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Schopenhauer (1788-1860)

Par son idée de volonté autonome de notre pensée, qui me rappelle l'instinct, ce dernier pour moi menant le monde, l'humanité n'ayant pas encore quitté l'animalité, je me suis décidé d'essayer de comprendre les concepts d'Arthur Schopenhauer.
Schopenhauer ce misanthrope fait écho à ma pensée, celle de la manipulation par des concepts faux comme celui de démocratie. Pour lui les phénomènes sont nos objets sensoriels et ceux-ci ne sont-ils pas le produit de manipulation ?
A ces jours de fin 2018 avec Spinoza j'ai compris que l'humain avait besoin de reconnaissance, avec Schopenhauer, s'il n'était pas en lutte pour sa survie, que l'humain s'ennuyait.
Personne complexe misanthrope, misogyne, qui acceptait juste par la pitié de se pencher sur l'humanité. Il s'alignait sur Platon et Kant pour dire que tout n'est que phénomène mais soutenait l'état contre des révolutionnaires qui risquaient par les bouleversements de tarir ses rentes.
Son approche de l'art devrait permettre d'en élargir notre vision.
Je capte des extraits qui me permettront de comprendre sa métaphysique et ne vais pas m'arrêter sur ses aprioris comme celle d'un classement de ses contemporains.

Le Monde comme volonté et représentation, pour Michel Piclin dans le Magazine Littéraire de janvier 1995, est, avec les Ennéades de Plotin et l'Ethique de Spinoza, l'un des plus beaux livres de métaphysique. On y trouverait, entre autre, une structure philosophique subtile et puissante.
Je devrais y comprendre que l'espace et le temps ne seraient plus que des idéalités sensibles. Les vérités éternelles de la géométrie pour Platon ne seraient liées qu'à notre propre vision du monde. Pour Piclin ainsi d'autres êtres sensibles peuvent être soumis à d'autres structures spatio-temporelles. Que pour Schopenhauer le couple sujet-objet n'a aucune valeur ontologique, tous deux apparaissant et disparaissant ensemble.

Comparaison Spinozisa et Schopenhauer par Chritophe Bouriau
Et en pdf : Conatus volonté Bouriau

« Le talent est pareil à un archer qui touche une cible que les autres ne peuvent atteindre, le génie pareil à celui qui en touche une que les autres ne sont pas même capables de voir », page 1771

Citation trouvée sur :  http://joelbecam.blog.lemonde.fr/2011/02/04/arthur-schopenhauer-le-monde-comme-volonte-et-representation-gallimard-folio-essais-suite-et-fin-du-florilege/
mais débute par http://joelbecam.blog.lemonde.fr/2011/01/03/arthur-schopenhauer-le-monde/
Une approche https://la-philosophie.com/le-monde-comme-volonte-comme-representation-schopenhauer

Entendu sur franceculture/les-chemins-de-la-philosophie/schopenhauer-Christophe Bouriau :
Pour Christophe Bouriau le Vouloir plus que la Volonté.
À 19'32 : Échapper à la tyrannie du désir source de conflits par l'écriture philosophique et se dévouer aux autres.
20'45 Le mal est métaphysique. Il vient du Vouloir vivre, moelle substantielle de l'univers qui tend aveuglément sans but, juste se maintenir à travers les espèces.
27'14 Comparaison l'absurde chez Schopenhauer et chez Camus. «Il faut imaginer Sisyphe heureux» veut dire que ce qui compte c'est le chemin.

Le monde comme volonté et représentation

Le texte en ligne https://www.schopenhauer.fr/oeuvres/le-monde-ebook.html

J'ai choisi l'édition de folio essais car toutes les citations de ce polyglotte sont traduites.
Avec le tome 2 on arrive à environ 2000 pages.
Le tome 1 c'est 71 courts chapitres répartis sur 4 livres, suivi d'une Critique de la philosophie kantienne.
Le tome 2 est le complément du premier en 50 autres chapitres.
C'est donc environ 700 pages pour le Monde, plus 200 pages de notes.
J'essaie de noter l'essentiel, mais cet essentiel changera avec la lecture complète.
Pages entre-parenthèses et textes en italique extrait de la traduction Auguste Burdeau de 1912.
Voici les têtes de chapitres qu'il a ajoutées. Têtes de chapitres en pdf
Il a aussi ajouté un numéro et un titre à chaque chapitre de La critique de la philosophie kantienne.
J'ai choisi les chiffres arabes pour les chapitres du tome 1 et les chiffres romains pour ceux du tome 2.
Le lecteur se trouve devant un vrai jeu de pistes, les chapitres se prolongeant, se détaillant, se précisant en aval comme en amont. Par exemple le chapitre 60 pour les traducteurs de Folio-essais est le développement du chapitre 26 du même 1er tome.
Il y a un travail à faire sur les liens internes à l'ensemble des deux tomes, sans compter les autres textes précédents ou suivant le Monde ... Comme le travail écrit sur les liens internes à L'Éthique de Spinoza, une sorte de nappage, réalisé par ... je ne m'en rappelle plus, je cherche.

Termes trouvés dans le texte :
Objectité : La qualité de ce qui est réel et objectif, connaissable par les sens ou la raison.
Gnoséologie : Par wikipédia - La gnoséologie est la théorie générale de la connaissance, de ses sources, de ses moyens, de ses formes et de ses résultats. Le concept de gnoséologie est encore confondu avec l'épistémologie ((l'étude critique des sciences et de la connaissance scientifique ) une de ses composantes) ou l’ontologie ((l’étude de l’Être) qui est une de ses hypothèses constitutives).
Principium individuationis Individualiser Voir chapitre 23 tome 1
Propédeutique du grec ancien propaideúô pro=avant et pédi=enfant, enseignement préparatoire.
Organon (organique) page 120 Chapitre 7 : outil, concept, instrument de base utile à un champ de réflexions.
Subsomption désigne une relation d'inclusion entre des concepts. Deux termes dont le sens de l'un inclut celui de l'autre : la notion d'animal subsume celle de mammifère.

Préface Vincent Stanek
Page 17 Abolition de l’opposition entre le sujet et l’objet ;
Le passage de la conscience empirique, où sont inclus tous les mots inhérents à ce monde (erreur, hasard, méchanceté, folie …), à une conscience supérieure gage d’amélioration … pas seulement gnoséologique.
Donc la lecture du Monde n’est pas juste une recherche intellectuelle mais aussi recherche éthique pour ne pas dire morale.
Misrahi revendique la même approche avec l’Éthique de Spinoza.
Comment choisir le fondement de sa morale ? Il suffit de regarder la vie de l’auteur pour s’aider dans son choix. Par ses recherches de bien vivre ensemble Spinoza exprime plus un altruisme que la misanthropie de Schopenhauer qui n'aimait que son chien.
18 Dans l’héritage du Phédon de Platon et dans l’anthropologie chrétienne, le jeune Schopenhauer admettrait l’existence d’une âme autonome ? Serait-il dualiste ?
20 Absence du mot métaphysique dans le Monde
Description courte des 4 parties :
21 1ère partie : Limites du principe de raison par ses 4 formes déterminent les rapports entre les phénomènes - https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_raison_suffisante - la première forme citée : la causalité.
23 Le second livre : « On quitte la propédeutique à la métaphysique, la théorie de la représentation, pour entrer dans la métaphysique. »
27 Le livre 3. Comme « l’arc-en-ciel l’art est une oasis dans un monde de souffrance … sublimation du regard … archétypes des phénomènes ... » Là on rejoint le symbolisme qui n’est pas une première interprétation du phénomène, l’archétype. L’archétype serait-il la vision d’une idée de l’objet observé qui serait indépendante de l’objet lui même ? Donc toujours dans le dualisme.
31 Le livre IV
32-33 Ce livre « accumule les avertissements de prudence : qu’on aille pas demander à la philosophie de sonder l’insondable. »

Préface de la deuxième édition
Page 56 «Celui qui prend à cœur, qui prend en main une œuvre sans utilité matérielle, doit d’abord n’attendre aucun intérêt de la part de ses contemporains.» Donc être désintéressé car : «... toute intention intéressée menace et met en danger la vue juste.»
57 «...dès que Kant eut rénové aux yeux de tous la philosophie, qu’elle devînt un instrument pour de certains intérêts : intérêts d’État en haut, intérêts individuels en bas »
Livre 1 Page 75 (29) Le monde comme représentation - Première considération
Chapitre 1
77 « Le monde est ma représentation. – Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l’homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il est capable de l’amener à cet état, on peut dire que l’esprit philosophique est né en lui. » « Il accède à la réflexion philosophique »
Trouver une vérité hors des phénomènes plus générale que « le temps, l’espace et la causalité ».
et note 2 page 969 « temps, espace et causalité sont … les trois grandes formes de la représentation, subordonnées à cette forme générale qu’est la distinction entre sujet et objet ... » Voir aussi en chapitre 2 (80) et notes 12, 13 et 14 page 971
78 « Le monde est notre représentation » « ...Berkeley fut le premier à l’énoncer clairement ... »
Georges Berkeley : sa base philosophique « est : que le monde, représenté par nos sens, requiert d'être perçu pour exister en tant que tel » En dehors de vous rien n’existe.
Pourquoi ne pas suivre Schopenhauer qui suit Berkeley où tout ce qui nous entoure est notre illusion ? Schopenhauer ne le suivait pas complètement en soutenant la répression de la révolution de 1848 par peur de voir disparaître ses ressources de rentier. Et si tout est notre interprétation sensorielle ceci n’empêche pas la réalité. C’est notre but humain d’aller vers cette réalité.
79 Traduction en bas de page d''un ajout dans la dernière version « Pas de déni de l’existence de la matière … ce serait de la folie … existence et perceptibilité étant des concepts interchangeables »
Ouf, nous existons ! Pas clair tout ça, contradictoire. Je ne dois pas comprendre.
« ...chacun peut et doit dire : « Le monde est ma volonté ». »
80 « ...au versant de la cognoscibilité » Ce qui peut être connu. L’autre versant est le domaine de la volonté.
Chap. 2
80« ce qui connaît tout et n’est connu par personne, c’est le SUJET. » Qui est-il ?
81 « Le monde comme représentation … possède deux parties … inséparables. L’une est l’OBJET, dont les formes sont le temps et l’espace, conditions de la multiplicité. [ET] l’autre partie, le sujet, ne réside pas dans le temps et l’espace … entière et indivise en tout être capable de représentation … ces deux parties sont inséparables ... »
Un sujet unique au dessus de tout, pourtant ne se revendiquait-il pas athée ? Ou un sujet unique, Soi, qui disparaîtrait avec moi ?
et 971 Notes 11 à 14 Corrélation entre objet et sujet.
Chap. 3
83 «... nos représentations [sont divisées] entre représentations intuitives et ... abstraites. Ces dernières est une seule classe de représentations les concepts [qui sont] la propriété exclusive des hommes.»
84 «... le temps et l'espace, dans la mesure où ils sont intuitionnés purement et sans contenu, comme une classe particulière et distincte de représentations.»
Chap. 4
87 «...la matière ne suppose pas seulement le temps et l'espace, chacun séparément : son essence est constituée d'une union de temps et d'espace [du fait] que son essence réside dans la causalité.»
89 (40) «...la causalité qui forme le lien entre le temps et l’espace. Or nous avons vu que toute l’essence de la matière consiste dans l’activité, autrement dit dans la causalité ; il en résulte que l’espace et le temps se trouvent ainsi coexister dans la matière : celle-ci doit donc réunir dans leur opposition les propriétés du temps et celles de l’espace, et concilier (chose impossible dans chacune des deux formes isolée de l’autre) la fuite inconstante du temps avec l’invariable et rigide fixité de l’espace : quant à la divisibilité infinie, la matière la tient de tous deux ; c’est grâce à cette combinaison que devient possible tout d’abord la simultanéité ; celle-ci ne saurait exister ni dans le temps seul, qui n’admet pas de juxtaposition, ni dans l’espace pur, à l’égard duquel il n’y a pas plus d’avant que d’après ou de maintenant.»
(41) «C’est de la combinaison du temps et de l’espace que résulte la matière, qui est la possibilité de l’existence simultanée ; la durée en dérive aussi, et rend possible à son tour la permanence de la substance sous le changement des états.»
Donc concrétisation de la matière par le temps et l'espace.
Chap. 5
95 «...l'intuition se fait au moyen de la connaissance de la causalité...»
Mais pas d'effet entre l'objet et le sujet, seulement entre l'objet immédiat et médiat (voir chapitre 6 avec son propre corps objet médiat et non immédiat malgré ses impressions.
96-97 «... À ce point de vue, le monde perçu par l’intuition dans l’espace et le temps, le monde qui se révèle à nous tout entier comme causalité, est parfaitement réel et est absolument ce qu’il se donne pour être ; or, ce qu’il prétend être entièrement et sans réserve, c’est représentation, et représentation réglée par la loi de causalité.»
97 «le monde réel, c’est-à-dire actif, est toujours, comme tel, conditionné par l’entendement, sans lequel il ne serait rien.» «... le monde objectif est et demeure représentation, et, pour cette raison, est absolument et éternellement conditionné par le sujet ; en d’autres termes, l’univers a une idéalité transcendantale. Il n’en résulte pas qu’il soit illusion ou mensonge ; il se donne pour ce qu’il est, pour une représentation, ou plutôt une suite de représentations dont le lien commun est le principe de causalité.» Traduit Principe de raison par la traduction collective de Folio-Essais
98 Fin de page «Aux yeux des sens et de l’entendement, le monde se révèle et se donne avec une sorte de naïve franchise pour ce qu’il est, pour une représentation intuitive, qui se développe sous le contrôle de la loi de causalité.»
99 «Kant « l’enchaînement des représentations par la loi de causalité qui distingue la vie du rêve »»
103 «Ce monde que je ne connais que d’une manière représentative, est-il analogue à mon propre corps qui se révèle à ma conscience sous deux formes : comme représentation et comme volonté ?
La solution positive de cette question remplit le second livre, et les conséquences qui en résultent forment la matière du reste de l’ouvrage.
»
Chap. 6
104 «La conscience, qui s'élevait déjà en chacun de nous contre la réduction des autres objets à de simple représentations, oppose ici une résistance encore plus forte, lorsque le corps propre doit être une simple représentation.»
105 «...ce n'est pas le corps lui-même qui apparaît comme un objet au sens propre du mot, mais d'abord les corps qui influent sur lui.»
106 «La forme de notre propre corps ne nous est donc pas révélée par la sensibilité générale ; ce n’est que par le fait de la connaissance et par la représentation, c’est-à-dire dans le cerveau, que le corps s’apparaît à lui-même comme quelque chose d’étendu, d’articulé, d’organisé»
La non communication directe entre les sens, et le rapprochement et l'interprétation des signaux de ceux-ci par le cerveau je l'ai déjà entendu à un cours sur Diderot. Qui en a déjà eu l'idée ?
107 «...il en résulte que tous les animaux ... possèdent un entendement? ...»
« L'entendement ... la connaissance de la causalité ... et rien d'autre.»
«...il ne connaît que le rapport de causalité entre l'objet immédiat et l'objet médiat, et en passant de l'effet que subit le corps à sa cause, il parvient donc à intuitionner cette dernière comme un objet dans l'espace.»
Spinoza m'a déjà donné cette vision par ses modes inclus les uns dans les autres et matérialisés par les affects.
Sinon si notre propre corps est médiat et non immédiat alors quels sont les exemples de corps immédiats. ?
107 «la pensée découvre l’enchaînement causal des objets médiats entre eux et pousse cette science jusqu’à pénétrer les combinaisons les plus complexes de causes et d’effets dans la nature. Cette connaissance appartient à l’entendement, et non à la raison : les notions abstraites de cette dernière faculté servent seulement à classer, à fixer et à combiner les connaissances immédiates de l’entendement, sans jamais produire aucune connaissance proprement dite.»
Pages 108 et 109 Schopenhauer réduit les 2 premières formes de connaissances déterminées par Spinoza. Si j'ai bien retenu la première est l'expérience directe, la deuxième est la réflexion et l'abstraction, et la troisième est la connaissance de la cause des causes, c'est à dire la chose en soi pour Schopenhauer. J'ai l'impression qu'ils ne mettent pas l'entendement au même niveau ?
Chap. 7
114 «notre point de départ n’a été pris ni dans l’objet ni dans le sujet, mais dans la représentation, phénomène où ces deux termes sont déjà contenus et impliqués ; le dédoublement en objet et sujet est, en effet, la forme primitive essentielle et commune à toute représentation.»
115 «les autres formes, temps, espace et causalité, ... ces formes appartiennent proprement à l’objet en tant qu’objet ... le temps, l’espace et la causalité peuvent aussi bien être dérivés du sujet et connus a priori : à ce point de vue, ils représentent la limite commune du sujet et de l’objet. Toutes ces formes se laissent d’ailleurs ramener à une commune expression, le principe de raison»
Suit un débat indirect sur l'unité objet-sujet par l'intuition rationnelle qui pour certains serait un détachement proche de la mort ? Voir note 63 page 980
Il finit sur ses doutes sur le matérialisme et l'idéalisme de confrères. Quoiqu'il en pense je ne crois pas que même si l'on admet notre corps comme médiat et non immédiat ceci soit en contradiction avec le matérialisme.
