouvait être « situé » instantanément par ses vêtements, ses manières et son accent. Cela n'est plus le cas. Ce n'est surtout pas le cas dans ces nouvelles cités qui se sont créées avec l'arrivée des voitures bon marché et le glissement vers le Sud de l'industrie. L'Angleterre future se situera dans les régions d'industrie légère et le long des principaux axes routiers ... A cette civilisation appartiennent des gens qui sont déjà du monde moderne et le représentent, les techniciens, les ouvriers très spécialisés et hautement rémunérés, les aviateurs et les mécaniciens, les experts radio, les producteurs de film, les journalistes populaires et les chimistes de l'industrie. Ils sont la strate intermédiaire contre laquelle se heurtent les vieilles distinctions de classe … Ces gens sont indispensables [pour battre Hitler], parce qu'en leur sein se trouve l'essentiel des techniciens. Il est évident que le snobisme et l'ignorance politique de [ces] gens … poseront beaucoup de difficultés ... On ne peut les approcher qu'à travers leur patriotisme. Un mouvement socialiste intelligent utilisera leur patriotisme, au lieu de l'insulter comme auparavant.»»
«Il proposait alors un programme en six points. Premièrement la nationalisation de la terre, des mines, des banques, des chemins de fer et des principales industries ; deuxièmement, la limitation du revenus « afin que les revenus les plus élevés, après impôt, ne soient pas plus de dix fois supérieurs aux plus bas » ; troisièmement, la réforme de l'enseignement « à des fins démocratiques » ; quatrièmement et cinquièmement, l'octroi immédiat à l'Inde du statut de dominion avec la possibilité de faire sécession dès la fin de la guerre ...»
365 Description toujours dans Le lion et la licorne d'une révolution respectant les racines de la civilisation anglaise, mêlant répression et bienveillance. Description d'une révolution douce mais sans compréhension des exigences sans concession du capitalisme. «Il abolira la chambre des Lords mais n'abolira probablement pas la Monarchie. Il laissera des anachronismes et des choses inutiles, le luge avec sa perruque ridicule, le lion et la licorne sur les boutons de képi. Il ne créera pas une nouvelle dictature de classe. Il se regroupera autour de l'ancien parti travailliste et trouvera l'essentiel de ses partisans dans les syndicats, mais il attirera à lui surtout les classes moyennes et les fils de la bourgeoisie. Ses penseurs viendront le plus souvent de cette nouvelle classe indéterminée. . . ceux qui se sentiront à l'aise dans cette ère de radio et de ferro-ciment. Mais il ne perdra jamais contact avec la tradition du compromis et le respect de la loi, qui est au-dessus de l'État. Il abattra les traîtres, mais leur fera auparavant un procès solennel, et parfois il les acquittera. Il écrasera toute révolte ouverte, immédiatement et sans pitié, mais il se mêlera très peu de ce qui se dit et s'écrit. Les partis politiques existeront toujours avec leurs noms différents, les sectes révolutionnaires publieront toujours leurs journaux, et auront toujours aussi peu d'influence. . . Il montrera une telle capacité à assimiler le passé que les observateurs étrangers en seront très surpris et parfois même douteront qu'il y ait jamais eu une révolution.»
365-366 En 1940 il n'aspirait qu'à écrire des livres, élever des poules et faire pousser des légumes.
387 Pour Julian Symons Orwell à une «méfiance à l'égard de la mécanisation ... en conservant l'amour de l'enfance pour des choses comme les arbres, les poissons, les papillons ... on a quelque chance de préparer un avenir pacifiste et décent, alors qu'... en admirant l'acier et le béton, on accroît encore plus sûrement les risques de voir les êtres humains vivre dans un monde où ils n'auront d'autres soupapes par où évacuer leur excès d'énergie que la haine et le culte du chef.»»
388 Ne souhaite garder qu'une famille royale de pacotille tout en supprimant les titres de noblesse. Sa terrible nostalgie de la vieille Angleterre.
389 D'un responsable du journal Tribune ««George a atterri sur notre bureau de la même manière qu'il s'en ira, libre comme un oiseau. Soyons heureux de l'avoir avec nous...»»
390 Méfiance envers les intellectuels opposés à Hitler mais prêts à accepter Staline. Ce qui rappelle le comportement des nôtres en France après la libération.
391 Une certaine sympathie pour les anarchistes parce qu''Orwell refusait tout espèce de pouvoir étatique.
396 Malgré la qualité du contenu et par les risques diplomatique avec l'URSS Orwell rencontrent des difficultés pour éditer La ferme des animaux. Il refuse de diffuser son texte en feuilleton dans un journal de droite.
404 «La critique qu'Orwell fit de l'hédonisme et la manière dont il le rattacha aux alternatives politiques apparaissent très clairement dans deux paragraphes de son essai sur «  Arthur Koestler » : « Pour prendre une décision politique rationnelle il faut avoir une image de l'avenir. En ce moment Koestler semble n'en posséder aucune, ou plutôt en posséder deux qui s'annulent. En dernier objectif, il croit au Paradis terrestre, la Cité du Soleil que les gladiateurs tentent de fonder, et qui a hanté l'imagination des socialistes, des anarchistes et des hérétiques religieux pendant des centaines d'années. Mais son intelligence lui dit que le Paradis terrestre n'existe qu'à long terme et que ce qui s'annonce aujourd'hui est le bain de sang, la tyrannie et la privation. Récemment, il s'est décrit lui-même comme « un pessimiste à court terme »... Depuis 1930, le monde n'a donné aucune raison d'être optimiste. Rien en vue, sinon une masse de mensonges, de haine, de cruauté et d'ignorance, et derrière nos troubles actuels se dessinent des troubles plus grands qui ne font qu'entrer aujourd'hui dans la conscience européenne. Il est possible que les grands problèmes