Tome 2 pour les chapitres 1 à 7 du tome 1
Chapitre I
1150 «... la vraie philosophie doit toujours être idéaliste ...» C'est un point de vue, en tant qu'ancien matérialiste je rejoints Spinoza où matière et idée ne font qu'un.
«Seule la conscience est immédiatement donnée ...» Mais ce monde existait avant que je sois né.
«... que tout ce que nous connaissons réside à l'intérieur de la conscience.» Sa conscience, oui ! Il est égocentriste ce gars.
1151 Ensuite il argumente contre mon point de vue de la transmission d'une réalité, mais ne me convainc pas. S'il est vrai que pour moi le monde va disparaître avec moi, ma vision est assez proche des visions des autres . Ce monde continuera à exister pour les autres.
Le monde est ma représentation, issu de ma conscience ou ma représentation consciente et inconsciente s'est pliée et se plie au monde matériel et à celui des idées ?
Vais-je arrivé au chapitre 71 et vais-je garder mon point de vue loin de l'idéalisme de Schopenhauer ?
Schopenhauer misanthrope et sans enfant ne se projette pas après lui. Son altérité est inexistante ou pire n'est que négative.
L'intérêt de l'approche de Schopenhauer est de remettre en question la sensation de ce monde. Cette sensation est modelée par ma conscience et mon inconscient modelés par mon environnement, par la société. Donc chercher ce Monde en Soi en échangeant avec l'autre pour s'approcher de la réalité.
Chapitre II
1173 «Malgré son idéalité transcendantale, le monde objectif a une réalité empirique [expérience et observation sans méthode ni science] ; sans doute l’objet n’est pas la chose en soi, mais c’est le réel, en tant qu’objet empirique.» Donc il doute, l'objet serait aussi dans la chose en soi ?
«L’espace n’existe que dans ma tête ; mais empiriquement ma tête est dans l’espace.» L’œuf ou la poule ?
«...la loi de causalité ..., en formant une sorte de pont entre les choses en soi et la connaissance que nous avons d’elles, et par suite en confirmant la réalité absolue du monde, à la représentation duquel elle est employée ; mais cela ne supprime en rien le rapport causal des objets entre eux, ni celui qui existe évidemment entre le corps du sujet connaissant et les divers objets matériels.»
«...la loi de causalité n’est qu’un lien entre les phénomènes ; elle ne les dépasse pas.» Donc pas de destin.
«Le sujet lui-même ... appartient au pur phénomène, dont il constitue la seconde moitié en le complétant.» Le sujet ne peut donc pas espérer aller dans la chose en soi.
1174 «...cette intuition, ...est essentiellement intellectuelle et non simplement sensible. Les sens ne donnent que la sensation, qui n’est pas encore l’intuition.»
1178 «...cette loi de causalité dont nous avons conscience a priori, comme un moyen dans l’intuition, cependant nous n’avons pas une conscience claire, dans la vision, de l’acte de l’entendement moyennant lequel nous passons de l’effet à la cause ; c’est pourquoi l’impression sensible ne se distingue pas de la représentation que l’entendement extrait de l’impression prise par lui pour matière brute. On peut encore moins saisir dans la conscience une différence qui d’une manière générale n’existe pas, entre la représentation et son objet ; mais nous percevons immédiatement les choses elles-mêmes, comme situées en dehors de nous ; quoiqu’il soit certain que la sensation seule peut être immédiate, et qu’elle est limitée à notre épiderme. ... l’extérieur est exclusivement une détermination de l’espace, et que l’espace lui-même est une forme de notre faculté d’intuition, c’est-à-dire une fonction du cerveau. ... l’extérieur, où nous situons les objets, à la suite des sensations visuelles, gît à l’extérieur de notre tête ; c’est là toute la scène où il se développe, à peu près comme au théâtre nous voyons des montagnes, des bois, la mer, et cependant tout cela n’est qu’en décors.» C'est un point de vue, car le poteau fait un bien bosse si on ne le considère juste comme une illusion.
1179 «...quand nous lisons, ou quand nous écoutons, nous ne percevons que des mots, mais nous passons si rapidement aux idées qu’ils désignent, que c’est absolument comme si nous percevions directement les concepts ; car nous n’avons pas conscience du passage des mots aux idées.»
1180 «Entendons-nous un son, nous ne savons d’abord, si c’est une simple sensation interne, ou si c’est réellement une affection de l’ouïe venue du dehors, puis, si le son est lointain et faible, s’il est rapproché et fort, quelle en est la direction, enfin si c’est la voix d’un homme ou d’un animal, ou le son d’un instrument. L’effet étant donné, nous cherchons la cause. Dans les sensations de l’odorat et du goût, l’incertitude est constante sur le genre de la cause, à laquelle appartient l’effet éprouvé ; tant le passage de l’un à l’autre est conscient. Sans doute dans l’acte de la vision, le passage de l’effet à la cause est inconscient, en sorte que c’est comme si cette espèce de perception était absolument immédiate, et se produisait d’elle-même dans l’impression sensible, sans coopération de l’entendement, mais la cause en est d’une part dans la perfection de l’organe, d’autre part dans le mode d’action exclusivement rectiligne de la lumière.»
Chapitre III
1184 «Les sens ne sont que des prolongements du cerveau ; c’est par eux qu’il reçoit du dehors, sous forme de sensation, la matière dont il va se servir pour élaborer la représentation intuitive.
Ces sensations, qui devaient servir principalement à la composition objective du monde extérieur, ne pouvaient être par elles-mêmes ni agréables, ni désagréables, c’est-à-dire qu’elles ne pouvaient émouvoir la volonté. Autrement la sensation même solliciterait notre attention, et nous en resterions à l’effet, au lieu de remonter à la cause, ce qui est ici le but ; et cela grâce à la préférence que nous accordons à la volonté, aux dépens de la représentation pure et simple ; nous ne nous référons à celle-ci, que lorsque celle-là se tait. Par conséquent, les couleurs et les sons ne nous procurent en eux-mêmes, s’ils ne dépassent pas la mesure normale, ni plaisir, ni douleur ; mais ils se produisent avec ce caractère d’indifférence qui en fait la matière propre de l’intuition proprement objective. Et c’est là effectivement ce qui se passe, autant du moins qu’il était possible dans un corps qui est entièrement Volonté, et à ce titre le fait est merveilleux. ...» Suit des commentaires sur la physiologie des sens qui sont peut-être confirmés ou infirmés par des recherches plus récentes et par une classification de ces sens. L'intérêt de connaître ce fonctionnement est de déterminer où se limite l'illusion source de manipulations.
Chapitre IV
1193 «...Platon concluait que toute science (ce que nous apprenons) n’est qu’un souvenir ; Kant, au contraire, que l’espace est une condition subjective et une simple forme de notre faculté de connaître.»
«Cogito, ergo sum est un jugement analytique ... Descartes a proprement voulu exprimer par là cette grande vérité, que la certitude immédiate n’appartient qu’à la conscience, c’est-à-dire au subjectif ; quant à l’objectif, c’est-à-dire tout le reste, il n’a qu’une certitude médiate, puisqu’il n’existe que par l’intermédiaire du premier ; c’est une connaissance de seconde main, et l’on doit par conséquent la considérer comme problématique.»
1194 «...pour un esprit spéculatif les premières questions qui s’imposent, c’est : Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que cet être qui ne consiste qu’en mouvement, sans rien qui le meuve lui-même ? – Qu’est-ce que l’espace, ce néant omniprésent en dehors duquel rien ne peut exister sans cesser d’être ?»
Suivent commentaires éthologiques et mécaniques.
Tome 2 Chapitre XXIV pour le chapitre IV du tome 2
1635 «J’ai déjà traité de la matière dans les Compléments au premier livre, au quatrième chapitre, en considérant la partie de la connaissance qui nous est donnée a priori. Mais là nous n’avons pu l’envisager exclusivement qu’à un seul point de vue : nous n’en considérions en effet que le rapport avec les formes de notre intellect et non avec la chose en soi, c’est-à-dire que nous ne l’examinions que par le côté subjectif, en tant qu’elle est notre représentation, et non par le côté objectif, c’est-à-dire selon ce qu’elle peut être en soi.»
1641 «...la matière est la volonté même, non plus en soi, mais en tant que perçue par intuition, c’est-à-dire en tant que revêtue de la forme de la représentation objective : ce qui objectivement est matière est donc subjectivement volonté.»
1642 «Quand la volonté s’objective, c’est-à-dire passe à l’état de représentation, la matière est le substratum universel de cette objectivation, ou mieux encore l’objectivation même prise in abstracto, c’est-à-dire abstraction faite de toute forme.»
Chap. 8
Le vocabulaire illustrant l'accès aux connaissances ne me sont pas plus très clairs. Je garde l'idée des trois formes de connaissances mais en attachant l'intuition dès la première forme. Dès l'éveil, dès les premiers apprentissages le bébé va imaginer des nouvelles perspectives.
137 «L’entendement, on l’a vu, n’a qu’une fonction propre : la connaissance immédiate du rapport de cause à effet ; et l’intuition du monde réel, aussi bien que la prudence, la sagacité, la faculté de l’invention ne sont évidemment que des modes variés de cette fonction primitive. Or il en est de même de la raison, elle n’a qu’une fonction essentielle, la formation des concepts : de cette source unique dérivent tous les phénomènes que nous avons énumérés plus haut et qui distinguent la vie humaine de la vie animale ; le discernement, établi de tout temps et partout, entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas, a son fondement dans la présence ou l’absence de cet acte primitif.»
Chap. 9
137-138  «Les concepts forment une classe spéciale de représentations, entièrement distinctes des représentations intuitives dont il a été question jusqu’ici, car elles n’existent que dans l’esprit humain. Aussi est-il impossible d’arriver à une connaissance intuitive et absolument évidente de leur nature propre ; l’idée qu’on s’en peut faire est elle-même purement abstraite et discursive. Il serait donc absurde d’en exiger une démonstration expérimentale, si l’on entend, par expérience, le monde extérieur et réel, qui n’est que représentation intuitive : il est impossible de mettre ces notions sous les yeux ou de les présenter à l’imagination, comme s’il s’agissait d’objets perceptibles aux sens. On les conçoit, on ne les perçoit pas, et leurs effets seuls peuvent tomber sous les prises de l’expérience»
139 «Les concepts, bien que radicalement distincts des représentations intuitives, ont pourtant avec celles-ci un rapport nécessaire, sans lequel ils n’existeraient pas : ce rapport constitue donc toute leur essence et leur réalité.»
140 «les concepts sont des représentations de représentations.»
Tome 2 pour les chapitres 8 et 9 du tome 1
Chapitre V
Encore de l'éthologie en comparant animaux et humains. Tout ceci est peut-être confirmé ou infirmé par des études plus récentes.
1233 «le présent est inétendu ; tandis que le passé et l’avenir, sources de presque tous nos maux, s’étendent très loin, et à leur contenu réel s’ajoute encore tout le champ du possible ; aussi le domaine du désir et de la crainte est-il illimité. Débarrassés de ces soucis, les animaux au contraire jouissent tranquillement et heureusement de la sensation présente, quelque insignifiante qu’elle soit. Il en est ainsi, ou à peu près, des hommes très bornés. Ajoutons que les souffrances qui n’appartiennent qu’au présent, ne peuvent être que physiques.»
1235 «... [nôtre] intelligence  est double ; outre l’intuition, nous avons la pensée, opérations qui sont souvent indépendantes l’une de l’autre : nous voyons une chose, et nous en pensons une autre ; et qui souvent aussi se confondent.»
Chapitre VI
1237 «Il n’y a qu’une chose, qui ne disparaisse pas instantanément comme l’impression, et qui ne s’efface pas petit à petit, comme son image : c’est le concept. C’est en lui par conséquent, que doit se trouver déposé tout le savoir de l’expérience, et c’est lui seul qui est capable de nous diriger dans la vie. ... pour s’imposer aux autres, dans la vie réelle, il faut être soi-même posé, réfléchi, guidé uniquement par des concepts ; c’est la condition essentielle.»
1237-1238 «Un instrument de l’intelligence aussi considérable que le concept ne peut évidemment être identique au mot, à ce simple son qui, en tant qu’impression sensible, disparaît avec la présence de l’objet qui l’a causé, ou qui en tant qu’image auditive, finit par s’effacer avec le temps. Pourtant le concept est une représentation, dont la claire conscience et dont la conservation est attachée au mot... le concept est aussi différent du mot auquel il est attaché, que de l’intuition d’où il est sorti. Il est d’une tout autre nature que ces impressions des sens. Ce qui ne l’empêche pas de concentrer en lui tous les résultats de l’intuition, pour les restituer longtemps après, dans toute leur intégrité : c’est là le commencement de l’expérience. Seulement, ce n’est pas l’intuition ou la sensation telles quelles, que conserve le concept, c’en est le général, l’essentiel, et cela sous une forme très différente, sans qu’il cesse pourtant d’en être toujours le fidèle représentant.»
Il compare ensuite le concept à l'essence, l'huile essentielle, des fleurs, qui elles se fanent.
Abstraction «...on ne fait que jeter par-dessus bord tout le bagage inutile ; c’est ce qu’on appelle abstraire. On se rend ainsi plus facile le maniement des notions à comparer, c’est-à-dire à tourner et à retourner en tous sens. On laisse tomber tout le particulier, tout le changeant des objets réels, et l’on ne garde qu’un petit nombre de déterminations abstraites, mais générales.»
1239 «Si au contraire l’on veut apprendre quelque chose de nouveau, c’est à l’intuition qu’il faut recourir, comme à la source vraiment riche et féconde de nos connaissances.»
«...les systèmes philosophiques qui s’en tiennent aux concepts généraux [par exemple l'être], sans revenir au réel, ne sont presque que des jeux de mots. Si en effet l’abstraction consiste simplement à éliminer, plus on la poursuit, moins on garde de réalité. Aussi quand il me tombe sous les yeux de ces philosophèmes à la mode, qui se déroulent en abstractions sans fin, il m’est presque impossible, malgré l’attention que j’y apporte, de penser quoi que ce soit là-dessous ; je n’y trouve plus la substance de la pensée, mais je ne sais quelle forme creuse.»
1240 «...lorsqu’on pense un concept, on doit aussi pouvoir dire ce qu’il y a dedans.»
1241 «Seul les intuitions sont claires, les concept ne le sont pas, ils peuvent tout au plus être distincts.»
«...lorsqu’on a donné la connaissance intuitive comme étant obscure, on a fait synonymes le jour et la nuit, si absurde que cela semble ; car on a eu l’air de considérer la connaissance abstraite comme la seule qui fût claire.»
«Parole et langage, voilà donc les instruments indispensables de toute pensée claire. Mais comme tout moyen, comme toute machine, ces instruments sont en même temps une gêne et une entrave. Le langage en est une, parce qu’il contraint à entrer dans certaines formes fixes, les nuances infinies de la pensée toujours instable, toujours en mouvement : et en les fixant, il leur ôte la vie.»
1244 «...conclusion fausse, que nous entendons les mots, que nous les percevons et les employons, sans y attacher la moindre représentation (idea) ; alors qu’il aurait dû conclure, que toutes les représentations (ideas) ne sont pas des images intuitives (images), mais que celles qui doivent être désignées par des mots sont de purs concepts (abstract notions), et que ceux-ci, par leur nature même, ne sont pas intuitifs.»
«...les auditeurs d’un même récit perçoivent des concepts identiques ; mais lorsqu’on veut ensuite se représenter l’événement, l’imagination de chacun y glisse une image, qui diffère sensiblement de la vraie, laquelle n’existe que pour le témoin oculaire.»
1245 «...la différence qu’il y a entre la raison et l’entendement, – l’une, faculté des représentations abstraites, l’autre, faculté des représentations intuitives... il distingue soigneusement la raison de l’entendement, et considère la première comme la faculté discursive, particulière à l’homme, et la seconde comme la faculté intuitive, qui est le mode de connaissance des anges, presque celui de Dieu. De même Spinoza définit très justement la raison, la faculté de former des concepts généraux (Eth. II, prop. 40, scol. 2).»
1246 «L’animal ne peut jamais s’écarter beaucoup du chemin de la nature ; car ses motifs appartiennent tous au monde intuitif, qui est le domaine unique du possible, ou plutôt du réel ; dans nos concepts abstraits, au contraire, dans nos pensées et nos mots peut entrer tout ce qu’il est possible d’imaginer, c’est-à-dire le faux, l’impossible, l’absurde et l’insensé. Comme la raison appartient à tous et le bon jugement à quelques-uns, il en résulte que l’homme est livré à toutes les illusions.» Par l'éducation les espoirs sont permis.
1247 «La culture ...est remplacée, pour le plus grand nombre, par une sorte de dressage ; ce dressage se fait par l’exemple, la coutume, et surtout par l’habitude qu’on a d’imprimer de très bonne heure et très fortement dans les cerveaux humains, certaines notions qui précèdent l’expérience, l’entendement et le jugement, en un mot tout ce qui pourrait détruire cette oeuvre d’éducation. Ainsi se greffent certaines notions, qui, par la suite, sont aussi solides, aussi rebelles à tout essai de rectification, que des idées innées...»
Chapitre VII
1249 «...la matière des concepts, ... n’est autre que la connaissance intuitive, et que par conséquent tout l’édifice de notre monde intellectuel repose sur le monde de l’intuition, nous devons pouvoir revenir, comme par degrés, de concepts en concepts aux intuitions d’où ces concepts ont été immédiatement tirés ; c’est-à-dire que nous devons pouvoir appuyer tout concept sur des intuitions qui, par rapport aux abstractions, jouent le rôle d’un modèle. Ces intuitions représentent donc le contenu réel de notre pensée ; partout où elles manquent, il n’y a plus de concepts, mais des mots.»