de l'homme ne soient jamais résolus. Mais c'est aussi impensable ! Quel est celui qui, regardant le monde d'aujourd'hui oserait se dire à lui-même : « Ce sera toujours comme cela : même dans un million d'années, il n'y aura guère de réelle amélioration » ? Ainsi vous en arrivez à cette croyance quasi mystique qui veut que pour le présent il n'existe aucun remède, que toute action politique est inutile, mais que quelque part dans l'espace et le temps la vie humaine cessera d'être cette chose bestiale qu'elle est maintenant. La seule issue commode est celle du croyant, qui considère cette vie plutôt comme une préparation à la suivante. Mais peu de gens pensants croient aujourd'hui à une vie après la mort... Le vrai problème est comment restaurer l'attitude religieuse tout en acceptant l'issue finale. Les hommes ne peuvent être heureux que lorsqu'ils ne croient pas que le but de la vie est le bonheur.»»
405-406 «Orwell établissait un lien direct entre la pornographie et le culte du pouvoir ... que « les gens ordinaires, dans l'ensemble, vivent encore dans le monde dit bien et du mal absolus dont les intellectuels se sont depuis longtemps échappés ». (Deux nouveaux thèmes de 1984 s'affirment ici clairement.) Comme bien souvent, la critique est plus claire que le remède. Croyait-il vraiment que les idées de « bien et de mal absolus », contenues dans « le code traditionnel » de Raffles pouvaient être définies et devenir universelles ? Les gentlemen ont toujours eu une morale très relative. Mais il soulevait un point qui, aujourd'hui comme hier, « passe pour indélicat ». Il y revint à propos de l'art de Salvador Dali. « Si vous dites que Dali, bien que brillant dessinateur, est une sale petite fripouille, on vous prend pour un sauvage. Si vous dites que vous n'aimez pas les corps en putréfaction et que les gens qui aiment cela sont des malades, on estime que vous manquez de sens artistique. On devrait pouvoir accepter simultanément que Dali est un bon dessinateur et un être humain dégoûtant. L'un n'annule pas l'autre, ni ne l'affecte. La première chose qu'on demande à un mur est qu'il tienne debout. S'il tient debout c'est un bon mur et la question de son utilité est indépendante. Et pourtant le meilleur mur du monde mérite d'être abattu si c'est celui d'un camp de concentration. »»
407 «Le 15 mars 1945, Orwell partit enfin se confronter à la guerre. Il était revêtu de l'uniforme d'officier propre aux correspondants de guerre, portait sa machine à écrire et une grande valise. Les temps de l'examen médical semblaient révolus ou contournés. Il utilisa pour base l'hôtel Scribe à Paris, pendant deux semaines, avant de partir pour Colonne. L'hôtel Scribe était rempli de correspondants de guerre, qu'il trouva pour la plupart ennuyeux. Tous sauf un comme le rappelle Paul Potts (trouvé sur le Net essai de Paul Potts, DON QUIXOTE ON A BICYCLE, [qui] se concentrent sur des aspects de leur amitié ... Une recherche sur Paul Potts indique qu'il est né en 1911 et décédé en 1990. En 2006, un livre de ses écrits a été rédigé.) A son grand plaisir, il vit le nom d'Hemingway. Il ne l'avait jamais rencontré. Il alla frapper à sa porte. Quand on lui dit d'entrer, il ouvrit la porte, resta dans l'entrée et dit : « Je suis Eric Blair. » Hemingway, qui se tenait de l'autre côté du lit, sur lequel il y avait deux valises, était en train de ranger ses affaires, et ce qu'il voyait n'était qu'un autre correspondant de guerre, à l'évidence britannique, si bien qu'il beugla : « Hé, que diable voulez-vous ? » Orwell répondit timidement : « Je suis George Orwel1. » Hemingway repoussa les valises au bout du lit, se pencha, sortit une bouteille de scotch de dessous le lit et toujours beuglant lui dit : « Pourquoi diable ne l'avez-vous pas dit ! Buvez un coup. Un double. Sec ou à l'eau, il n'y a pas d'eau de Seltz . » »
423 «Orwell devint célèbre du jour au lendemain. « Comme Orwell » devint synonyme de sérieux moral exprimé avec humour, simplicité et subtilité. Quatre années après, « orwellien » devenait, un peu à tort, synonyme «  d'avenir catastrophique » .»
424-425 Pour les critiques anglais ou américains quelle interprétation de La ferme des animaux ? «un pamphlet général contre le socialisme en général ... une révolution trahie ou impossible ou indésirable ... l'opposition d'Orwell au centralisme ou au collectivisme oligarchique le rapprochait à l'époque de la pensée anarchiste.»
427 « Orwell aurait dû méditer ce point soulevé par Empson sur l'allégorie et l'ambiguïté, avant de s'embarquer dans son nouveau livre. 1984 soulève plus encore ce même problème et fait aussi l'objet de plusieurs interprétations politiques. Orwell était suffisamment sûr des idées de ses lecteurs anglais quand il écrivait La Ferme des Animaux. La cible aussi était claire. Dans son essai sur Koestler en 1944, il parlait du « péché d'à peu près tous les gens de gauche à partir de 1933, [qui] avaient voulu être antifascistes sans être antitotalitaristes ». Ses lecteurs anglais le connaissaient pour ce qu'il était - un socialiste du Tribune - et devaient lire son livre à cette lumière ; mais ce n'était pas très réaliste de sa part d'attendre la même compréhension d'un public mondial. »