1250 «Expliquer un mot par un autre, comparer entre eux les concepts, c’est en quoi consistent à peu près toutes les discussions philosophiques ; et ce n’est au fond que s’amuser à faire rentrer les unes dans les autres toutes les sphères de concepts, afin de voir celles qui sont capables de s’y prêter et celles qui ne le sont pas. Dans le cas le plus heureux, on arrive ainsi à des conclusions ; mais les conclusions non plus n’apportent aucune connaissance nouvelle, et ne font que révéler tout ce qui se trouvait déjà dans une connaissance préalable, et ce qu’on en doit prendre pour les divers cas qui se présentent. Au contraire voir, laisser les choses elles-mêmes nous parler, embrasser entre elles de nouveaux rapports, puis déposer le tout dans des concepts, pour le posséder plus sûrement, voilà qui est augmenter sa science.»
«...tout le monde peut comparer entre eux des concepts, il n’est donné qu’à quelques-uns de confronter ces concepts avec l’intuition.»
1251 «La substance même de toute vraie connaissance est une intuition ; aussi c’est d’une intuition que procède toute vérité nouvelle. Toute pensée, à l’origine, est une image ; c’est pourquoi l’imagination est un outil si nécessaire de la pensée ; les têtes qui en sont dépourvues ne font jamais rien de grand, [sauf peut-être en] en mathématiques.»
1256 «La sagesse proprement dite est quelque chose d’intuitif et non d’abstrait.»
1257 «Dans la pratique, la connaissance intuitive de l’entendement peut servir de règle immédiate à notre conduite, tandis que la connaissance abstraite de la raison a besoin, pour cela, de l’intermédiaire de la mémoire. De là l’avantage de la connaissance intuitive, dans tous les cas où la réflexion n’a pas le temps de se faire, par exemple dans nos rapports journaliers ; ... Tout autre aura beau apprendre les trois cents règles de civilité de Gracian ; cela ne l’empêchera pas de commettre des balourdises et des bévues, si cette connaissance intuitive lui manque. Toute connaissance abstraite en effet ne donne que des principes généraux et des règles ; le cas particulier n’est presque jamais exactement défini par la règle ; de plus, il faut que la mémoire intervienne à temps, et elle le fait rarement ; puis, la règle une fois retrouvée, on forme la mineure avec le cas particulier donné, et on tire enfin la conclusion.»
1259 «Agir selon des concepts peut virer à la pédanterie, mais agir sur des impressions intuitives peut virer à la légèreté et à la folie»
Tome 2 Aussi pour le chapitre 9 du tome 1
Chapitre IX
1302 «La logique, la dialectique et la rhétorique se tiennent entre elles ; car ensemble elles forment une technique de la raison. C’est sous ce titre qu’on devrait les étudier simultanément, la logique en tant que technique du penser proprement dit, la dialectique en tant que technique de la discussion avec autrui, et la rhétorique en tant que technique de la parole adressée à plusieurs (concionatio) ; ces trois sciences correspondent au singulier, au duel et au pluriel, de même que le monologue, le dialogue et le panégyrique.»
Chapitre X
1310 «Le syllogisme est une opération de la raison qui, de deux jugements, par leur simple comparaison et sans le secours d’aucune autre connaissance, en tire un troisième, avec cette condition que les deux jugements en question doivent avoir un concept qui leur soit commun, sans quoi ils seraient étrangers l’un à l’autre et sans point de contact.»
1326 «Pour que deux jugements, posés en prémisses, produisent une conclusion, il faut donc qu’ils aient un concept commun ; de plus, ils ne devront pas être tous deux négatifs ou particuliers ; enfin, dans le cas où les deux concepts à comparer sont leurs sujets, ils ne devront pas être affirmatifs tous les deux. On peut considérer la pile de Volta comme un symbole du syllogisme. Le point d’indifférence au milieu de la pile représente le moyen terme, qui relie les deux prémisses et leur permet d’aboutir à une conclusion ; les deux concepts disparates, au contraire, qui sont proprement l’objet de la comparaison, sont représentés par les deux pôles hétérogènes ; c’est seulement lorsque ceux-ci sont mis en rapport au moyen de leur fil conducteur respectif (ces fils symboliseront à leur tour les copules des deux jugements), que jaillit l’étincelle, je veux dire la lumière nouvelle de la conclusion.»
Chapitre XI
1327 La rhétorique. «...devra-t-on plutôt dissimuler la conclusion et ne donner que les prémisses, nettement, complètement, sous tous leurs aspects. Si possible, qu’on n’énonce même pas la conclusion ; elle se présentera nécessairement...»
Chap. 10
160 et 989 note 112 «La raison ne peut donner qu'après avoir reçu» «...La raison ne peut être une source de connaissance, comme l'affirmait pourtant Kant.»
161 «...la connaissance abstraite seule constitue le savoir ; la condition du savoir est donc la raison, ... nous ne pouvons pas dire des animaux qu’ils savent quelque chose, bien qu’ils aient la connaissance intuitive, et dans une mesure correspondante la mémoire, en même temps que l’imagination, comme le prouvent leurs rêves.»
​Chap. 11
162-163 «le sentiment s’oppose ... au savoir : le concept, que désigne le mot sentiment, a un contenu absolument négatif. Il veut dire ... qu’il y a quelque chose actuellement présent dans la conscience, – qui n’est ni un concept, ni une notion abstraite de la raison. ... il peut y avoir n’importe quoi sous le concept de sentiment, dont l’étendue démesurément large embrasse les choses les plus hétérogènes. .... elles tiennent sous un même concept, ... elles s’accordent à un point de vue négatif : ce ne sont pas des concepts abstraits. Car les éléments les plus divers, et même les plus opposés, se trouvent réunis dans ce concept : par exemple le sentiment religieux, le sentiment du plaisir, le sentiment corporel en tant que toucher ou douleur, en tant que sentiment des couleurs, ... sentiment de haine ... il est dit qu'on les sent
Chap. 12
165 «La savoir ...(en l’opposant à son contraire le concept du sentiment) une connaissance abstraite ... une connaissance de la raison.»
Ce qui est connu intuitivement doit devenir une connaissance abstraite.
174 «la raison n’est pas la source de la vertu ... elle consiste à maintenir les résolutions une fois prises, à rappeler les règles de conduite, pour mettre en garde l’esprit contre les faiblesses du moment, et donner plus d’unité à la vie. Le rôle de la raison est le même dans le domaine de l’art, où elle n’est pas la faculté essentielle ; elle se borne à soutenir l’exécution, parce que le génie ne veille pas toujours, et que son œuvre cependant doit être achevée dans toutes les parties et former un tout
​Chap. 13
174 «... désavantages de l'utilisation de la raison ...» ? «...le savoir abstrait [est] une reflet de la représentation intuitive ...»
175 Certaines des actions humaines sont bien mieux réalisées sans recours de la raison ... ceci est un phénomène propre à la nature humaine.
« Le rire n’est jamais autre chose que le manque de convenance – soudainement constaté – entre un concept et les objets réels qu’il a suggérés, de quelque façon que ce soit ; et le rire consiste précisément dans l’expression de ce contraste.»
176 «Le rire se produit donc toujours à la suite d’une subsomption paradoxale, et par conséquent inattendue, qu’elle s’exprime en paroles ou en action.»
Tome 2 Chapitre VIII pour le chapitre 13 du tome 1
1284 «...le phénomène du rire révèle toujours la perception subite d’un désaccord entre un tel concept et l’objet réel qu’il sert à représenter, c’est-à-dire entre l’abstrait et l’intuitif. Plus ce désaccord paraîtra frappant à la personne qui rit, plus vif sera son rire.»
1287 «...on voit, à n’en pouvoir douter, qu’il naît précisément du contraste entre la représentation abstraite et l’intuition. Suivant que nous passerons du réel, c’est-à-dire de l’intuitif, au concept, ou inversement du concept au réel, et que ces deux éléments ne s’accorderont pas, il naîtra soit un calembour, soit une absurdité, soit même, et surtout dans la vie pratique, une insanité
Chap. 14
180 «Après ces diverses considérations, qui, je l’espère, feront mieux comprendre la différence et le rapport qu’il y a entre le mode de connaissance de la raison pure, la science et le concept d’une part, et la connaissance immédiate d’autre part, dans l’intuition purement sensorielle et mathématique, ainsi que l’aperception par l’entendement ... » Bah j'ai tout à reprendre, lecture et réflexion !
193 «...nous avons vu qu’en logique, où, pour chaque cas particulier, la connaissance immédiate est plus à notre portée, que la déduction scientifique, nous ne dirigeons jamais notre pensée que d’après la connaissance immédiate des lois de la raison, et que nous ne nous servons pas de la logique.» Les lois de la raison traduit par les lois de la pensée Folio-Essais
Tome 2 Chapitre XII pour le chapitre 14 du tome 1
1331 «Une proposition d’une certitude immédiate est un axiome... Une proposition, qui s’appuie immédiatement sur l’intuition empirique, est une assertion ; pour confronter l’assertion avec la réalité, il faut du jugement. – L’intuition empirique ne peut fonder que des vérités particulières, non des vérités générales ; il est vrai que par la fréquence de la répétition, les vérités empiriques acquièrent une certaine généralité, mais une généralité relative seulement et précaire, puisqu’elle est toujours sujette à caution... »
1333 «Si un philosophe voulait commencer par élaborer la méthode suivant laquelle il philosophera, il aurait l’air d’un poète qui composerait tout d’abord une esthétique pour y conformer ensuite son inspiration ; tous deux ressembleraient à un homme qui commencerait par se fredonner à lui-même un air et qui danserait ensuite. L’esprit pensant doit trouver sa voie par une impulsion naturelle ; la règle et l’application, la méthode et la doctrine doivent se présenter ensemble, inséparablement unies comme la matière et la forme.»
1343 «La philosophie ou métaphysique, comme théorie de la conscience et de son contenu ou du tout de l’expérience en tant que telle, ne se place pas sur le même rang que les sciences ..., parce qu’elle ne se livre pas immédiatement à l’étude sous la direction du principe de raison, mais fait d’abord de ce principe même l’objet de ses recherches.»
Et aussi disparition du matin comme langue scientifique européenne et querelle contre une réforme de l'allemand.
Chap. 15
193 «...l’intuition est la source première de toute évidence, ... la vérité absolue consiste ... dans un rapport direct ou indirect avec elle, ... le chemin le plus court est toujours le plus sûr, attendu que la médiation des concepts est exposée à bien des erreurs...»
215 «Le propre de la philosophie, c’est qu’elle ne suppose rien de connu, ... tout lui est également étranger et problématique, non seulement les rapports des phénomènes, mais les phénomènes eux-mêmes. Elle ne s’en tient même pas au principe de raison, auquel les autres sciences se bornent à tout ramener ; ... un anneau de la chaîne lui est aussi étranger que l’autre, ... la philosophie, ... commence, ..., là où s’arrêtent les autres sciences. Elles ne peuvent s’appuyer sur des preuves ; car celles-ci déduisent l’inconnu de principes connus, et, aux yeux de la philosophie, tout est également étranger et inconnu. Il ne peut exister aucun principe dont le monde entier et tous ses phénomènes ne seraient que la conséquence. C’est pourquoi une philosophie ne se laisse pas déduire, comme le voulait Spinoza, par une démonstration ex firmis principiis. La philosophie est la science du plus général ; ses principes ne peuvent donc être la conséquence d’autres plus généraux. Le principe de contradiction se borne à maintenir l’accord des concepts ; il n’en fournit pas lui-même ; le principe de raison explique le rapport des phénomènes, mais non les phénomènes eux-mêmes. Donc, le but de la philosophie ne peut être la recherche d’une cause efficiente ou d’une cause finale de tout l’univers. Aujourd’hui elle doit se demander moins que jamais d’où vient le monde, et pourquoi il existe. La seule question qu’elle doive se poser, c’est : qu’est-ce que le monde ? »
Tome 2 pour le chapitre 15 du tome 1
Chapitre XIII
1348 «Les mathématiciens sont très fiers de l’inscription que Platon passe pour avoir placée à l’entrée de son école [Celui qui n’a pas étudié la géométrie n’a pas accès ici] ; il est probable que si Platon exigeait de ses disciples la connaissance des figures géométriques, c’est uniquement parce qu’il les considérait comme des essences intermédiaires entre les idées éternelles et les objets particuliers, ainsi qu’Aristote le fait remarquer à plusieurs reprises dans sa Métaphysique ... De plus, ces figures présentaient à ses yeux l’avantage de rendre plus facilement sensible le contraste entre les formes éternelles, ou Idées, existant en soi, et les objets particuliers éphémères, et de pouvoir devenir ainsi la base de la doctrine des Idées, centre de la philosophie de Platon, bien plus, seul dogme théorique sérieux qu’il ait énoncé ; aussi dans son exposition de cette doctrine partait-il de la géométrie. C’est dans le même sens qu’il faut entendre ces paroles du scholiaste d’Aristote (pp. 12, 15), suivant lesquelles Platon considérait la géométrie comme un exercice préparatoire, habituant les élèves à s’occuper d’objets immatériels, alors que dans la vie pratique ils n’avaient eu affaire jusque-là qu’à des choses corporelles. Voilà donc comment Platon entendait recommander la géométrie aux philosophes»
Chapitre XVII
1395 «La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l’animal ; car, chez lui, l’intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu’à leur rencontre, ils soient l’un à l’autre un sujet d’étonnement. Ici, le phénomène tout entier, est encore étroitement uni ... à la Nature, d’où il sort ...» L'instinct et l'entendement serait ainsi étroitement confondus.
«...le besoin métaphysique qui est propre à l’homme seul. L’homme est un animal métaphysique...
1396 «Aristote : [...c’est l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques]»
«...avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire ; tandis que l’étonnement du savant ne se produit qu’à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre plus connu
1399 «...on n’a jamais manqué de gens qui se sont efforcés de tirer leur subsistance de ce besoin métaphysique, et qui l’ont exploité autant qu’ils ont pu ; chez tous les peuples, il s’est rencontré des personnages pour s’en faire un monopole, et pour l’affermer : ce sont les prêtres. Mais afin d’assurer complètement leur trafic, il leur fallait obtenir le droit d’inculquer de bonne heure aux hommes leurs dogmes métaphysiques, avant que la réflexion ne fût encore sortie de ses ténèbres, c’est-à-dire dans la première enfance ; car alors, tout dogme, une fois qu’il est bien enraciné, reste pour toujours, quelle qu’en soit l’insanité ; si les prêtres devaient attendre pour faire leur oeuvre que le jugement fût déjà mûr, ils verraient s’écrouler tous leurs privilèges
1401 «En général, la philosophie des universités, c’est de l’escrime en face d’un miroir ; au fond son véritable but est de donner aux étudiants des opinions selon le coeur du Ministre qui distribue les chaires. Rien de mieux, au point de vue de l’homme d’Etat ; mais la conséquence c’est qu’une telle philosophie est, pour ainsi dire, nervis alienis mobile lignum [Une marionnette mise en mouvement par des ressorts étrangers] ; on ne saurait la considérer comme sérieuse ; c’est une philosophie pour rire. Aussi est-il équitable que cette surveillance ou cette direction se borne à la philosophie d’école, et ne s’étende pas jusqu’à la vraie, jusqu’à la philosophie sérieuse. Car s’il y a quelque chose de souhaitable au monde, ... c’est de voir un rayon de lumière tomber sur l’obscurité de notre existence ; c’est de trouver quelque solution à la mystérieuse énigme de notre vie, dont nous n’apercevons que la misère et la vanité.»
1402 «Par métaphysique, j’entends tout ce qui a la prétention d’être une connaissance dépassant l’expérience, c’est-à-dire les phénomènes donnés, et qui tend à expliquer par quoi la nature est conditionnée dans un sens ou dans l’autre, ou, pour parler vulgairement, à montrer ce qu’il y a derrière la nature et qui la rend possible.» Alors pourquoi cette langue obscure ?
1416 «Donc, comme nous l’avons dit, c’est le mal moral, c’est la souffrance et la mort qui confèrent à l’étonnement philosophique sa qualité et son intensité particulières ; le punctum pruriens de la métaphysique, le problème qui remplit l’humanité d’une inquiétude que ne sauraient calmer ni le scepticisme ni le criticisme, consiste à se demander, non seulement pourquoi le monde existe, mais aussi pourquoi il est plein de tant de misères.»
«La physique ne saurait vivre d’une vie indépendante ; si dédaigneuse que soit son allure à l’égard de la métaphysique, elle a besoin de s’y appuyer. Car elle-même explique les phénomènes par quelque chose de plus inconnu encore qu’eux-mêmes, par des lois naturelles, qui se fondent sur des forces naturelles,...»