430-431 Malgré que ce soit les anarchistes espagnols qui lui montrent que le socialisme était possible il avait une méfiance vis à vis des anarchistes mais solidaire en cas de répression. Surtout contre leur pacifisme. «Lui-même reprenait maintenant à son compte ces implications. Il prit une part active aux protestations contre le harcèlement et les poursuites dont faisaient l'objet les anarchistes britanniques. Orwell avait de curieuses relations avec les anarchistes et l'anarchisme. A son retour d'Espagne, il avait rejoint l'ILP mais s'était senti assez proche des anarchistes : ce furent les anarchistes espagnols qui lui montrèrent, dit-il, que le socialisme était possible. Pendant la guerre, il s'opposa à eux, tout comme îl s'opposa à l'ILP pour son pacifisme et son refus de l'effort de guerre. Cependant, vers la fin de la guerre, il avait de nombreux amis et de nombreuses relations chez les anarchistes, tels Herbert Read, George Woodcock, Marie Louise Berneri, Vernon Richards (dont les photographies d'Orwell dans Canonbury devinrent célèbres) et leur ami Julian Symons. Après la guerre, il reprit ses bonnes relations tout en demeurant sur ses gardes. Il donna une critique de livre à Freedom et publia(gratuitement) et pour la première fois son « Comment meurent les pauvres » dans le journal de George Woodcock, Now, en novembre 1946, mais sa pensée resta toujours teintée d'une certaine ambivalence à leur égard. En 1946 encore, dans un article qu'il écrivit pour The Manchester Evening News, Orwell critiqua fermement l'anarchisme et le pacifisme. Il y voyait « un genre de primitivisme » incompatible avec une société industrielle à « haut niveau de vie », laissant entendre que le type d'État dont avait besoin une société industrielle était inévitablement oppressif et coercitif. Plus encore, le pacifisme affaiblit les pays mêmes qui le tolèrent le plus. Lui-même n'était pas clair sur la question de savoir s'il fallait renforcer l'État pour la guerre ou l'affaiblir pour la liberté ; si le pouvoir était mauvais en tant que tel ou si seul l'abus de pouvoir l'était. Cependant, quand les anarchistes furent attaqués, il courut à leur rescousse sans ambiguïté. Fin 1944, la Spécial Branch de Scotland Yard avait effectué un raid dans les bureaux de War Commentary, le prédécesseur de Freedom, et emporté la liste des membres et des abonnés. Cette action entraîna de nombreuses protestations. Orwell tempêta dans Tribune et signa une pétition de Herbert Read, avec T. S. Eliot, E. M. Forster et Stephen Spender, parmi d'autres. Puis en 1945, juste avant la fin de la guerre en Europe, le ministère public poursuivit les directeurs de War Commentary au titre de la Réglementation de guerre, pour avoir tenté de « saper le moral des forces de Sa Majesté ». Trois d'entre eux furent condamnés, le 27 avril, à neuf mois de prison chacun. Orwell fut indigné. Il vit dans cette poursuite intentée par le gouvernement une décision politique qui augurait mal de la liberté de parole en temps de paix. Il signa une lettre de protestation qui fut publiée dans le Tribune du 4 mai. »
432 « Orwell estima que le Freedom Defence Committee s'intéressait trop peu à la défense des citoyens de gauche poursuivis pour des raisons politiques, si bien que, tout en demeurant vice-président, il se trouva mêlé l'année suivante à une négociation compliquée, à l'initiative d'Arthur Koestler, comprenant lui-même, Koestler, Bertrand Russell et Victor Gollancz, pour tenter de créer une « League for the Dignity and Rights of Man » d'une plus large ampleur. Orwell rédigea un manifeste de deux pages où il précisa les buts et les objectifs. La Ligue devrait avoir un double but, celui de clarification théorique et d'action pratique. La première clarification serait de redéfinir le mot « démocratie». Il fallait aller au-delà du libéralisme du XIXe siècle.
Avant toute chose il conviendrait de définir les principales fonctions de l'État.
(1) Garantir au citoyen une égalité de chance à sa naissance.
(2) Le protéger contre l'exploitation économique par des individus ou des groupes.
(3) Le protéger contre l'entrave ou le détournement de ses dons créatifs.
(4) Remplir ces buts avec l'efficacité maximum et le minimum de contrainte. »
447 « Dans « The Prevention of Literature » [Ce qui gêne la littérature], publié dans le numéro de janvier de Polemic, il exprima une idée qui, à peine exagérée, pourrait aboutir aux machines du Ministère de la Vérité fabriquant du porno pour distraire les Prolos : « Bien sûr, on va continuer à se servir de l'imprimerie, et il est intéressant de deviner quelles sortes de sujets survivraient dans une société totalitaire rigide. Les journaux continueront sans doute à exister jusqu'à ce que la télévision ait atteint un niveau technique suffisant, mais en dehors des journaux, il est douteux même aujourd'hui que la grande masse des gens vivant dans les pays industriels ressentent le besoin d'une quelconque littérature. . . sans doute des romans de bas niveau et avides de sensationnel survivront ; ils seront produits par une sorte de chaîne de montage qui réduit l'initiative humaine au minimum. L'intelligence humaine pourra probablement inventer des machines à écrire des livres. Mais ce genre de processus mécanique est déjà observable au cinéma et à la radio, dans la publicité et dans la propagande ainsi que dans les plus bas échelons du journalisme.»»
447-448 « Dans un article qu'il écrivit cet hiver-là, intitulé « Toward European Unity », [Vers l'Unité européenne], il entrevoyait une conséquence possible de l'arrivée de la bombe atomique : « La peur inspirée par la bombe atomique et d'autres armes futures sera si grande que tout le monde veillera à ne pas les utiliser. Cela me semble la pire des possibilités. Cela signifierait la division du monde entre deux ou trois grands super-États, incapables de se dominer mutuellement et impossibles à renverser par des révoltes internes. Selon toute probabilité, ils auront une structure de type hiérarchique, avec une caste demi divine en haut et un esclavage total en bas, et l'écrasement des libertés sera pire que tout ce que le monde a connu jusqu'à présent. Dans chaque État, la psychologie générale requise sera maintenue par une rupture complète avec le monde extérieur, et par une guerre des ondes permanente contre les États rivaux. Les civilisations de ce type peuvent rester statiques pendant des milliers d'années.»»
448 « A ses yeux cette tradition « de liberté, d'égalité et d'internationalisme » n'existait, encore que de façon précaire, qu'en Europe occidentale; en URSS « il règne une sorte de collectivisme oligarchique » ; en Amérique du Nord « les masses se satisfont du capitalisme, et on ne peut dire quel tour cela prendra quand le capitalisme commencera à s'effondrer » ; « les mouvements nationalistes asiatiques sont fascistes dans leur comportement, ou bien ils regardent vers Moscou, ou bien encore ils tentent de combiner ces deux attitudes » ; et pour le moment, ajoutait-il, « tous les mouvements chez les peuples de couleur ont une tendance au mysticisme racial ». »
472 « En dépit de ses défauts, 1984 apparaît comme un modèle théorique cohérent de ce que serait un régime qui mélangerait les techniques du communisme à celles du nazisme à seule fin de perpétuer une élite de dirigeants intellectuels assoiffés de pouvoir. Il se présente aussi comme un cauchemar vraisemblable qui n'a cessé de nous hanter, plus que toutes les autres anti-Utopies de ce siècle, qu'il s'agisse de celles de Wells, de London, de Huxley ou de Zamyatine, auxquelles Orwell avait emprunté, mais en améliorant beaucoup le genre et en le transcendant. »
487 « Il avait néanmoins écrit un chef-d'œuvre de spéculation politique. 1984 est au xx' siècle ce que le Leviathan de Thomas Hobbes fut au XIIe siècle. Il avait défini et montré le risque du totalitarisme, tout en le parodiant, exactement comme Hobbes avait défini et tenté de justifier le pouvoir autocratique. A St Cyprian et en Birmanie, Orwell avait fait l'expérience des systèmes autocratiques de gouvernement, mais son long voyage à travers la politique européenne pendant les années trente et quarante l'avait conduit à comprendre que la plus grande menace contre l'humanité était le totalitarisme. Le premier limite notre humanisme, mais le second le détruit. Ce fut l'un de ses grands thèmes. Si le totalitarisme devenait notre vie ordinaire, alors toutes les autres valeurs humaines, la liberté, la fraternité, la justice sociale, l'amour de la littérature, l'amour du discours franc et de l'écriture claire, la foi en l'honnêteté naturelle, la foi en une correction naturelle chez ]es gens ordinaires, l'amour de la nature, le plaisir de constater la disparité des hommes, le patriotisme enfin disparaîtraient. Il défendait la primauté du politique simplement pour défendre des valeurs qui n'étaient pas politiques. Ainsi tout étant d'abord un écrivain politique, il n'avait cependant pas défini explicitement ses positions. C'est le défaut de ce chef-d'œuvre de la littérature et de la pensée politique. Nous devons savoir pourquoi l'espoir repose dans les prolétaires ; et nous devons savoir s'il croyait que le pouvoir absolu n'avait pas besoin d'idéologie, autre que celle du pouvoir pour lui-même, ou s'il visait simplement à brosser une satire des assoiffés de pouvoir. Le livre était tout à fait compatible avec ce qu'il avait écrit auparavant, et l'essentiel de son inspiration découlait de ce qu'il avait écrit auparavant. Il ne résume cependant pas le travail de sa vie, ce n'est pas son « summa », et ce n'est pas davantage un testament politique, ou un testament d'aucune sorte. Ce fut simplement le dernier livre qu'il écrivit avant sa mort. »
494-495 « Même après sa mort, de bien curieuses difficultés attendaient cet esprit curieux, indigné, doux et honnête, qui cherchait maintenant une place pour son dernier repos - cet homme qui avait « l'indépendance de Swift et l'humilité d'Oliver Goldsmith », et qui fut « la conscience glaciale d'une génération». Sa demande inattendue d'être enterré dans un cimetière religieux, alors qu'il n'avait aucune relation avec aucune église, aucun prêtre ou curé, créait des problèmes. Entre-temps, Astor trouva une place dans le très joli cimetière de l'église de All Saints, à Sutton Courtenau, Berkshire, près de sa propriété familiale. Comme l'athée Thomas Hobbes avait eu besoin du pouvoir d'un grand propriétaire, d'un duc du Devonshire, pour se faire enterrer en terre sacrée, le sceptique de gauche avait besoin du pouvoir d'un propriétaire de journal. La demande d'Orwell n'était pas surprenante. Il aimait la terre, il aimait l'Angleterre et il aimait la langue liturgique de l'Église anglicane. « Comme Orwell », contient toute ces choses ; « orwellien» d'autres choses. Il faudrait se souvenir de lui sous ces deux aspects. »
495 « Qu'un paragraphe tiré de cet essai que Soda Orwell et Ian Aigus choisirent de placer au tout début de The Collected Essas, Journalism and Letters lui serve d'épitaphe à la fin de cette première biographie complète et non désirée : « Ce que j'ai surtout voulu dans les dix dernières années, c'est faire de l'écrit politique un art. Mon point de départ est toujours la partialité, le sens de l'injustice. Quand je commence à écrire un livre, je ne me dis pas : « Je vais produire une œuvre d'art. », J'écris parce qu'il existe un mensonge que je veux montrer, un fait sur lequel je veux attirer l'attention, et mon but initial est d'être entendu. Mais je ne pourrais effectuer ce travail d'écriture, que ce soit pour un livre ou pour une revue, s'il ne s'agissait en même temps d'une expérience esthétique. Quiconque daigne regarder de près mon travail verra que même lorsqu'il s'agit de pure propagande, il y a beaucoup de ce qu'un homme politique considère comme inutile. Je ne suis pas capable, et ne veux pas, abandonner complètement la vision du monde que j'ai acquise pendant l'enfance Tant que je resterai en vie et en bonne santé je continuerai à m'occuper du style, à aimer la surface de la terre, et à prendre plaisir aux objets et bribes d'information inutiles. Le travail consiste à réconcilier mes goûts et mes dégoûts enracinés avec les activités essentiellement publiques, non-individuelles, que cette époque nous force à avoir.»»