1417 «Premièrement, on ne pourrait jamais atteindre le commencement de cette série de causes et d’effets, c’est-à-dire de modifications liées entre elles ; ce commencement se trouverait reculé sans cesse à l’infini, comme les limites du monde dans l’espace et le temps. Ensuite l’ensemble des causes effectives par lesquelles on prétend tout expliquer, repose sur quelque chose d’absolument inexplicable, je veux dire les qualités primordiales des objets et les forces naturelles qui s’y manifestent, forces qui permettent aux qualités d’agir d’une manière déterminée. Telles sont : la pesanteur, la solidité, la force d’impulsion, l’élasticité, la chaleur, l’électricité, les forces chimiques, etc. Toute explication physique donne ces forces comme résidu ; telle une équation algébrique, dont tous les autres termes seraient résolus, mais dans laquelle une quantité demeurerait inconnue et indéterminable.»
1418 «la distinction kantienne entre le phénomène et la chose en soi. Kant déclarait celle-ci absolument inexplicable, et voilà pourquoi il ne saurait y avoir selon lui aucune métaphysique ; il n’y a de possible que la connaissance immanente, par conséquent que la physique, et à côté de celle-ci la critique de la raison dans ses aspirations métaphysiques.»
1419 «...la pesanteur, demeure après toutes les explications physiques un mystère au même titre que la pensée. Seulement comme l’impossibilité d’expliquer cette dernière nous frappe du premier coup, on s’est empressé de faire un saut de la physique à la métaphysique et d’hypostasier une substance d’une nature tout autre que celle des choses corporelles. On a transporté dans le cerveau une âme. Si notre intellect n’avait pas été tellement émoussé qu’il fallût pour le frapper un phénomène extraordinairement surprenant, nous aurions dû expliquer la digestion par une âme stomacale,...»
1421 «cette idée obscure d’une physique absolue sans métaphysique, qui inspire au fond le reproche insipide et le plus souvent malveillant d’athéisme ; c’est elle qui lui donne son sens intima, de la vérité et par là de la force. Une telle physique serait certainement destructive de toute éthique, et si l’on a eu tort de considérer le théisme comme inséparable de la moralité, celle-ci en tout cas ne peut se concevoir sans une métaphysique quelconque, c’est-à-dire sans une doctrine qui reconnaisse que l’ordre de la nature n’est pas le seul ni l’ordre absolu des choses.» Note 342 page 2209 «..ce n'est pas un appel à un quelconque surnaturel, mais la reconnaissance du caractère insuffisant de l'ordre phénoménal ... vouloir tout expliquer qu'en fonction phénoménal, c'est à dire du principe de raison.»
«...il est ... nécessaire que l’homme soit persuadé de l’impossibilité de s’en tenir à une physique absolue...»
1425 «Plus les progrès de la physique seront grands, plus vivement ils feront sentir le besoin d’une métaphysique. En effet, si d’une part, une connaissance plus exacte, plus étendue et plus profonde de la nature mine et finit par renverser les idées métaphysiques en cours jusqu’alors, elle sert d’autre part à mettre plus nettement et plus complètement en relief le problème même de la métaphysique, à le dégager plus sévèrement de tout élément purement physique. Plus notre connaissance de l’essence des objets particuliers sera complète et exacte, plus impérieusement s’imposera à nous la nécessité d’expliquer l’ensemble et le général, et plus la connaissance empirique de cet élément général aura été juste, précise et complète, plus mystérieux et plus énigmatique il nous paraîtra.»
1429 «...les concepts mathématiques sont extraits des rapports quantitatifs, connus à la fois a priori et intuitivement...»
«intuition empirique» Redondance non ?
«Demande-t-on des concepts purs, c’est-à-dire qui n’aient pas une origine empirique, on ne pourra guère produire que ceux qui concernent l’espace et le temps, en d’autres termes, l’élément purement formel de l’intuition, à savoir les concepts mathématiques, peut-être encore à la rigueur le concept de causalité, qui ne dérive sans doute pas de l’expérience, mais qui ne pénètre dans la conscience que par le moyen de celle-ci (en premier lieu, dans l’intuition sensible). ... Kant a fort bien démontré qu’il sert uniquement à mettre de l’unité dans l’expérience, non à la dépasser, qu’il comporte seulement une application physique, non une application métaphysique.»
1430 «...toute idée préconçue d’une métaphysique pouvant être construite purement a priori est nécessairement vaine.»
1431 «Le problème de cette science [la métaphysique] n’est-il pas posé empiriquement ? Pourquoi dès lors la solution ne s’aiderait-elle pas de l’expérience ?»
«...le caractère même a priori d’une partie de la connaissance humaine est saisi par la métaphysique comme un fait donné, duquel elle conclut à l’origine subjective de cette partie. C’est seulement parce que la conscience de son caractère a priori l’accompagne, que cette partie de notre connaissance s’appelle chez Kant transcendantale, en opposition à transcendant, qui signifie « ce qui dépasse toute possibilité empirique », et qui s’oppose lui-même à immanent,...»
1432 «Sans doute, en assignant à la métaphysique une telle origine – et, si l’on veut être sincère, il est impossible de la lui refuser – on lui enlève cette sorte de certitude apodictique, qui n’est possible que par la connaissance a priori...» Apodictique : universel, nécessairement vrai.
1434 «...bien que personne ne puisse connaître la chose en soi à travers l’enveloppe des formes de l’intuition, d’autre part pourtant chacun porte cette chose en soi...»
«...elle implique la notion d’un noyau du phénomène, distinct du phénomène....»
1435 «...la métaphysique dépasse la nature pour atteindre à ce qui est caché dans elle ou derrière elle, mais elle ne considère cet élément caché que comme apparaissant dans la nature et non indépendamment de tout phénomène ; elle demeure donc immanente, non transcendante. Et en effet elle ne se détache jamais entièrement de l’expérience ; elle en est la simple explication et interprétation, puisqu’elle ne parle de la chose en soi que dans ses rapports avec le phénomène.»
1439 «...la solution réelle, positive de l’énigme du monde, est-elle nécessairement quelque chose que l’intellect humain est absolument impuissant à saisir et à penser ; de sorte que si un être supérieur descendait sur terre et se donnait toute la peine du monde pour nous communiquer cette solution, nous ne comprendrions rien aux vérités qu’il nous révélerait
1441 D'après Platon dans l'Apologie de Socrate : «...le point de départ nécessaire de toute vraie philosophie, c’est ce mot profond de Socrate : « La seule chose que je sache, c’est que je ne sais rien »»
1443 «Une philosophie donnée n’a donc pas d’autre critérium de sa valeur que la vérité. – D’ailleurs, la philosophie est essentiellement la science du monde ; son problème, c’est le monde ; c’est au monde seul qu’elle a affaire ; elle laisse les dieux en paix, mais elle attend, en retour, que les dieux la laissent en paix.»
Chap. 16
218 «...la raison ... une faculté de connaissance particulière et propre à l'[humanité] seul ... les réalisations et les phénomènes qu'elle accomplit, propres à la nature humaine...»
219 «.. ce Kant a appelé raison pratique... comme le siège d'un devoir absolu...»
«les actions et la conduite de l’homme diffèrent de celles des animaux, et que cela provient uniquement de la présence de concepts abstraits dans sa conscience.»
221 «à l’honneur de Spinoza, qu’à l’encontre de ces philosophes, et avec un sens plus droit, il déclare que toutes les notions générales naissent de la confusion inhérente aux connaissances intuitives (Eth., II, prop. 40, schol. 1).»
«N’est-il pas surprenant, merveilleux même, de voir l’homme vivre une seconde vie in abstracto à côté de sa vie in concreto ? Dans la première, il est livré à toutes les tourmentes de la réalité, il est soumis aux circonstances présentes, il doit travailler, souffrir, mourir, comme les animaux.»
223 «l’éthique stoïcienne, par son essence et son point de vue, diffère absolument des systèmes de morale qui n’ont en vue que la vertu, comme, par exemple, les préceptes des Védas, ceux de Platon, du christianisme, de Kant.»
225 «..la volonté de posséder sans cependant posséder, cette volonté de posséder étant la condition nécessaire pour que l'absence de possession engendre la privation et la douleur.» Donc pour les stoïciens (si c'est bien eux) il faut souffrir, se créer des besoins qui ne peuvent être satisfaits juste pour souffrir.
Tome 2 Chapitre XVI pour le chapitre 16 du tome 1
1375 «Dans mon septième chapitre, j’ai démontré qu’en théorie, la déduction des concepts aboutit à de médiocres résultats, et que pour arriver à quelque chose de mieux, il faut s’adresser à l’intuition elle-même, comme à la source de toute connaissance. Dans la pratique, c’est tout le contraire : ici il n’y a que les animaux qui soient déterminés par l’intuition ; il n’en saurait être de même de l’homme qui a des concepts pour régler sa conduite, et qui par là échappe à la puissance de l’intuition présente, à laquelle l’animal est absolument livré. C’est dans la mesure où l’homme tire parti de ce privilège que sa conduite peut être appelée raisonnable, et c’est uniquement dans ce sens qu’il peut être question de raison pratique, non dans le sens kantien, lequel est inadmissible, comme je l’ai fait voir tout au long dans mon mémoire sur le Fondement de la morale.
Mais il n’est pas facile de se déterminer uniquement par des concepts ; le caractère le mieux trempé n’est pas sans ressentir l’action puissante du monde extérieur, qui l’entoure avec toute sa réalité intuitive. Seulement, c’est précisément en tenant cette influence en échec, en comptant pour rien la fantasmagorie du monde, que l’esprit humain fait éclater sa grandeur et sa dignité.
»
1387 «Le stoïcisme est sorti du cynisme, en ce sens qu’il en a converti la pratique en théorie. Selon les stoïciens, il n’est pas nécessaire de se retrancher tout...»
1394 «...le panthéisme des stoïciens Qu’est-ce que Dieu ? La pensée de l’univers. Qu’est-ce que Dieu ? Tout ce que tu vois et tout ce que tu ne vois pas. C’est ainsi seulement que l’on peut lui rendre sa juste mesure, à lui dont la grandeur dépasse toute imagination : si, à lui seul, il est toutes choses, il maintient son œuvre de dedans et de dehors.» Donc Spinoza n'a pas été le premier.
Pas d'indication de liens ci-dessous avec les chapitres du tome1
Tome 2 Parts consciente et inconsciente de notre pensée
Chapitre XIV
1350 «La présence des représentations et des pensées dans notre conscience est aussi sévèrement soumise aux différentes formes du principe de raison que le mouvement des corps l’est à la loi de causalité. Pas plus qu’un corps ne peut entrer en mouvement sans cause, une pensée ne saurait entrer dans la conscience sans une occasion qui l’amène. Cette occasion est ou extérieure (impression exercée sur les sens), ou intérieure (pensée qui en amène une autre en vertu de l’association).»
1354 «Pour nous rendre la chose sensible, comparons notre conscience à une eau de quelque profondeur ; les pensées nettement conscientes n’en sont que la surface ; la masse, au contraire, ce sont les pensées confuses, les sentiments vagues, l’écho des intuitions et de notre expérience en général, tout cela joint à la disposition propre de notre volonté qui est le noyau même de notre être.»
1355 «...l’élaboration des matériaux venus du dehors et qui doivent devenir des pensées se fait d’ordinaire dans les profondeurs les plus obscures de notre être, nous n’en avons pas plus conscience que de la transformation des aliments en sucs et en substances vivifiantes. C’est pourquoi nous ne pouvons souvent pas rendre compte de la naissance de nos pensées les plus profondes ; elles procèdent de la partie la plus mystérieuse de notre être intime.»
«La conscience n’est que la surface de notre esprit ; de même que pour la terre, nous ne connaissons de ce dernier que l’écorce, non l’intérieur.»
Chapitre XV
1356 «La forme de notre conscience de nous-mêmes est le temps, non l’espace. Aussi notre pensée ne revêt-elle pas comme notre intuition trois dimensions, mais une seule ; elle évolue selon une seule ligne sans largeur ni profondeur. C’est là précisément la source de la plus grande entre les imperfections essentielles à notre intellect. En effet, nous ne pouvons connaître les choses que successivement et dans un même moment nous n’avons conscience que d’une seule chose...»
1357 «... notre intellect peut être comparé à un télescope dont le champ de vision serait très restreint, car notre conscience n’est pas à l’état stable, mais dans un flux perpétuel.»
«La pensée qui m’occupe vivement en ce moment ... et il est possible que je ne la retrouve jamais, à moins qu’elle ne soit liée à mon intérêt personnel, c’est-à-dire à ma volonté qui demeure toujours présente et maîtresse.»
1358 «...les représentations étrangères à notre occupation principale et qui dans l’intervalle ont occupé la conscience y laissent un écho d’elles-mêmes, qui déterminera, dans une certaine mesure, la nature des représentations à venir.»
1359 «Il ressort de tout ceci que la conscience et la pensée humaines sont fragmentaires...»
« Notre conscience pensante ressemble à une lanterne magique, dans le foyer de laquelle ne peut apparaître qu’une image à la fois...»
1360 «...nous n’avons en réalité qu’une demi-conscience et que nous avançons à tâtons dans le labyrinthe de notre vie et les ténèbres de nos recherches ; des moments de clarté, semblables à des éclairs, illuminent parfois notre route.»
«Je suis même étonné de voir que nous arrivons à nous reconnaître dans ce chassez-croisez de pensées fragmentaires et de représentations de toute sorte ; qu’au lieu d’aboutir à une confusion complète des idées, nous parvenons à les ordonner harmonieusement.»
1361 «le moi [le Je] est une grandeur inconnue, c’est-à-dire un mystère à lui-même. – Ce qui donne à notre conscience de l’unité et de la cohésion, ce qui en traverse toutes les représentations, ce qui en est la base et le support permanent, ne saurait être déterminé lui-même par la conscience, et par conséquent ne peut pas être une représentation ; non, c’est quelque chose d’antérieur à la conscience, c’est la racine de l’arbre dont celle-ci est le fruit. Cette base, dis-je, est la Volonté ; elle seule est immuable et absolument identique et a engendré la conscience conformément à ses propres fins.»
«La Volonté seule est l’élément permanent et immuable de la conscience. C’est elle qui établit un lien entre toutes les pensées, qui en fait des moyens pour ses fins personnelles,...»
1363 «...l’érudit cherche à prendre une conscience distincte de quelque particularité de son savoir ; il lui faut, pour la tirer de ce chaos, du temps et des efforts.»
1364 «La connaissance la plus parfaite et la plus suffisante est la connaissance intuitive ; mais elle est bornée au particulier, à l’individuel. La réunion du multiple et du divers dans une même représentation n’est possible que par le concept,»
1365 «L’intellect humain n’est qu’un degré supérieur de l’intellect animal ; et si celui-ci est entièrement borné au présent, le nôtre aussi conserve de fortes traces de cette limitation.»
«L’inconscience est l’état primitif et naturel de toute chose, conséquemment aussi le fonds d’où émerge, chez certaines espèces, la conscience, efflorescence suprême de l’inconscience ; voilà pourquoi celle-ci prédomine toujours dans notre être intellectuel.»
1366 «Les imperfections de l’intellect au contraire font très bon ménage ensemble, et c’est pourquoi il demeure dans la réalité bien au-dessous de ce qu’il pourrait être.»
1368 «l’optique atomistique des Français, avec leurs molécules de lumière» Les quanta (pluriel de quantum) ?
1372 «L’intellect a pour fonction naturelle le seul soin de la conservation de l’individu, et généralement c’est à peine s’il suffit même à cette besogne.»
«...« Il y a un mystère dans l’esprit des gens qui n’en ont pas ».»
1373 «De grandes différences dans le degré d’intelligence et dans le développement intellectuel creusent entre les hommes un large abîme ; la bonté du cœur peut seule le faire franchir, c’est elle qui est le principe unifiant qui identifie les autres avec notre propre moi. Mais en tout cas l’union n’est que morale, elle ne sera jamais intellectuelle.»
Livre 2 Page 233 (158) Le monde comme volonté - L'objectivation de la volonté
Chapitre 17
235 «... ce qui concerne la représentation abstraite, le concept... celle-ci ... possède ... un contenu et une signification ... sa représentation intuitive ... nous exigerons de connaître aussi son contenu, ses déterminations ... et le formes qu'elle nous présente. »
236 «la philosophie nous semble un monstre à plusieurs têtes, dont chacune parle une langue différente.»
« ... un objet suppose toujours un sujet, et par conséquent n’est qu’une représentation ; ajoutons que nous avons reconnu l’existence de l’objet comme dépendant de la forme la plus générale de la représentation, la distinction en « moi » et « non-moi » (traduit par «scission entre objet et sujet» dans Folio-Essais)
240 Note 6 page 1000 Notion de concept de force pour Newton
241 «...le philosophe, en face de la science étiologique complète de la nature, devrait éprouver la même impression qu’un homme qui serait tombé, sans savoir comment, dans une compagnie complètement inconnue, et dont les membres, l’un après l’autre, lui présenteraient sans cesse quelqu’un d’eux comme un ami ou un parent à eux, et lui feraient faire sa connaissance : tout en assurant qu’il est enchanté, notre philosophe aurait cependant sans cesse sur les lèvres cette question : Que diable ai-je de commun avec tous ces gens-là ?»
Étiologie : étude de l'ensemble des causes d'un phénomène
« ... la loi de la causalité ...à partir du sujet, c'est à dire à priori ... à partir de l'objet, c'est à dire à posteriori ...»
242 «Nous voyons déjà par là que ce n’est pas du dehors qu’il nous faut partir pour arriver à l’essence des choses ; on aura beau chercher, on n’arrivera qu’à des fantômes ou à des formules ; on sera semblable à quelqu’un qui ferait le tour d’un château, pour en trouver l’entrée, et qui, ne la trouvant pas, dessinerait la façade. C’est cependant le chemin qu’ont suivi tous les philosophes avant moi.»