Louis Gill : George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984

http://www.luxediteur.com/catalogue/george-orwell-de-la-guerre-civile-espagnole-a-1984/
Texte en ligne, biensur ne pas oublier de l'acheter :
http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/george_orwell/george_orwell.html

Un point de vue : https://journals.openedition.org/lectures/7822
En pfd Louis Gill Orwell la guerre civile espagnole à 1984.pdf

De l’individualisme bienveillant à l’altruisme combatif.

Après lecture de quelques uns des textes d’un prénommé Eric et de sa biographie par Bernard Crick j’ai osé me mettre dans sa peau.

Voici :

Je m’appelle Eric, je suis anglais.
Je suis grand, trop grand. Ne mettant pas plié suffisamment dans les tranchées espagnoles une balle franquiste traversa ma gorge, heureusement sans toucher les carotides, me laissant une voix ébréchée.

J’ai toujours souhaité vivre tranquille dans un de nos villages, jardinant, allant au pub et à la pêche.
Cette dernière je l’ai décrite dans mon roman « Un peu d’air frais ». C’est l’histoire d’un agent en assurance qui s’échappe de sa routine pour retourner sur les traces de son enfance, revivant ses parties de pêche.

Pour passer inaperçu voulant me couler dans le moule je servais la messe d’un pasteur que j’appréciais. Pas toujours facile pour moi l’incroyant.
J’ai même demandé à un ami comment se passe une confession. Dans les années 20 30 il était bizarre dans nos campagnes de ne pas y passer.
Avoir la foi ou pas, et la perdre, ces états d’âme je les ai décrits à la fin du roman « Une fille de pasteur ».

Nous sommes tous contradictoires, il faut que je bouge et donc quitter mon village.
Je suis au fond de moi-même révolté contre toute injustice. Ce qui m’a jeté ainsi dans la guerre d’Espagne en 36, ou comme reporter de guerre sur le continent en 1944.

Mais commençons par le début.
Je suis né en Inde en 1903 d’un père fonctionnaire au service de l’opium.
En 1904 ma mère retourna en Angleterre nous emmenant moi et mes deux sœurs.

Je classe ma famille dans la partie inférieure de la classe supérieure.
Cette catégorie qui voudrait se la jouer haute mais qui n’en a pas les moyens.
La qualité de mon travail scolaire et la position de mon père m’ont permis d’entrer dans une école privée de bachotage.
Mais avec une bourse, ce que m’a fait comprendre la teigneuse femme du directeur.
On y apprenait surtout un savoir utile aux concours d’entrée des grandes écoles, mais sans réflexion.
Comme vous dites c’était du bachotage, dont les résultats comptaient pour la renommée de l’école.
Pour ma part j’ai tenté le concours d’entrée d’Eton et me suis trouvé sur une liste d’attente.
J’avais toutes mes chances nous étions en 1917 les garçons partaient dorénavant tôt pour l'armée.
L'hémorragie avait atteint son maximum et les fournitures en «matériel officier valable» commençaient sérieusement à diminuer.

Je garde un assez bon souvenir de ces années à Eton. J’y ai peu travaillé, passant graduellement du statut d'élève brillant à celui d'élève médiocre, et faisant montre d'un tempérament volontiers rebelle , une rébellion intuitive contre cette organisation en classes sociales.
À cette époque, j’avais deux ambitions : devenir un écrivain célèbre et aller en Orient.
Je m’essayais à des nouvelles et des poèmes publiés dans une revue du collège.
Nous vivions dans un monde irréel qui, je crois, nous rendait peu désireux de regarder plus loin. Dans la chapelle, la liste de ceux qui étaient morts au combat s'allongeait de plus en plus : sur les 5 687 Etoniens qui avaient été appelés : 1 160 furent tués et 1 467 blessés, une proportion extrêmement élevée de morts par rapport aux blessés mais aussi par rapport au nombre d’appelés : ce style d’officiers chargeaient à la tête de ses hommes.
Nous, les adolescents, prenions bien sûr les choses à leur mesure et n'avions aucune expérience qui nous aurait permis de dissocier le normal de l'anormal. ... Si vous distinguez vos véritables souvenirs de leurs modifications ultérieures, vous découvrez qu'en général ce ne furent pas les grands événements qui vous ont troublés à l'époque.
Par exemple, je ne crois pas que la bataille de la Marne eut pour le grand public cet aspect mélodramatique qu’on lui attribua par la suite.
De ces années de guerre, il me reste surtout le souvenir des épaules carrées, des mollets saillants et du tintement des éperons des artilleurs, dont les uniformes me plaisaient plus que ceux de l'infanterie.
Parmi les très jeunes, des réactions pacifiques s'étaient développées bien avant la fin de la guerre. Être le plus détaché possible pendant les parades et n'éprouver aucun intérêt pour la guerre était considéré comme une marque d'intelligence.
A dix-sept dix-huit ans, j'étais à la fois snob et révolutionnaire. J'étais contre l'autorité, j'avais lu et relu toute l'œuvre disponible de Shaw, Wells et Galsworthy (alors encore considérés comme des auteurs dangereusement avancés).
Je m'affirmais socialiste. Bien que je ne saisissais pas très bien ce que le socialisme signifiait.
Je n'avait aucune notion de l'existence d'êtres humains dans la classe ouvrière. Je pouvait m’attrister sur leurs souffrances par l'intermédiaire de livres, comme le Peuple des abysse de Jack London, mais chaque fois que je me trouvais à leur contact je les détestais et faisais semblant de ne pas les voir.
J'étais toujours révolté par leur accent, et leur coutumière grossièreté me rendait furieux. J'ai l'impression d'avoir passé mon temps moitié à dénoncer le système capitaliste, moitié à pester contre l'insolence des receveurs d'autobus.

Sortie d’Eton je m’engageais dans la police impériale en Birmanie. J’y appris graduellement à réprouver l'impérialisme.
J’y accomplis ma fonction avec dégoût.
Je reconnais que l’on me laissait tranquille. L’armée britannique et les services coloniaux étaient habitués aux solitaires excentriques qui lisaient des livres et ils se montraient relativement tolérants à notre égard. Dans les postes éloignés, c'était la seule chose à faire si l'on ne voulait pas sombrer dans l'alcool, là débauche ou - ce que l'on craignait par dessus tout - l'opium.
Un jour j'ai assisté à la pendaison d'un homme ; cela me parut pire qu'un millier de meurtres.
Je ne suis jamais entré dans une prison sans sentir que ma place était de l'autre côté des barreaux.
Il ne s'agissait pas de la culpabilité ou de l'innocence des détenus mais de leurs souffrances inutiles endurées sous un système despotique dirigé par des étrangers.
Quand je vis un condamné à mort allant vers la potence s'écarter pour éviter la flaque d'eau, je compris le mystère, le mal inqualifiable qui consiste à abréger une vie en pleine force. Cet homme n'était pas en train de mourir, il était aussi vivant que vous et moi à cette époque.
C’est curieux, mais jusqu'à ce moment, je n'avais jamais réalisé ce que signifie détruire un homme conscient et en pleine santé.
Mon poste suivant était dans une plaine alluviale : plate, vide, avec des mangliers, des rizières, le tout infesté de moustiques et puant le pétrole.
Tout ceci aurait pu être supportable si seulement nous admettions sans faire de baratin que nous sommes des voleurs et que nous continuons à voler.
Dans mon roman Une affaire birmane je décris un peu la vie de ces anglais alcoolisés tout en préférant ne pas idéaliser les autochtones. J’aurais pu dire comme Mark Twain : «Que Dieu damne les juifs, ils sont aussi mauvais que nous !

De retour sur le sol anglais je décidais rapidement de démissionner.
En 1928 je tentais de vivre de ma plume à Paris.
J’y vécus pendant des mois parmi les pauvres et des individus à demi délinquants qui habitaient les pires parties des quartiers les plus pauvres.
A cette époque je me rapprochais d'eux par le manque d'argent, mais par la suite leur façon de vivre m'intéressa énormément pour elle-même.
Pour survivre je fis la plonge dans les cuisines des grands restaurants, vivant dans des garnis où j’y côtoyais les punaises de lit qui s’abritaient le jour dans les déchirures du papier peint. Le seul remède utile était d’entourer le lit de poivre moulu.
A cette époque je me suis tourné vers les cas extrêmes, les parias de la société : les vagabonds, les mendiants, les criminels, les prostitués. Ils étaient les derniers des derniers et c'était avec ces gens que je voulais entrer en contact. Ce que je désirais profondément, c'était de trouver un moyen d'échapper au monde respectable hypocrite qui me collait à la peau.
De retour en Angleterre j’acceptais une enquête auprès des mendiants et autres laissés pour compte allant de foyer en refuge toujours marchant car il était interdit de rester sous le même toit et de stationner trop longtemps au même endroit.
Nous étions enfermés le soir dans des conditions d’hygiène déplorable et nourri d’une soupe insipide accompagné de pain couvert de margarine.
De ces deux expériences j’en tirai un livre Dans la dèche à Londres et à Paris. Paradoxalement ces deux textes chacun de qualité moyenne prenaient une force en étant associés dans un même ouvrage.

De ce vagabondage j’en ai illustré aussi « Une fille de pasteur » avec ce qui suit. Ils survivent par des travaux saisonniers comme la cueillette du houblon, tâche éprouvante dans des conditions climatiques difficiles et logés dans des cabanes insalubres ou encore la cloche dans les parcs londoniens.

Je tentais ainsi de survivre par des essais et critiques littéraires et toujours avec le besoin de pouvoir me réfugier à la campagne améliorant l’ordinaire par le lait d’une chèvre, par quelques poules et un potager.
Toujours traînant des problèmes pulmonaires qui, par une tuberculose, eurent raison de moi.