Chap. 18
243 «...il serait impossible de trouver la signification cherchée de ce monde, qui m’apparaît absolument comme ma représentation, ou bien le passage de ce monde, en tant que simple représentation du sujet connaissant, à ce qu’il peut être en dehors de la représentation, si le philosophe lui-même n’était rien de plus que le pur sujet connaissant (une tête d’ange ailée, sans corps). ... les modifications [affections dans Folio] sont, nous l’avons vu, le point de départ de l’entendement pour l’intuition de ce monde.»
244 Détermination de la Volonté.
Notes 11 et 12 Volonté synonyme de Nature naturante (renvoie au chapitre 25 page 1664).
245 «...le corps entier n’est que la volonté objectivée, c’est-à-dire devenue perceptible ... Dans le livre précédent, et dans ma discussion sur le principe de raison, j’ai appelé le corps objet immédiat en me plaçant à dessein au seul point de vue de la représentation. Ici, au point de vue contraire, je l’appellerai objectivité de la volonté. ...La volonté est la connaissance a priori du corps ; le corps est la connaissance a posteriori de la volonté.»
«...pour la réflexion seule qu’il y a une différence entre vouloir et faire : en fait, c’est la même chose. Tout acte réel, effectif, de la volonté, est sur-le-champ et immédiatement un acte phénoménal du corps ; et par contre, toute action exercée sur le corps est par le fait et immédiatement une action exercée sur la volonté : comme telle, elle se nomme douleur, lorsqu’elle va à l’encontre de la volonté ; lorsqu’elle lui est conforme au contraire, on l’appelle bien-être ou plaisir.»
Note 13 page 1002 «... Schopenhauer maintient le qualificatif immédiat mais retire le terme d'objet ... les deux membres forment un quasi-oxymore : l'objet est précisément ... médiat ... médiatisé par les formes de l'objectivité.» Donc à suivre. Sommes-nous médiat ou immédiat ?
246 «...qu’un petit nombre d’impressions exercées sur le corps qu’on puisse considérer immédiatement comme de simples représentations ; elles n’affectent pas la volonté, et, grâce à elles, le corps apparaît comme objet immédiat de la connaissance, objet que nous connaissons déjà médiatement, à l’égal de tous les autres, à titre d’intuition dans l’entendement.»
247 «Je ne connais pas ma volonté dans sa totalité ; je ne la connais pas dans son unité, pas plus que je ne la connais parfaitement dans son essence ; elle ne m’apparaît que dans ses actes isolés, par conséquent dans le temps, qui est la forme phénoménale de mon corps, comme de tout objet : aussi mon corps est-il la condition de la connaissance de ma volonté. Je ne puis, à proprement parler, me représenter cette volonté sans mon corps
Tome 2 Chapitre XVIII pour le chapitre 18 du tome 1
1447 «Ce livre, où se trouve décrite la démarche la plus originale et la plus importante de ma philosophie, à savoir le passage, déclaré impossible par Kant, du phénomène à la chose en soi,...»
1448 «Qu’est-ce que la connaissance ? – C’est avant tout et essentiellement une représentation. – Qu’est-ce que la représentation ? – Un processus physiologique très complexe, s’accomplissant dans le cerveau d’un animal, et à la suite duquel naît dans ce même cerveau la conscience d’une image. – Évidemment cette image ne saurait avoir qu’un rapport très médiat à quelque chose de tout à fait distinct de l’animal, dans le cerveau duquel elle s’est produite.»
1449 «La vérité, c’est que les données immédiates de notre conscience comprennent une existence subjective et une existence objective, ce qui est en soi et ce qui n’est qu’au point de vue d’autrui, un sentiment de notre moi propre et un sentiment d’autre chose, et ces données se présentent à nous comme étant si radicalement distinctes, qu’aucune autre différence ne saurait être comparée à celle-là. Chacun se connaît immédiatement soi-même, et n’a de tout le reste qu’une connaissance médiate. Voilà le fait ; voilà aussi le problème.»
1450 «La pensée n’a de rapports immédiats qu’avec l’intuition, mais l’intuition en a avec l’existence en soi de ce qui est intuitivement perçu,...L’existence empirique, telle que nous la connaissons, n’est autre chose que le fait d’être donnée dans l’intuition ; le rapport de celle-ci à la pensée est loin d’être une énigme ; car les concepts, c’est-à-dire la matière immédiate de la pensée, dérivent de l’intuition dont ils sont abstraits...»
1451 Plotin «La matière est un mensonge, et pourtant vraie»
«Quant à l’objet donné dans l’intuition, il doit être quelque chose en soi, et non pas seulement quelque chose pour autrui ; autrement il se réduirait à la représentation, et nous aboutirions à un idéalisme absolu, qui en fin de compte ne serait que de l’égoïsme théorique : toute réalité serait supprimée, le monde ne serait plus qu’un fantôme subjectif.»
1455 «...j’ai posé la vérité suivante qui la tient en quelque manière en échec, à savoir que nous ne sommes pas seulement le sujet qui connaît, mais que nous appartenons nous-mêmes à la catégorie des choses à connaître, que nous sommes nous-mêmes la chose en soi, qu’en conséquence si nous ne pouvons pas pénétrer du dehors jusqu’à l’être propre et intime des choses, une route, partant du dedans, nous reste ouverte : ce sera en quelque sorte une voie souterraine, une communication secrète qui, par une espèce de trahison, nous introduira tout d’un coup dans la forteresse, contre laquelle étaient venues échouer toutes les attaques dirigées du dehors. La chose en soi, comme telle, ne peut entrer dans la conscience que d’une manière tout à fait immédiate, à savoir en ce sens qu’elle-même prendra conscience d’elle-même...»
1456 «En fait, notre volonté nous fournit l’unique occasion que nous ayons d’arriver à l’intelligence intime d’un processus qui se présente à nous d’une manière objective ; c’est elle qui nous fournit quelque chose d’immédiatement connu, et qui n’est pas, comme tout le reste, uniquement donné dans la représentation. C’est donc dans la Volonté qu’il faut chercher l’unique donnée susceptible de devenir la clé de toute autre connaissance vraie ; c’est de la Volonté que part la route unique et étroite qui peut nous mener à la vérité.»
1457 «...cette perception intime que nous avons de notre propre volonté est loin de fournir une connaissance complète et adéquate de la chose en soi.»
«...dans la conscience même le moi n’est pas absolument simple, mais il se compose d’une partie connaissante, l’intellect, et d’une partie connue, la volonté : le premier n’est pas connu, celle-ci ne connaît pas, bien que tous deux se rencontrent et se confondent dans la conscience d’un même moi.»
1458 «Mais, malgré toutes ces imperfections, la perception dans laquelle nous saisissons les impulsions et les actes de notre volonté propre, est de beaucoup plus immédiate que toute autre perception ; elle est le point où la chose en soi entre le plus immédiatement dans le phénomène, où elle est éclairée de plus près par le sujet qui connaît.»
1459 «...la question n’en demeure donc pas moins de savoir ce que cette volonté, qui se représente dans le monde et comme monde, est en dernier lieu, absolument, en soi. En d’autres termes, qu’est-elle, abstraction faite de sa représentation comme volonté, de son phénomène ? qu’est-elle, en dehors de la connaissance ? – Cette question ne recevra jamais de réponse...»
Chap. 19
249 «nous avons déclaré, non sans répugnance, que notre corps, comme tous les autres objets du monde de l’intuition, n’est pour nous qu’une pure représentation du sujet connaissant ... dans la conscience de chacun, distingue la représentation de son corps de celle, – en tout semblable pour le reste, – des autres objets ; cette différence consiste en ce que le corps peut encore être connu d’une autre manière absolument différente, et que l’on désigne par le mot volonté ; cette double connaissance de notre corps... » dans Folio-Essais "toto genre" est "toute la famille".
250 « ...cette double connaissance de notre corps nous donne sur celui-ci, ... des éclaircissements que nous ne pouvons obtenir directement sur l’essence, sur l’activité, sur la passivité des autres objets réels.»
Notre corps inconnu à nous même !?
« Par son rapport particulier avec un seul corps qui, ... n’est pour lui qu’une représentation comme toutes les autres, le sujet connaissant est un individu. Mais ce rapport, ..., n’existe par là même qu’entre lui et une seule de ses représentations ; c’est pourquoi elle est aussi la seule dont il ait conscience à la fois comme d’une représentation et comme d’une volition. ... lorsqu’on fait abstraction de ce rapport spécial, de cette connaissance double et hétérogène d’une seule et même chose, le corps, celui-ci n’est plus qu’une représentation comme toutes les autres ; alors l’individu connaissant, pour s’orienter, doit admettre l’une des deux hypothèses suivantes :
- ou bien ce qui distingue cette unique représentation consiste seulement en ce qu’elle est seule à lui être ainsi connue sous un double rapport, en ce que cet objet d’intuition est seul à être saisi de lui sous ce double aspect, en ce qu’enfin cette distinction s’explique, ... par celle qui existe entre le rapport de sa connaissance à cet unique objet et le rapport de sa connaissance à tous les autres objets ;
_ ou bien il doit admettre que cet objet est essentiellement différent des autres ; que seul entre tous il est à la fois volonté et représentation ; que les autres ne sont que représentations, c’est-à-dire purs fantômes, et que par conséquent son corps est le seul individu réel au monde,...»
251 «notre connaissance, toujours liée à l’individu, et par cela même limitée, demande que l’individu, tout en étant un, puisse cependant connaître tout, et c’est même cette limitation qui fait naître le besoin d’une science philosophique...l’égoïsme théorique ...»
253 Note 17 page 1003 Doute sur cette Volonté autonome Schopenhauer n'ayant pas une démonstration solide est obligé de multiplier les exemples. Je pense qu'il a compris cette notion intuitivement qui répond aux débordements humains menés par son inconscient et l'instinct.
254 Comparaison de la Volonté avec la pesanteur.
Cette Volonté nous devons en avoir conscience et s'en servir sans si opposé. Comme dans la mission Apollo 13. Suite à une panne ils doivent faire demi-tour. Directement ils consommeront excessivement de l'énergie réduite par l'accident et donc utilise la gravitation lunaire pour être relancé vers la Terre.
Tome 2 Chapitre XIX pour le chapitre 19 du tome 1
1463 «La volonté, comme chose en soi, constitue l’essence intime, vraie et indestructible de l’homme ; mais en elle-même elle est sans conscience. Car la conscience est déterminée par l’intellect qui n’est qu’un simple accident de notre essence : l’intellect est en effet une fonction du cerveau, et celui-ci avec les nerfs ambiants et la moelle épinière n’est qu’un fruit, qu’un produit, je dirai même un parasite du reste de l’organisme, puisqu’il ne s’engrène pas directement dans les rouages intimes de cet organisme et ne sert à la conservation du moi que parce qu’il en règle les rapports avec le monde extérieur. Au contraire, l’organisme lui-même est la volonté individuelle devenue visible, objectivée ; il est l’image de cette volonté telle qu’elle se dessine dans le cerveau...»
1464 «...l’intellect est le phénomène secondaire, l’organisme le phénomène primaire, à savoir le phénomène immédiat de la volonté ; la volonté est métaphysique, l’intellect physique ; l’intellect est, tout comme ses objets, un pur phénomène, la volonté seule est chose en soi, ... la volonté est la substance de l’homme, l’intellect en est l’accident ; la volonté est la matière, l’intellect la forme ; la volonté est la chaleur, l’intellect la lumière.»
«...qu’il n’y a pas d’objet sans sujet, de même il n’y a pas de sujet sans objet, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de connaissance, sans quelque chose qui diffère du sujet qui le connaît. Une conscience donc, qui ne serait qu’intelligence, est impossible. L’intelligence ressemble au soleil qui n’éclaire l’espace que grâce à la présence d’un corps, qui en reflète les rayons.»
«Comme élément connu dans la conscience de nous-mêmes, nous trouvons exclusivement la volonté
1465 «...le bonheur ou la souffrance, le plaisir ou la douleur ; tous ces états d’âme sont précisément l’acte de volonté,...»
1472 «Si nous parcourons de haut en bas l’échelle hiérarchique des animaux, nous voyons que l’intellect y devient de plus en plus faible et imparfait ; mais nous ne remarquons nullement une dégradation correspondante de la volonté. Celle-ci au contraire s’affirme partout identique à elle-même, et se produit toujours avec les mêmes caractères : attachement extrême à la vie, souci de l’individu et de l’espèce, égoïsme absolu à l’égard de tous les autres êtres, inclinations fondamentales,...»
1473 «Cette différence fondamentale de nature entre la volonté et l’intellect, la simplicité et la spontanéité de l’une, la complexité et le caractère dérivé de l’autre,...»
1480 «L'intellect se fatigue ; la volonté est infatigable.»
1504 «Si, comme on l’admet généralement, la volonté émanait de l’intellect, si elle en était le résultat ou le produit, en ce cas, là où il y a beaucoup de volonté, il devrait se trouver aussi beaucoup de connaissance, de pénétration, de raison. Mais il n’en est nullement ainsi : nous trouvons plutôt chez beaucoup d’hommes une volonté forte, c’est-à-dire décidée, résolue, ferme, inflexible, obstinée et violente, unie à un entendement faible et impuissant.»
Chap. 20
254 «...essence en soi de notre propre corps, ... chose même qui est notre corps, ...pas objet de l’intuition, ... la volonté, ... se manifeste dans les mouvements volontaires du corps, ... actes de la volonté visibles, ... ils ne font qu’un avec elle, ...ils n’en diffèrent que par la forme de la connaissance, sous laquelle ils se sont manifestés comme représentation.»
255 «Ces actes de volonté ont toujours un fondement, en dehors d’eux-mêmes, dans leurs motifs. Cependant ils ne déterminent jamais que ce que je veux, à tel moment, à tel endroit, dans telle circonstance ; et non pas mon vouloir en général, .... il est impossible de tirer des motifs une explication de mon vouloir, dans son essence ; ils ne font que déterminer ses manifestations à un moment donné ; ils ne sont que l’occasion dans laquelle ma volonté se montre.»
257 Note 21 page 1004 «Le concept de phénomène est le pivot autour duquel tourne tout ce passage ... la théorie esthétique se coulera aisément dans le cadre général de cette philosophie de l'expression, en montrant que l’œuvre d'art exprime la volonté plus clairement que les phénomènes ordinaires.»
Note 23 page 1005 «Le concept d'objectivation se superpose à la conception expressive de la phénoménalité dont Schopenhauer vient de poser les bases....»
Tome 2 Chapitre XX pour le chapitre 20 du tome 1
1538 «Ce qui dans la conscience de nous-mêmes, c’est-à-dire subjectivement, se présente sous la forme de l’intellect, dans la conscience d’autre chose, c’est-à-dire objectivement, prend la forme du cerveau ; ce qui, dans la conscience de nous-mêmes, c’est-à-dire subjectivement, prend la forme de la volonté, dans la conscience d’autre chose, c’est-à-dire objectivement, prend la forme de l’organisme dans son ensemble.»
«La plupart des faits sur lesquels se fonde la première partie de cette thèse ont été donnés dans le chapitre précédent. J’y ai montré par la nécessité du sommeil, par les modifications qu’entraîne l’âge, par les différences que présente la construction anatomique, que l’intellect, étant de nature secondaire, dépend d’un organe particulier, du cerveau, dont il est la fonction, comme l’action de palper est la fonction de la main ; qu’il est par conséquent physique comme la digestion, et non métaphysique comme la volonté.»
«Tiedemann est peut-être le premier qui ait comparé le système nerveux cérébral à un parasite...»
1541 «Par contre, le cerveau s’occupe de la direction des rapports avec le monde extérieur ; c’est là sa fonction unique et par là il s’acquitte de sa dette envers l’organisme qui le nourrit ; car l’existence de ce dernier est déterminée par les circonstances extérieures.»
«Plus haut déjà, au chapitre XVIII, j’ai montré que la chose en soi, qui est la base nécessaire de tout phénomène, conséquemment aussi du nôtre, dépouille dans la conscience de soi une de ses formes phénoménales, l’espace, pour ne retenir que l’autre, le temps ; de la sorte cette chose en soi se révèle plus immédiatement que partout ailleurs, et quand elle s’est ainsi débarrassée d’un grand nombre de ses voiles, nous l’appelons volonté.»
« ... aucune substance durable ne peut se représenter dans le seul temps, et la matière est une substance de cette sorte ; car une substance durable n’est possible, comme il est démontré au § 4 du 1er vol., que par l’union intime du temps et de l’espace.»
« ...dans la conscience de soi, la volonté n’est pas connue comme le substratum permanent de ses impulsions, elle ne se présente pas dans l’intuition sous forme de substance durable ; ce sont les actes isolés de la volonté, ses mouvements et ses états, comme résolutions, souhaits, affections, que nous connaissons successivement et pendant le temps de leur durée, immédiatement mais non intuitivement.»