Mes premiers écrits de journaliste furent plus proches de mon style final que mes romans du début.
Je considérais le style journalistique comme un simple travail alimentaire.
Il me fallut quelques années pour comprendre que je possédais déjà quelque chose de bien plus fin que ce style littéraire que je recherchais.

Il est vrai qu’il était difficile de publier des textes au style direct avec les expressions populaires, les jurons et grossièretés car sévissait une censure officielle, qui provoquait une auto censure.
Tous ces F... deviennent de véritables blancs et nous avertissent des ennuis que pourraient attirer tous les détails sur la crasse des marchands de café ambulants et des hôtels de l'Armée du salut.
Mon agent me donna une liste précise de toutes les modifications qu'il voulait voir apporter dans le livre. Les noms à changer, les jurons à couper.

Mes doutes sur la qualité de mes premiers essais m’incitèrent à choisir un pseudo, pensant sortir vierge pour mes créations littéraires futures.
Ce pseudo et mes derniers livres ont occultés mes autres écrits. Dommage beaucoup d’écrivaillons pourraient en être fier.

C’est en janvier 1936 que la canaille d’éditeur Victor Gollancz m’a poussé à devenir un écrivain politique.
Il m’a interrompu dans le cadencement annuel de l’écriture de romans en me commandant un livre sur les conditions de vie des chômeurs et des mineurs dans le nord industriel de l'Angleterre touché par la crise.

Avant ce voyage dans le nord je n'avais jamais vu une région industrielle de ma vie, ni jamais vu une grande cheminée d'usine ou une cheminée de houillère fumer.

En arrivant sur place j’eus la bonne intuition, la curiosité et l'humilité de vivre avec les gens ordinaires et non de descendre à l’hôtel comme c’était habituel pour mes collègues journalistes.
« C’est pas bien riche ici, me dirent-ils, mais on reçoit confortablement nos invités.
- On dit que nous sommes sales, nous les ouvriers, mais c’est pas facile, il n’y a pas moyen dans toutes les mines de se nettoyer et nous rapportons à la maisons la poussière du charbon.
- Nous, les mineurs, sommes quand même fiers. Et même au chômage nous briquons notre maison. Tout le monde si met, même les hommes. »
Pourtant Mrs Meale, mon hôtesse, à qui je lui ai proposé de faire la vaisselle, mal à l'aise m’a répondu «Les garçons ici s'attendent à être servis ».
Pour descendre au fond c’est Mister Jerry Kennan qui a arrangé la chose. Il devait électrifier le puits surnommé à juste titre le Goulot.
On m'équipa d'un casque et d'une lampe et on prit la galerie principale dans laquelle on pouvait se tenir debout, mais dans le chemin je me cognais contre le plafond affaissé. Je n’avais pas baissé la tête assez rapidement. Malgré le casque je m’écroulais à en être groggy. Je réussi à me mettre sur pieds et on reprit le chemin.
Plus on avançait plus le plafond était bas et j’ai bien parcouru cinq cents mètres complètement replié sur moi-même.
A l'arrivée j’étais incroyablement fatigué. Je me suis étendu à même le sol sur le charbon.
J’ai observé les gars bosser torse nu dans cette chaleur et la poussière, à tirer le charbon extrait par les machines pour remplir les wagonnets.
En sortant du puits, j’étais épuisé mais je retrouvais suffisamment de force pour boire un verre avec les mineurs dans un pub voisin.
Dans ces pubs et chez les militants je participais à toutes sortes de discussions politiques, sans cacher qui j’étais. Je voulais découvrir l'état d'esprit et les pensées des mineurs et les ouvriers au chômage.

Avec ce reportage je ne peux pas comprendre ni expliquer vraiment ce qui s'est passé alors. Mon écriture et mon comportement, dire mes amis, changea étonnamment. Ça couvait en moi et brusquement m’embrasait.

A sa sortie mon livre, Le quai de Wigan constituait, pour un vieux militant des mines, à ses yeux un brillant morceau de propagande ; pour lui elle était «belle» parce qu’elle « disait la vérité» sur les mines de charbon, avec beaucoup de sensibilité et de détails précis bien que je ne sois descendu que trois fois dans la mine.

Ces expériences accrurent ma haine naturelle de l'autorité et me donna pour la première fois pleine conscience de l'existence de la classe ouvrière ; mon travail en Birmanie m'avait procuré une certaine compréhension de la nature de l'impérialisme.
Mais malgré ces expériences à la fin de 1935, je n'avais toujours pas réussi à me décider politiquement.
La guerre d'Espagne et certains événements en 1936-37 renversèrent la situation et je sus alors où je me situais.
Tout ce que j'ai fait de sérieux depuis 1936 a été écrit, directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le Socialisme démocratique, tel que je le conçois.
J’étais tout à fait engagé aux côtés du « Socialisme démocratique » avant même de partir pour l'Espagne, mais sans percevoir encore la notion du totalitarisme.