« La connaissance de la volonté dans la conscience de soi n’en est donc pas l’intuition, mais un sentiment tout à fait immédiat de ses excitations successives. Au contraire dans la connaissance dirigée vers le dehors, qui est préparée par les sens et achevée dans l’entendement, qui a pour forme non seulement le temps mais aussi l’espace, qui réunit intimement ces formes au moyen de la loi intellectuelle de causalité, et qui par cette causalité devient intuition, dans cette connaissance, dis-je, ce même pouvoir, qui dans la conscience immédiate était saisi comme volonté, se représente intuitivement sous la forme d’un corps organisé. Ce corps, par ses mouvements successifs, représente intuitivement les actes volontaires ; par ses parties et ses formes, il incarne les aspirations durables et le caractère fondamental de la volonté individuelle ; les souffrances mêmes et les plaisirs du corps sont des affections tout à fait immédiates de cette même volonté.»

Tome 2 Chapitre XXI
1576 «Si l’intellect n’était pas de nature secondaire, comme le démontrent les deux chapitres précédents [XIX et XX], on ne comprendrait pas que tout ce qui se produit sans lui, c’est-à-dire sans l’intervention de la représentation, comme par exemple la génération, le développement et la conservation de l’organisme,...»
1577 «...Anaxagore. Car il a considéré arbitrairement comme l’élément premier et originel, d’où dérive le reste, un νους [esprit], une intelligence, un sujet représentant, et il passe pour avoir le premier établi cette manière de voir. D’après lui, le monde aurait existé dans la simple représentation avant d’exister en lui-même ; tandis que, chez moi, c’est la volonté qui fonde la réalité des choses ; celles-ci n’arrivent, dans la conscience animale, à la représentation et à l’intelligence qu’après une très longue évolution, si bien que dans ma théorie c’est la pensée qui apparaît en dernier lieu.»
1578 «Toute physico-théologie est le développement, poussé jusqu’au bout, de l’erreur qui s’oppose à la vérité que nous avons énoncée au commencement de ce chapitre, erreur suivant laquelle la manière la plus parfaite de naître pour les choses est celle qui s’opère au moyen d’un intellect. C’est cette vue fausse qui barre la route à toute étude plus approfondie de la nature.»
«...l’intellect, physiquement conditionné, fonction d’un organe matériel, dépend entièrement de ce dernier et sans lui serait aussi impossible que le toucher sans la main, qu’il appartient par conséquent à la simple phénoménalité et en subit le sort ; que la volonté, au contraire, n’est liée à aucun organe spécial, qu’elle est présente partout, qu’elle est l’élément moteur et plastique par excellence, la condition de tout l’organisme, le substrat métaphysique de toute la phénoménalité,...»
Chap. 21
260 «... sa volonté, l’objet le plus immédiat de sa conscience, qui constitue l’essence intime de son propre phénomène, se manifestant comme représentation aussi bien par ses actions que par leur substratum permanent, le corps ; si l’on s’est rendu compte que cette volonté ne rentre pourtant pas complètement dans ce mode de connaissance où objet et sujet se trouvent en présence l’un de l’autre, ... le sujet se distingue mal de l’objet, ... on pourra, ... pénétrer l’essence intime de la nature entière, en embrassant tous les phénomènes que l’homme reconnaît, non pas immédiatement et médiatement tout à la fois, comme il le fait pour son propre phénomène, mais seulement indirectement, par ..., celui de la représentation.»
261 «.. il sera amené à reconnaître qu'elle est aussi la force qui agit et végète dans les plantes ... celle dont il reçoit le coup en touchant des métaux hétérogènes ... » Courant électrique dû à un effet électrochimique.
Chap. 22
p264 «Jusqu'ici on a subsumé le concept de Volonté dans celui de Force...» Le concept de Volonté rangé dans celui de Force. «.. or au contraire ...»
Chap. 23
265 «La volonté, comme chose en soi, est absolument différente de son phénomène et indépendante de toutes les formes phénoménales dans lesquelles elle pénètre pour se manifester, et qui, par conséquent, ne concernent que son objectité et lui sont étrangères à elle-même. Même la forme la plus générale de la représentation, celle de l’objet, par opposition avec le sujet, ne l’atteint pas...»
266 «j’appellerai l’espace et le temps, – suivant une vieille expression de la scolastique, sur laquelle j’attire l’attention une fois pour toutes, – principium individuationis ; car c’est par l’intermédiaire de l’espace et du temps que ce qui est un et semblable dans son essence et dans son concept nous apparaît comme différent, comme plusieurs, soit dans l’ordre de la coexistence, soit dans celui de la succession.»
267 note 33 page 1006 Au sujet de la liberté, Schopenhauer reprend la distinction kantienne ... le plan des phénomènes et le plan de la chose en soi. ...existence d'un très rigoureux déterminisme  ...»
«C’est seulement après l’étude des phénomènes et des manifestations de la volonté, – et nous allons l’entreprendre, – que nous comprendrons clairement le sens de cette proposition kantienne, à savoir que l’espace, le temps et la causalité ne conviennent pas à la chose en soi, mais ne sont que des formes de la connaissance.
On a bien vu l’inconditionnalité de la volonté (grundlosigkeit), – là où elle se manifeste le plus clairement, – dans le vouloir de l’homme ; alors on l’a déclarée libre, indépendante. Mais en même temps, ...– on a perdu de vue la nécessité à laquelle est soumise chacune de ses manifestations, et l’on a déclaré libres tous les actes, ce qui n’est pas, ... Toute nécessité est, ... le rapport d’un effet à une cause, et rien de plus. Le principe de raison est la forme générale de tout phénomène, et l’homme, dans l’ensemble de ses actions, doit, comme tous les autres phénomènes, lui être soumis.
... comme la volonté est connue directement et en soi, dans la conscience, il s’ensuit que cette connaissance embrasse aussi la notion de liberté. Seulement on oublie qu’alors l’individu, la personne n’est pas la volonté, en tant que chose en soi, mais qu’elle est le phénomène de la volonté, et, comme telle, déjà déterminée et engagée dans la forme de la représentation, le principe de raison. De là ce fait singulier que chacun se croit a priori absolument libre, et cela dans chacun de ses actes, c’est-à-dire croit qu’il peut à tout instant changer le cours de sa vie, en d’autres termes, devenir un autre. C’est seulement a posteriori, après expérience, qu’il constate, à son grand étonnement, qu’il n’est pas libre, mais soumis à la nécessité ; qu’en dépit de ses projets et de ses réflexions, il ne modifie en rien l’ensemble de ses actes, et que, d’un bout à l’autre de sa vie, il doit développer un caractère auquel il n’a pas consenti et continuer un rôle commencé.»
268 «nous ne voyons que trop, par l’instinct et le caractère industrieux de certains animaux, que la volonté agit encore là où elle n’est pas guidée par la connaissance ; qu’ils aient des représentations et une connaissance, ce n’est pas une considération qui puisse nous arrêter ici, car le but auquel ils travaillent comme si c’était un motif connu37, ils l’ignorent parfaitement. Leur activité n’est pas réglée par un mobile, elle n’est pas accompagnée de représentation, et nous prouve clairement que la volonté peut agir sans aucune espèce de connaissance.» La Volonté est donc égale à l'instinct.
Tome 2 Chapitre XXIII pour le chapitre 23 du tome 1
1615 «La volonté, que nous trouvons au-dedans de nous, ne résulte pas avant tout, comme l’admettait jusqu’ici la philosophie, de la connaissance, elle n’en est même pas une pure modification, c’est-à-dire un élément secondaire dérivé et régi par le cerveau, comme la connaissance elle-même ; mais elle est le Prius de la connaissance, le noyau de notre être et cette propre force originelle qui crée et entretient le corps animal, en en remplissant toutes les fonctions inconscientes et conscientes : comprendre cette vérité est le premier pas à faire pour pénétrer dans ma métaphysique. Si paradoxal qu’il puisse sembler aujourd’hui encore à beaucoup de gens, que la volonté soit en elle-même privée de connaissance,...»
Chap. 24
277 «...Kant nous a appris que le temps, l’espace et la causalité, avec toutes leurs lois et toutes leurs formes possibles, existent dans la conscience, indépendamment des objets qui apparaissent dans ces formes, et qui en font tout le contenu. ... on peut les trouver aussi bien en partant du sujet qu’en partant de l’objet ; c’est pourquoi on peut les appeler avec autant de raison : modes d’intuition du sujet, ou propriétés de l’objet, en tant qu’il est objet (chez Kant, phénomène), c’est-à-dire représentation.
... on peut encore considérer ces formes comme les limites irréductibles du sujet et de l’objet ; aussi tout objet doit-il apparaître en elles, et le sujet, en revanche, indépendant de l’objet qui apparaît, doit l’embrasser entièrement et le dominer.
...les objets apparaissant sous ces formes ne devaient pas être de vains fantômes, mais avoir une signification, exprimer quelque chose qui ne serait pas encore un objet comme eux, une représentation, quelque chose de purement relatif et de conditionné par le sujet, quelque chose qui existerait indépendamment de toute condition essentielle et de toute forme, c’est-à-dire une représentation ;
l’objet, pour avoir un sens, doit exprimer la chose en soi. C’est ce qui expliquerait cette question toute naturelle : Ces objets, ces représentations sont donc quelque chose, en dehors de ce fait qu’ils sont des représentations ? ... Qu’est-ce, enfin, que la chose en soi ?»
279 «Kant a eu ... raison de conclure que le temps, l’espace et la causalité (que nous avons reconnus plus haut comme les formes du principe de raison, de même que nous avons reconnu ce dernier comme l’expression générale des formes phénoménales), Kant a eu raison, dis-je, de conclure que ces trois formes ne sont pas des déterminations de la chose en soi, et qu’elles ne peuvent lui convenir qu’autant qu’elle est elle-même représentation, c’est-à-dire qu’elles appartiennent au phénomène, et non à la chose en soi ;...»
280 «Les mathématiques ..., de même que toutes les sciences naturelles pures et a priori. Dans ces sciences seules, la connaissance ne se heurte à rien d’obscur, à rien d’inexplicable (l’inexplicable, c’est la volonté), .... Mais, d’autre part, ces mêmes sciences ne nous apprennent à connaître que des rapports, des relations entre une représentation et une autre, des formes sans aucune substance. »
281 «ce qui se dérobe là à l’investigation, c’est la chose en soi, c’est ce qui essentiellement n’est pas représentation ou objet de connaissance, c’est ce qu’on ne peut connaître qu’après qu’il a pris une des formes du principe de raison. Dès l’origine la forme lui est étrangère, et la chose en soi ne peut jamais s’identifier complètement avec celle-ci...
...l’étiologie nous apprend à connaître parfaitement les conditions régulières dans lesquelles se produisent les phénomènes avec toutes leurs déterminations dans le temps et dans l’espace, sans toutefois nous dire autre chose, si ce n’est pourquoi tout phénomène donné doit avoir lieu ... nous ne pouvons ... pénétrer dans l’essence intime des choses.»
282 «la chose en soi qui, en tant qu’elle apparaît, représente ces phénomènes, et elle en diffère absolument, elle est entièrement soumise, dans son phénomène, au principe de raison, comme à la forme de la représentation, mais elle-même est irréductible à cette forme, par conséquent ne peut s’expliquer étiologiquement jusqu’au bout ; cependant elle est complètement perceptible, en tant qu’elle a pris cette forme, c’est-à-dire qu’elle est un phénomène, et cependant cette perceptibilité n’en éclaircit nullement l’essence.»
289 «mon corps est l’unique objet dont je ne connaisse pas uniquement un des côtés, celui de la représentation ; j’en connais aussi le second qui est celui de la volonté.»
Chap. 25
292 «...la pluralité, en général, est conditionnée nécessairement par l’espace et le temps, et n’est pensable qu’au sein de ces concepts que nous nommons, sous ce point de vue, « principe d’individuation ». ... nous avons reconnu l’espace et le temps comme des formes du principe de raison, dans lequel s’exprime toute notre connaissance a priori. Or, nous l’avons montré, elle ne convient, en tant que telle, qu’à la cognition des choses et non aux choses en elles-mêmes ;
...elle n’est que la forme de notre connaissance, non la propriété de la chose en soi, qui, en tant que telle, est indépendante de toute forme de la connaissance, ... celle qui consiste à être objet pour le sujet, et elle est de tous points différente de la représentation.
...cette chose en soi, ... est la volonté, elle est en dehors du temps et de l’espace, en tant que telle et que séparée de son phénomène ; elle ne connaît pas la pluralité, elle est une ...»
Tome 2 Chapitre XXV pour le chapitre 25 du tome 1 (?)
1663 «...la nécessité n’appartient qu’au phénomène, et non à la chose en soi, c’est-à-dire à l’essence véritable du monde, de même aussi la multiplicité. J’ai déjà assez longuement exposé cette idée au chapitre 25 du premier volume. ...
Tout homme ne connaît directement qu’une seule chose, sa propre volonté dans la conscience intime. Tout le reste, il ne le connaît que médiatement,...»
1665 «L’unité ... de cette volonté, dans laquelle nous avons reconnu l’essence intime du monde phénoménal, est située au delà des phénomènes, c’est une unité métaphysique ; la connaissance qu’on en peut avoir est donc transcendante, c’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur les fonctions de notre intellect et qu’ainsi ces fonctions ne peuvent, à la vérité, servir à la saisir.»
Chap. 26
296 «Les forces générales de la nature nous apparaissent comme le degré le plus bas de l’objectivation de la volonté ; elles se manifestent dans toute matière, sans exception, comme la pesanteur, l’impénétrabilité, et, d’autre part, elles se partagent la matière, de telle sorte que les unes dominent ici, les autres là, dans une matière spécifiquement différente, comme la solidité, la fluidité, l’élasticité, l’électricité, le magnétisme, les propriétés chimiques, et les qualités de toute espèce. Elles sont en soi les manifestations immédiates de la volonté, aussi bien que de l’activité humaine ; comme telles, elles n’ont pas de raison , pas plus que le caractère de l’homme ; leurs seuls phénomènes sont soumis au principe de raison somme les actes de l’homme ; mais elles-mêmes ne peuvent jamais être une activité ou une cause,...» D'où vient la force de la pesanteur ?
303 «À son origine et dans son universalité, une force naturelle n’est dans son essence rien autre chose que l’objectivation, à un degré inférieur, de la volonté. Un tel degré, nous l’appelons une idée éternelle, au sens de Platon. Une loi de la nature, c’est le rapport de l’idée à la forme de ses phénomènes. Cette forme, c’est le temps, l’espace et la causalité liés entre eux par des rapports et un enchaînement nécessaires, indissolubles. Par le temps et l’espace l’idée se multiplie en d’innombrables manifestations ; quant à l’ordre d’après lequel se produisent ces manifestations dans ces formes de la multiplicité, il est déterminé par la loi de causalité ; cette loi est en même temps la norme qui marque la limite des manifestations des différentes idées ; c’est d’après elle que l’espace, le temps et la matière sont répartis dans les phénomènes...»
Chap. 27
312 «nous voyons ... où doit cesser l’explication par les causes, quand elle ne veut pas tomber dans l’absurde prétention de ramener le contenu de tous les phénomènes à leur forme pure, effort qui ne laisserait plus subsister à la fin que la forme vide...»
«nous pouvons désormais déterminer ... ce que nous devons demander à toute étiologie. Elle a dans la nature à chercher les causes de tous les phénomènes, en d’autres termes les circonstances dans lesquelles ces phénomènes apparaissent constamment. Ensuite elle a à ramener les phénomènes ... à ce qui agit dans tout phénomène et qu’on suppose dans toute cause, à une force originelle de la nature.»
«c’est là la fin de l’explication étiologique et le commencement de l’explication métaphysique.»
314 «...l'explication étiologique touche là à son terme, et que là commence la métaphysique.»
326 «chaque animal doit abandonner la matière par laquelle se représentait son idée, pour qu’un autre puisse se manifester, car une créature vivante ne peut entretenir sa vie qu’aux dépens d’une autre, de sorte que la volonté de vivre se refait constamment de sa propre substance et, sous les diverses formes qu’elle revêt, constitue sa propre nourriture. Enfin la race humaine, qui est arrivée à se soumettre toutes les autres, considère la nature comme une immense fabrique répondant à la satisfaction de ses besoins, et finit par manifester en elle, ... ce divorce de la volonté ; dès lors se vérifie l’adage : « homo homini lupus. » [l’homme est un loup pour l’homme]»
330 «Ainsi, nous avons vu, au degré le plus bas, la volonté nous apparaître, comme une poussée aveugle, comme un effort mystérieux et sourd, éloigné de toute conscience immédiate.»Au lieu de conscience les traducteurs de Folio-essais préfère cognoscibilité, ce que l'on peut connaître pour le site du CNRTL du CNRS.
332 «L’animal est déjà exposé à l’illusion, à l’apparence. Mais il n’a que des représentations intuitives ; il est dépourvu de concepts, de réflexion, enchaîné au présent, incapable de prévoir l’avenir.»
«...ce phénomène très curieux se présente à nous, que l’activité aveugle de la volonté et celle qui est éclairée par la connaissance empiètent d’une façon frappante sur le domaine l’une de l’autre, en revêtant deux formes différentes de manifestation.»
333 «L’homme, cette créature compliquée, multiple d’aspect, plastique, éminemment remplie de besoins et exposée à d’innombrables lésions, devait, pour pouvoir résister, être éclairé par une double connaissance : à l’intuition simple devait venir s’ajouter, pour ainsi dire, une puissance plus élevée de la connaissance intuitive, un reflet de celle-ci, en un mot la raison, la faculté de créer des concepts. Avec elle se présente la réflexion, qui embrasse la vue de l’avenir et du passé, et, à sa suite, la méditation, la précaution, la faculté de prévoir, de se conduire indépendamment du présent, enfin la pleine et entière conscience des décisions de la volonté, en tant que telle.»
335 «nous verrons, au IIIe livre, comment chez quelques hommes la connaissance peut s’affranchir de cette servitude, rejeter ce joug et rester purement elle-même, indépendante de tout but volontaire, comme pur et clair miroir du monde ; c’est de là que procède l’art.
dans le IVe livre, nous verrons comment cette sorte de connaissance, quand elle réagit sur la volonté, peut entraîner sa disparition, c’est-à-dire la résignation qui est le but final, l’essence intime de toute vertu et de toute sainteté, et la délivrance du monde.»
Tome 2 Chapitre XXII pour la 2è moitié du chapitre 27 du tome 1
1581 «Il y a deux manières tout à fait distinctes de considérer l’intellect, suivant le point de vue où l’on se place ; et si opposées que soient par là même ces deux manières de voir, il faut pourtant les mettre en harmonie.
L’une est la manière subjective ; partant du dedans et prenant la conscience comme donnée, elle nous montre par quel mécanisme le monde s’y représente, comment il s’y construit avec les matériaux fournis par les sens et l’entendement.
Locke est le promoteur de cette méthode ; Kant l’a portée à un degré de perfection incomparablement plus élevée, et moi-même j’y ai consacré mon premier livre et ses compléments.
La manière de voir opposée est la manière objective. Elle prend son point de départ au dehors, choisit comme son objet, non pas la conscience propre, mais les êtres donnés dans l’expérience externe, conscients d’eux-mêmes et du monde, puis elle recherche quel est le rapport de l’intellect de ces êtres à leurs autres qualités, par quoi il a été rendu possible et nécessaire, et ce qu’il leur fournit.
Le point de vue où se place cette méthode est le point de vue empirique : en partant du monde et des êtres animés qui s’y trouvent, elle les prend comme absolument donnés. Elle sera donc essentiellement zoologique, et ne deviendra philosophique qu’en s’unissant à la première manière de voir et au point de vue plus élevé sur lequel se fonde celle-ci.»
1582 «Tout ce que j’ai dit dans les deux chapitres précédents sur la vie et l’activité cérébrale appartient déjà à cette manière de voir...»
1584 «...dans cette méthode régressive d’envisager objectivement l’intellect, nous poussons le plus loin possible, nous trouverons que la nécessité, ou le besoin de la connaissance en général, naît de la pluralité et de l’existence séparée des êtres, c’est-à-dire de l’individuation.»
1585 «Avec la pluralité des êtres, au contraire, chaque individu se trouve isolé de tous les autres, et de là naît la nécessité de la connaissance.»
«...nous savons qu’inversement la pluralité du semblable n’est possible que par l’espace et le temps, c’est-à-dire par les formes de notre connaissance. L’espace naît alors seulement que le sujet connaissant regarde au dehors : il est la façon dont le sujet saisit quelque chose comme différent de lui-même.»
1586 «...qu’au delà du phénomène, dans l’essence en soi de toutes choses, à laquelle l’espace et le temps et avec eux la pluralité sont nécessairement étrangers, il n’y a pas non plus de connaissance. ... Une « connaissance de choses en soi », au sens rigoureux du terme, serait déjà impossible pour cette raison que la connaissance s’évanouit, là où commence l’essence en soi des choses, et que toute connaissance est limitée par essence à des phénomènes. Car elle naît d’une limitation, qui la rend nécessaire, afin de reculer les bornes.»
1587 «Dans le cerveau ce développement de la sensibilité est poussé à un tel point, qu’il se produit même une réaction après des impressions sensibles reçues, réaction qui ne part pas immédiatement de la volonté, mais qui est au premier chef un acte spontané de la fonction de l’entendement. Cette dernière opère le passage de l’impression sensible immédiatement perçue à sa cause, et comme dans cette opération le cerveau crée également la forme de l’espace, ainsi naît l’intuition d’un objet extérieur. Le point donc où, de l’impression reçue sur la rétine, impression qui n’est encore qu’une simple affection du corps et par conséquent de l’organisme, l’entendement opère le passage à la cause de cette impression, cause qu’au moyen de la forme de causalité il projette au dehors comme distincte de la personne propre, ce point, dis-je, peut être considéré comme la limite entre le monde comme volonté et le monde comme représentation ou si l’on veut comme le berceau de ce dernier.»
1615 «La conséquence de tout le développement précédent est que la gradation de l’intelligence, depuis la conscience animale la plus sourde jusqu’à celle de l’homme, est un détachement progressif de l’intellect d’avec la volonté, et qui se produit tout entier quoique au seul titre d’exception dans le génie ; le génie peut donc se définir le plus haut degré de l’objectivité de la connaissance. La condition si rarement réalisée du génie est une quantité d’intelligence bien supérieure à celle qu’exige le service de la volonté qui en est la base : c’est cet excédent devenu libre qui perçoit proprement le monde, c’est-à-dire qui le conçoit dans une objectivité parfaite et fait ensuite l’artiste, le poète, le penseur.»
Chap. 28
335 «nous avons constaté que la volonté elle-même, comme chose en soi, n’est nullement impliquée dans leur [les phénomènes] multiplicité et leur diversité.
La variété des idées (platoniciennes), c’est-à-dire les degrés d’objectivation, la foule des individus dans lesquels chacune d’elles se manifeste, la lutte des formes et de la matière, tout cela ne concerne pas la volonté, mais n’est qu’une manière, une façon dont elle s’objective, et n’a, par suite, qu’une relation médiate avec elle. Par cette relation, tout cela aussi, pour la représentation, appartient à l’expression de son essence. Comme une lanterne magique montre de nombreuses et multiples images, bien qu’il n’y ait qu’une seule et même flamme pour les éclairer, de même, dans la multiplicité des phénomènes qui remplissent le monde où ils se juxtaposent ou se chassent réciproquement comme successions d’événements, c’est la volonté seule qui se manifeste...»
341 «...l’homme, il faut le sonder et lui arracher son secret, car la raison le rend éminemment capable de dissimulation.»
Tome 2 pour le chapitre 28 du tome 1
Chapitre XXVI (Téléologie : étude ou doctrine, des causes finales, de la finalité. Le terme est souvent utilisé aujourd'hui en tant qu'épithète, pour définir une doctrine ou un raisonnement, le cas échéant de manière critique.)
1672 «La finalité partout présente dans la nature organique, et destinée à assurer le maintien de chaque être, ainsi que la conformité de cette nature organique avec la nature inorganique, ne peut prendre plus naturellement place dans la suite d’aucun système philosophique que dans celui qui donne pour fondement à l’existence de toute créature naturelle une volonté propre à en exprimer l’essence et la tendance non seulement dans les actions, mais déjà même dans la forme de l’organisme tel qu’il nous apparaît.»
1675 Amphibolie : deux sens contradictoires ou imprécis dans une même phrase, exemple : il quitte sa femme le jour de son anniversaire.
Chapitre XXVII
1697 «Il semble que la nature ait voulu, par les instincts industriels des animaux, mettre un commentaire explicatif dans la main de l’observateur qui étudie les causes finales d’après lesquelles elle procède, et l’admirable convenance qui en résulte dans ses productions organiques. Car ces instincts sont la preuve la plus claire que des êtres peuvent, avec la détermination la plus décidée, travailler à une fin qu’ils ne connaissent pas, et dont ils n’ont même aucune représentation. Tels sont par exemple le nid de l’oiseau, la toile de l’araignée,»
Chap. 29
351 «si nous nous demandons ce qui subsiste, abstraction faite de cette forme et de toutes celles qui lui sont subordonnées et qui sont exprimées par le principe de raison, ce résidu, considéré comme différent de tous points (toto genere) de la représentation, ne peut être autre que la volonté, c’est-à-dire la chose en soi proprement dite. Chacun a conscience qu’il est lui-même cette volonté, volonté constitutive de l’être intime du monde ; chacun aussi, a conscience qu’il est lui-même le sujet connaissant, dont le monde entier est la représentation ; ce monde n’a donc d’existence que par rapport à la conscience, qui est son support nécessaire. Ainsi, sous ce double rapport, chacun est lui-même le monde entier, le microcosme ; chacun trouve les deux faces du monde pleines et entières en lui.»
352 «Toute volonté est la volonté de quelque chose ; elle a un objet, un but de son effort ; qu’est-ce donc que veut cette volonté qu’on nous donne comme l’essence du monde en soi, et à quoi tend-elle ? – Cette question, comme beaucoup d’autres, repose sur la confusion de l’être en soi et du phénomène ; le phénomène est soumis au principe de raison, dont la loi de causalité est une forme ; il n’en est pas de même de l’être en soi. Il n’y a que les phénomènes, comme tels, et que les choses isolées dont on puisse toujours donner une raison ; la volonté s’en passe,»
353 «C’est un vrai non-sens, résultant d’un défaut de réflexion, que de demander la cause de la pesanteur, de l’électricité, etc. Si l’on montrait que la pesanteur et l’électricité ne sont pas des forces naturelles irréductibles et simples, mais seulement des formes phénoménales d’une autre force connue et plus générale, on pourrait demander pourquoi cette force se traduit ici par la pesanteur, là par l’électricité.»
354 «L’absence de tout but et de toute limite est, en effet, essentielle à la volonté en soi, qui est un effort sans fin.»
«L’effort de la matière ne peut qu’être contenu, il ne peut être jamais réalisé ni satisfait. C’est ce qu’il a de commun avec toutes les forces qui sont des manifestations de la volonté : le but qu’elle atteint n’est jamais que le point de départ d’une carrière nouvelle, et cela à l’infini.»
355 «un éternel devenir, un écoulement sans fin, voilà ce qui caractérise les manifestations de la volonté.»
356 «la volonté sait toujours, quand la conscience l’éclaire, ce qu’elle veut à tel moment et à tel endroit ; ce qu’elle veut en général, elle ne le sait jamais. ...la force plus générale qui se manifeste dans ce phénomène n’a pas elle-même de cause, puisqu’il n’est qu’un degré des manifestations de la chose en soi, de la volonté qui échappe au principe de raison. La seule conscience générale d’elle-même qu’ait la volonté est la représentation totale, l’ensemble du monde qu’elle aperçoit ; il est son objectité, sa manifestation et son miroir...»
Tome 2 Chapitre XXVIII pour le chapitre 29 du tome 1
1708 «...cette volonté qui s’est révélée comme l’essence en soi de toute chose en ce monde... Un tel exposé est possible, parce que nous avons reconnu pour l’essence intime du monde une réalité absolue, une donnée de l’expérience. La dénomination d’« âme du monde », donnée par maint philosophe à cette essence intime, n’y substitue déjà au contraire qu’un pur être de raison (ens rationis) ; car le mot « âme » indique une unité de conscience individuelle, évidemment étrangère à cette essence ; en général d’ailleurs cette notion d’« âme » ne peut ni se justifier, ni s’employer, parce qu’elle personnifie la connaissance et le vouloir rassemblés dans une union inséparable et néanmoins indépendants de tout organisme animal. Il ne faudrait user de ce terme qu’au sens figuré, car il est bien plus perfide que ceux de φυχη ou d’anima, qui signifient seulement souffle.» Le terme hypostasiant y est placé dans le Folio-essais (wikipédia : désigne « l'action de se placer dessous », étymologiquement  placé en dessous », doublet du mot « substance ».)
1709 «enveloppons tout ce spectacle d’un coup d’œil et nous donnerons raison à Aristote quand il dit : ... [la nature est démoniaque et non pas divine] ...
nous avouerons même qu’un Dieu, qui se serait avisé de se transformer en un pareil monde, devrait avoir été vraiment possédé du diable.»
1713 «il semblerait que le seul souci de la nature soit de ne laisser perdre aucune de toutes ses idées (platoniciennes), c’est-à-dire de ses formes permanentes : l’heureuse découverte et la disposition de ces idées (dont la succession des trois règnes animaux antérieurs à la surface de la terre n’a été que le prélude) l’auraient satisfaite à tel point que son unique crainte serait maintenant de voir disparaître quelqu’une de ces belles inventions, c’est-à-dire de voir quelqu’une de ses formes échapper au temps et à la causalité. Les individus en effet sont passagers, comme l’eau courante, les idées au contraire sont permanentes comme les tourbillons de la rivière : elles ne doivent donc s’anéantir que si la source se tarit.»
1714 «Nous avons posé tout à l’heure, comme caractère de ce subjectif ou de cette volonté, un penchant démesuré de tous les animaux et de tous les hommes à conserver et à prolonger le plus possible leur vie : pour reconnaître dans ce penchant une force primitive et absolue, nous devons encore nous rendre exactement compte qu’il n’est en aucune façon le résultat d’une connaissance objective de la valeur de la vie, mais qu’il est indépendant de toute connaissance, ou en d’autres termes que ces êtres ne se présentent pas comme tendant à une fin qui les attire, mais comme poussés par une énergie invisible.»
1716 «la vie est une affaire, dont le revenu est loin de couvrir les frais.»
Livre 3 Page 357 (257) Le monde comme représentation - Deuxième considération
Chap. 30
359-360 «... nous avons déjà précédemment reconnu les Idées de Platon ...L’Idée, au contraire, ne se soumet pas à ce principe ; aussi est-elle étrangère à la pluralité comme au changement. Tandis que les individus, les innombrables individus, dans lesquels elle se manifeste, sont soumis irrévocablement au devenir et à la mort, elle demeure inaltérable, unique et identique ; le principe de raison, pour elle, est sans valeur.»
Chap. 31
361 «la chose en soi de Kant et l’Idée de Platon, ... sont non pas identiques, mais liés ensemble d’une très étroite parenté ; ils ne diffèrent l’un de l’autre que par un seul caractère.»
363 Par la caverne de Platon «...la seule chose à laquelle on puisse donner le nom d’être véritable parce qu’elle est toujours, ne devient ni ne passe jamais, ce sont les objets réels que reflètent ces ombres ; ces objets réels représentent les Idées éternelles, les formes primordiales de toutes choses. Elles n’admettent point la pluralité ; chacune d’elles, d’après son essence, est seule de son espèce, attendu qu’elle est elle-même le modèle dont toutes les choses analogues, particulières et passagères, ne sont que la copie ou l’ombre. Elles ne comportent non plus ni commencement ni fin ; car elles possèdent véritablement l’être ; elles ne deviennent ni elles ne passent comme leurs copies éphémères. Ces deux caractères négatifs nous induisent nécessairement à supposer que le temps, l’espace et la causalité n’ont, au point de vue des Idées, aucune signification, aucune valeur et qu’ils n’existent point en elles…»
364 «...le sens profond des deux doctrines [celles de Platon et de Kant] est exactement le même : toutes deux tiennent le monde sensible pour une apparence qui en soi est sans valeur et n’a de signification, de réalité cachée, qu’en vertu de ce qui s’exprime par lui (les Idées pour Platon, la chose en soi pour Kant)...»
366 Note 8 page 1024 «L'adjectif transcendantal doit être considéré ici comme synonyme de transcendant, c'est à dire qu'il qualifie ce qui dépasse les conditions de possibilité de la connaissance objective. La confusion entre [ces 2 mots] est d'origine kantienne ... oppose un usage empirique et un usage transcendantal des catégories...»
Chap. 32
368 «...malgré l’accord profond de Kant et de Platon, malgré l’identité du but qu’ils se proposaient, c’est-à-dire malgré la conception du monde, sur laquelle leur philosophie se guidait et se dirigeait, l’idée et la chose en soi ne sont pourtant pas tout à fait identiques...»
«...l’idée n’est pour nous que l’objectité immédiate, partant adéquate, de la chose en soi,[non] devenue représentation...»
«...la chose en soi doit ..., selon Kant, être dégagée de toutes les formes inhérentes à la connaissance ... et ç’a été ... une véritable erreur de la part de Kant, que de ne point mettre au nombre de ces formes et en tête de la liste la forme qui consiste à « être un objet pour un sujet » ; car telle est la forme primitive et la plus générale de tout phénomène...»
369 «L’Idée de Platon, au contraire, constitue nécessairement un objet, une chose connue, une représentation ; c’est précisément par ce caractère, mais, il est vrai, par ce seul caractère, qu’elle se distingue de la chose en soi. Elle n’a dépouillé que les formes secondaires du phénomène...»
370 Note 14 page «..désincarnation et ... désindividuation ... du sujet ... sembler difficile à réaliser. .. Schopenhauer insistera sur le fait que la contemplation esthétique ... ne se produit que dans de rares moments, où nous sommes transportés au-dessus de nous-mêmes. ...[son] esthétique ... repose toujours sur une expérience du sublime.»
«Le temps n’est que le point de vue partiel et incomplet auquel l’être individuel contemple les Idées, lesquelles sont en dehors du temps et, par le fait, éternelles ; c’est ce qui fait dire à Platon que le temps est l’image mouvante de l’éternité...»
Chap. 33
371 «Nous n’avons donc, en tant qu’individus, aucune autre connaissance que celle qui est soumise au principe de raison ; d’ailleurs, cette forme exclut la connaissance des idées...»
«...si nous sommes capables de nous élever de la connaissance des choses particulières jusqu’à celle des idées, cela ne se peut faire que par une modification intervenue dans le sujet...»
«...le sujet, dans la mesure où il connaît une idée, n’est plus un individu.»
«...la connaissance, en général, fait partie elle-même de l’objectivation de la volonté considérée à ses degrés supérieurs...»