Aussitôt l’annonce de la guerre civile en Espagne et de la tentative de Franco de renverser la république élue je voulu voir.
Sur place je m’engageais dans le POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste).
La milice dont je fis partie avait été assemblée à la hâte l'année précédente, dans les premiers jours de la mutinerie de Franco, par les syndicats et les partis politiques, et c'est à eux que les soldats faisaient allégeance, bien plus qu'au gouvernement central.
En fait, le POUM était aussi opposé que les anarchistes, au contrôle de l'État centraliste. Et ils estimaient que le parti communiste était corrompu par le pouvoir de l'état.
La Batalla, le journal du POUM, avait été le seul à dénoncer en Catalogne les procès de Moscou de juillet 1936 et l'exécution en août par Staline des « vieux bolcheviques ».
La milice du POUM était, en théorie à tous les échelons, une démocratie sans hiérarchie, comme si chaque centuria constituait une commune ou un soviet.
Il y avait bien des officiers et des sous-officiers qui donnaient des ordres et on s'attendait à ce qu'ils fussent exécutés ; mais on les donnait entre camarades en expliquant les tenants et les aboutissants.
Ainsi, il n'y avait pas de grades dans le sens habituel, pas de titres, pas de galons, pas de claquements de talons et pas de salut.
Tout le monde jouait le même rôle, avait la même nourriture, portait le même uniforme et vivait dans les mêmes lieux.
Le point essentiel, c'était l'égalité sociale entre les officiers et les hommes. Tous vivaient sur le même pied d'égalité.
Bien sûr, ce n'était pas l'égalité parfaite, mais je n'avais encore rien vu qui en approchait autant et je n'avais jamais pensé cela réalisable en temps de guerre … l’égalité fraternelle.
J'ai vu des choses merveilleuses et c’est à ce moment que finalement je crus réellement au socialisme.
Avant ce n'était que fait intellectuel et compassion pour la souffrance des autres.
En Catalogne, je l'expérimentais moi-même et cessa d'être condescendant.
Je fus plongé dans la camaraderie. Rien de ce qui se produira par la suite n'effacera cette expérience extraordinaire.
La majorité des miliciens étaient jeunes et joyeux.
Ils n’avaient pas l’air de deviner que moi l'étranger aux longues jambes, qui devait toujours se baisser dans les tranchées alors que les autres marchaient normalement, que j’étais un intellectuel, un écrivain qui notait tous les détails de son environnement.
Nous partagions la vie en toute camaraderie, c’est tout.

De retour du front pour permission à Barcelone je fus témoin de cette deuxième guerre civile par la répression contre le POUM.
Me cachant la nuit et retrouvant le jour ma femme venue me rejoindre nous nous faisions passer pour des touristes.
Nous décidâmes de fuir ce merdier mais au risque pour moi d’être arrêté comme déserteur, emprisonné pour un jugement jamais décidé me faisant pourrir dans les geôles de la république, si ce n’est pas finir fusillé.
Prenant le train toujours comme de simples touristes nous passâmes les Pyrénées retrouvant la liberté de mouvement.

De cette expérience mon analyse politique se précisa.
Le franquisme était différent des nazi-fascistes. Il visait surtout au maintien d'un ordre rappelant la face sombre du moyen-âge.
Le véritable combat en Espagne se jouait entre la révolution et la contre-révolution dans le camp du gouvernement. Je vais jusqu’à accuser la classe moyenne républicaine de pencher pour une paix séparée avec Franco de crainte que la victoire ne signifie la révolution.
Si la guerre éclatait avec l'Allemagne ce serait un conflit purement impérialiste, un combat du capitalisme pour le contrôle des marchés.
Le fascisme n'est après tout que le développement du capitalisme, et la démocratie la plus modérée, comme on dit, est capable de tourner au fascisme à la première morsure.
Le mot que Mussolini avait utilisé en s'en glorifiant, le «totalitarisme», les vrais socialistes s'en servirent pour désigner l'unique dessein des autocraties modernes.
Le gouvernement britannique lui s'intéressait plus à combattre le communisme et le socialisme que le fascisme.
Nous aimons dire que l'Angleterre est une démocratie, mais notre façon de diriger l'Inde est aussi mauvaise que le fascisme allemand.

A mon retour en juillet 37 je découvris chez nous une campagne de calomnie contre le POUM et donc contre moi, mais s’étouffa après mes menaces de procès.

Ensuite entre 37 et mon décès en 1950 suivirent écritures, émissions de radio, sanatoriums, engagements défavorables puis favorables au réformisme des travaillistes comme un pis-aller devant ma peur du stalinisme.
Ce que j'ai surtout voulu dans mes dernières années, c'est faire de l'écrit politique un art. Mon point de départ est toujours la partialité, le sens de l'injustice.
Quand je commence à écrire un livre, je ne me dis pas « Je vais produire une œuvre d'art. », j'écris parce qu'il existe un mensonge que je veux montrer, un fait sur lequel je veux attirer l'attention, et mon but initial est d'être entendu.
Mais je ne pourrais effectuer ce travail d'écriture, s'il ne s'agissait en même temps d'une expérience esthétique.
Quiconque daigne regarder de près mon travail verra que même lorsqu'il s'agit de pure propagande, il y a beaucoup de ce qu'un homme politique considère comme inutile.
M'occuper du style et aussi aimer la surface de la terre, prendre plaisir aux objets et bribes d'informations jugées futiles.

Mais je m’arrête là. A ce rythme j’en ai bien encore pour un quart d’heure.
Je vous laisse découvrir la suite dans mes romans, essais et articles.

Je ne pensais pas partir de ce monde si vite. Mes amis n’y croyaient pas m’ayant vu rebondir si souvent.
Je me suis acheté un super lancer pour tâter de la truite.
J’espère que Richard, mon fils adoptif, l’utilise.

Si vous passez par Sutton Courtenau Berkshire venez au cimetière, apportez une bonne pinte ou un thé fort comme je les aime. Nous trinquerons ensemble à votre santé, à la vieille Angleterre et au socialisme démocratique.

Avril 2019