«...la sensibilité, les nerfs, le cerveau sont, au même titre que les autres parties de l’être organique, l’expression de la volonté considérée à ce degré d’objectivité ; nous savons par suite que la représentation qui en résulte est également destinée au service de la volonté comme moyen pour arriver à un but actuellement plus compliqué et pour conserver un être ayant des besoins multiples.»
371-372 «Car l’individu considère son corps comme un objet au milieu d’autres objets,...»
«...la considération de ces objets doit donc toujours, par un chemin plus ou moins détourné, aboutir au corps, et par suite à la volonté.»
«...la connaissance, destinée à servir la volonté, va tendre à connaître uniquement dans les objets les rapports établis par le principe de raison, c’est-à-dire à rechercher leurs relations multiples considérées sous les formes du temps, de l’espace et de la causalité»
373 «...car ce qui sépare son commencement de sa fin, c’est justement le temps...»
«Chez les animaux, la servitude de la connaissance à l’égard de la volonté ne peut jamais être supprimée. Chez les hommes, l’abolition de cette servitude n’a lieu qu’à titre d’exception...»
Chap. 34
374 «Ce passage de la connaissance commune des choses particulières à celle des Idées est possible ... il doit être regardé comme exceptionnel ...se produit brusquement ; c’est la connaissance qui s’affranchit du service de la volonté. Le sujet cesse par le fait d’être ... individuel ... devient alors un sujet purement connaissant et exempt de volonté ; il n’est plus astreint à rechercher des relations conformément au principe de raison ; absorbé désormais dans la contemplation profonde de l’objet qui s’offre à lui, affranchi de toute autre dépendance, c’est là désormais qu’il se repose et qu’il s’épanouit.»
375 note 21 page 1026 Idée, sujet, objet
Note 23 page 1028 Citation du troisième genre de connaissance de Spinoza renvoyant au chapitre 41 des compléments.
«...qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive ; lorsque enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté ; alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectité immédiate de la volonté ; à ce degré par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps.» Qu'elle différence avec la rêverie ?
Chap. 35
379 « Pour arriver à une intuition plus profonde de l’être du monde, il faut de toute nécessité faire une distinction entre la volonté considérée comme chose en soi et son objectité adéquate [et] entre les différents degrés de clarté et de perfection de cette objectité, c’est-à-dire les Idées...»
«...le simple phénomène des idées soumis aux différentes expressions du principe de raison et de la modalité inhérente à la connaissance individuelle.»
«...Platon, qui ne reconnaît d’existence propre qu’aux Idées et qui n’accorde aux choses situées dans le temps et dans l’espace ... pas plus de réalité qu’aux fantômes ni qu’aux songes.»
«... l’idée une et identique se manifeste en tant de phénomènes différents ...»
«..on distinguera l’idée elle-même de la manière dont son phénomène tombe sous l’aperception de l’individu ; on reconnaîtra dans celle-là l’essentiel, dans celle-ci l’accidentel.»
Chap. 36
384 «L’histoire suit le fil des événements ; elle est pragmatique, dans la mesure où elle les déduit d’après la loi de motivation, loi qui détermine les phénomènes de la volonté, lorsqu’elle est éclairée par la connaissance.»
Aux degrés inférieurs de son objectité, là où la volonté agit encore inconsciemment, c’est la science de la nature, en tant qu’étiologie, qui étudie les lois des modifications des phénomènes ; en tant que morphologie, elle étudie ce qu’il y a de permanent dans les phénomènes, elle simplifie sa matière presque infinie à l’aide des concepts, elle rassemble les caractères généraux pour en déduire le particulier.»
«... la mathématique étudie l’espace et le temps, formes simples, à l’aide desquelles les Idées nous apparaissent comme phénomènes multiples, appropriées à la connaissance du sujet en tant qu’individu.»
«Toutes ces études, dont le nom générique est celui de science, se conforment en cette qualité au principe de raison, ... leur matière n’est toujours que le phénomène,»
«...y a-t-il une connaissance spéciale qui s’applique à ce qui dans le monde subsiste en dehors et indépendamment de toute relation, à ce qui fait à proprement parler l’essence du monde et le substratum véritable des phénomènes, à ce qui est affranchi de tout changement et par suite connu avec une égale vérité pour tous les temps, en un mot aux Idées, lesquelles constituent l’objectité immédiate et adéquate de la chose en soi, de la volonté ? – Ce mode de connaissance, c’est l’art, c’est l’œuvre du génie.»
385 «Son origine unique est la connaissance des Idées ; son but unique, la communication de cette connaissance. – Suivant le courant interminable des causes et des effets, tel qu’il se manifeste sous ses quatre formes,...» Quelles quatre formes ?
Chap. 37
401 «L’œuvre d’art n’est qu’un moyen destiné à faciliter la connaissance de l’idée, connaissance qui constitue le plaisir esthétique. Puisque nous concevons plus facilement l’idée par le moyen de l’oeuvre d’art que par la contemplation directe de la nature et de la réalité, il s’ensuit que l’artiste, ne connaissant plus la réalité, mais seulement l’idée, ne reproduit également dans son oeuvre que l’idée pure ; il la distingue de la réalité, il néglige toutes les contingences qui pourraient l’obscurcir. L’artiste nous prête ses yeux pour regarder le monde
Chap. 38
402 «Nous avons trouvé dans la contemplation esthétique deux éléments inséparables : la connaissance de l’objet considéré non comme chose particulière, mais comme idée platonicienne, c’est-à-dire comme forme permanente de toute une espèce de choses ; puis la conscience, celui qui connaît, non point à titre d’individu, mais à titre de sujet connaissant pur, exempt de volonté. Nous avons également vu la condition nécessaire pour que ces deux éléments se montrent toujours réunis ; il faut renoncer à la connaissance liée au principe de raison, laquelle cependant est seule valable pour le service de la volonté comme pour la science
403 «...le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir ; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d’aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable.»
408 «J’espère avoir montré clairement par ces considérations la nature et l’importance de la condition subjective du plaisir esthétique ; cette condition, nous l’avons vu, consiste à affranchir la connaissance que la volonté asservissait, à oublier le moi individuel, à transformer la conscience en un sujet connaissant pur et affranchi de la volonté, du temps, de toute relation.»
Chap. 39
410 «Nous avons cherché à mettre en lumière la part subjective du plaisir esthétique (en parlant de part subjective, j’entends ce qui dans ce plaisir se ramène à la joie d’exercer la faculté de connaître d’une manière pure, intuitive, indépendante de la volonté).»
421 «...dans le cours de sa propre existence, il considérera moins son sort individuel que celui de l’humanité en général : il sera capable de connaître plutôt que sujet à souffrir.» Sort-il de sa misanthropie ?
Chap. 40
Est-ce utile de savoir ce qui est sublime, ce qui de plus va dépendre de l'individu dans son époque ?
Chap. 41
429 «...notre théorie des Idées s’écarte beaucoup de celle de Platon. Il enseigne (De Rep., X) que l’objet que les beaux-arts s’efforcent de reproduire, c’est-à-dire le modèle de la peinture et de la poésie, ce n’est point l’Idée, mais la chose particulière. Toute l’analyse que nous avons faite jusqu’ici établit justement le contraire ; et cette opinion de Platon doit d’autant moins nous troubler, qu’elle est la cause d’une des plus grandes et des plus signalées erreurs de ce grand homme, je veux dire la sentence de dédain et de bannissement qu’il a prononcée contre l’art et particulièrement contre la poésie ; le faux jugement qu’il porte à cet égard se rattache directement au passage que nous avons mentionné.»
Chap. 42
430 «...la connaissance du beau suppose toujours un sujet connaissant pur et une Idée connue comme objet, tous deux simultanés, tous deux inséparables.» Le beau nous mènerait-il vers la compréhension de la métaphysique ? Et quel beau ? Certains trouvent beau un champ de tournesols alors que ce champ peut être plein de pesticides et autres intrants néfastes à dame Nature.
Chap. 43
431 «La matière, prise comme telle, ne peut pas être la représentation d’une Idée. La matière, comme nous l’avons découvert dans le premier livre, est essentiellement causalité ; son être ne consiste que dans l’agir. Or la causalité est une expression du principe de raison, tandis que la connaissance de l’Idée exclut essentiellement le contenu de ce principe.»
«Nous avons vu encore, dans le deuxième livre, que la matière était le substratum commun de toutes les manifestations particulières des Idées ; que par suite elle formait le lien entre les Idées et leur phénomène, je veux dire les choses particulières.»
«Ces deux principes s’accordent donc à nier que la matière puisse par elle-même représenter une Idée.»
«...la matière, prise comme matière, ne peut être l’objet d’aucune représentation intuitive, mais seulement d’un concept abstrait ; en effet, la conception intuitive n’a d’autre objet que les formes et les qualités, dont la matière est le support et qui représentent toutes des Idées.»
«...la causalité, essence même de la matière, ne peut être par elle-même représentée d’une manière intuitive ; une pareille représentation n’est possible que pour une relation causale déterminée.»
«...tout phénomène d’une Idée doit se manifester par la matière, à titre de qualité de la matière. – C’est en ce sens que la matière, ... forme la liaison entre l’Idée et le principe d’individuation, lequel n’est autre chose que la forme de la connaissance de l’individu, c’est-à-dire le principe de raison.
«... Platon avait-il bien raison lorsque, au-dessous de l’Idée et de la chose particulière, son phénomène, ..., il admettait encore un troisième élément, différent des deux autres, la matière...»
«L’individu, en tant que phénomène de l’Idée, est toujours matière. Réciproquement toute qualité de la matière est toujours phénomène d’une Idée ...»
«...contemplée d’une manière esthétique, c’est-à-dire de se prêter à la conception de l’Idée qu’elle représente. Cela est vrai même pour les qualités les plus générales de la matière, qualités dont elle ne se départit jamais et dont les Idées constituent les degrés inférieurs de l’objectité de la volonté. Ce sont : la pesanteur, la cohésion, la résistance, la fluidité, la réflexion de la lumière, etc.»
Chap. 44
L'art dans les jardins et la nature ...
Chap. 45
Winckelmann (archéologue, antiquaire et historien de l’art allemand.) cité souvent des chapitres 45 à 51.
442 «Représenter d’une manière immédiate et intuitive les Idées dans lesquelles la volonté atteint le plus haut degré de son objectivation, telle est enfin la grande mission de la peinture d’histoire et de la sculpture. Le côté objectif du plaisir esthétique est ici tout à fait dominant ; le côté subjectif passe dans l’ombre
443 «La beauté humaine est une expression objective qui figure l’objectivation la plus parfaite de la volonté au plus haut degré où elle soit connaissable : j’entends par là l’Idée de l’homme, exprimée complètement sous une forme intuitive.»
445 «nous ne pouvons acquérir purement a posteriori, par la seule expérience, aucune connaissance de la beauté ; cette connaissance nous vient toujours, du moins en partie, a priori, bien qu’elle soit d’un tout autre genre que les expressions du principe de raison qui nous sont également connues a priori. Celles-ci concernent la forme générale du phénomène considéré comme phénomène, en tant que cette forme constitue la condition générale de la possibilité de la connaissance ; elles concernent le « comment », question générale et universelle qui vise le phénomène ; c’est de ce genre de connaissance que procèdent les mathématiques et les sciences naturelles pures : au contraire cet autre genre de connaissance a priori qui rend possible la réalisation du beau concerne non la forme, mais le contenu des phénomènes, non le comment, mais la nature même de la représentation
«...nous sommes nous-mêmes cette volonté dont il s’agit ici d’analyser et de créer l’objectivation adéquate, dans ses degrés supérieurs.»
Chap. 46
Laocoon crie-t-il ou pas ? Tel est la question. Je ne comprends vraiment rien à la philo.
Chap. 47
A poil ou Pas ? Sinon se mettre à nu dans ses propos pour sortir de la solitude :
457 «...de même, toute belle et vraiment riche intelligence s’exprimera toujours de la manière la plus naturelle, la plus directe et la plus simple, toutes les fois qu’elle s’efforcera, si cela est possible, d’exprimer ses pensées aux autres et par là même de s’adoucir la solitude que l’on doit ressentir dans un monde comme celui-ci...»
Chap. 48
La Volonté dans la peinture de genre ?
Chap. 49
463 «...l’art, l’objet que l’artiste s’efforce de représenter, l’objet dont la connaissance doit précéder et engendrer l’œuvre, comme le germe précède et engendre la plante, cet objet est une Idée, au sens platonicien du mot, et n’est point autre chose ; ce n’est point la chose particulière, car ce n’est point l’objet de notre conception vulgaire ; ce n’est point non plus le concept, car ce n’est point l’objet de l’entendement, ni de la science.»
«...l’Idée et le concept ont quelque chose de commun, en ce qu’ils sont tous deux des unités représentant une pluralité de choses réelles...»
«...entre eux une grande différence ... qui explique d’une manière suffisamment claire et lumineuse ce que j’ai dit du concept dans le premier livre et des Idées dans celui-ci.»
«Platon avait-il déjà nettement conçu cette différence ? ... il donne, à propos des Idées, nombre d’exemples et d’explications que l’on pourrait appliquer à de simples concepts.» Donc ils be seraient pas d'accord ?
464 Note 110 page 1043 «Schopenhauer ... soutient que les idées platoniciennes sont intuitivement perçues ... des intuitivités ou visibilités....»
« Le concept est abstrait et discursif ; complètement indéterminé, quant à son contenu, rien n’est précis en lui que ses limites ; l’entendement suffit pour le comprendre et pour le concevoir ; les mots, sans autre intermédiaire, suffisent à l’exprimer ; sa propre définition, enfin, l’épuise tout entier.»
«L’Idée au contraire, que l’on peut à la rigueur définir le représentant adéquat du concept, est absolument concrète ; elle a beau représenter une infinité de choses particulières, elle n’en est pas moins déterminée sur toutes ses faces ; l’individu, en tant qu’individu, ne la peut jamais connaître ; il faut, pour la concevoir, dépouiller toute volonté, toute individualité, et s’élever à l’état de sujet connaissant pur ; autant vaut dire qu’elle est cachée à tous, si ce n’est au génie ... : l’Idée n’est point essentiellement communicable, elle ne l’est que relativement ; car, une fois conçue et exprimée dans l’œuvre d’art, elle ne se révèle à chacun que proportionnellement à la valeur de son esprit ...» Pauvre de nous sans génie.
465 «L’Idée, c’est l’unité qui se transforme en pluralité par le moyen de l’espace et du temps, formes de notre aperception intuitive...»
«...le concept ... c’est l’unité extraite de la pluralité, au moyen de l’abstraction qui est un procédé de notre raison...»
« ...le concept peut être appelé unitas post rem [unité après la chose], l’Idée unitas ante rem [l'unité avant la chose]
«... différence entre concept et Idée : le concept ressemble à un récipient inanimé ; ce qu’on y dépose reste bien placé dans le même ordre ; mais on n’en peut tirer (par les jugements analytiques) rien de plus que ce que l’on y a mis (par la réflexion synthétique) ; l’Idée, au contraire, révèle à celui qui l’a conçue des représentations toutes nouvelles au point de vue du concept de même nom : elle est comme un organisme vivant, croissant et prolifique, capable en un mot de produire ce que l’on n’y a pas introduit.»
466 «...quelle que soit dans la pratique l’utilité du concept, quelles que soient ses applications, sa nécessité, sa fécondité dans les sciences, il n’en reste pas moins éternellement stérile au point de vue artistique. Au contraire, une fois conçue, l’Idée devient la source véritable et unique de toute œuvre d’art digne de ce nom.»
«Toute pleine d’une vigoureuse originalité, résidant au sein de la vie et de la nature, ... C’est seulement d’une vision aussi directe que peuvent naître les œuvres véritables, celles qui portent en elles l’immortalité.»
«Comme l’Idée est et demeure intuitive, l’artiste n’a aucune conscience in abstracto de l’intention, ni du but de son œuvre ; ce n’est point un concept, c’est une Idée qui plane devant lui : aussi ne peut-il rendre aucun compte de ce qu’il fait ; il travaille, comme on dit vulgairement, à vue de nez, inconsciemment, instinctivement.»
467 Un râleur «la masse abrutie»
Ce prend vraiment pour un génie et c'est fatigant qu'il nous prenne continuellement pour des crétins.
Chap. 50
469 L'art un pont entre l'Idée et nous «Le but de l’art est donc de communiquer l’Idée une fois conçue ; après être ainsi passée par l’esprit de l’artiste, où elle apparaît purifiée et isolée de tout élément étranger, elle est intelligible, même à une intelligence d’une faible réceptivité et d’une stérilité complète...»
470 «...le passage de l'Idée au concept est toujours une dégradation.»
«un tableau allégorique ... une pareille œuvre sert, en même temps, à deux fins, l’expression d’un concept et celle d’une Idée ; seule, l’expression d’une Idée peut être le but de l’art...»
473 «La sculpture grecque correspond à l’intuition : aussi est-elle esthétique ; la sculpture hindoue correspond au concept : aussi est-elle simplement symbolique.»
474 «...dans la poésie au contraire, le rapport est inverse : ici ce qui nous est directement offert par le moyen des mots, c’est le concept ; or l’artiste a toujours pour but de nous conduire du concept à l’intuition...»
«...en poésie, c’est le concept qui constitue la matière, la donnée immédiate, et l’on peut parfaitement s’élever au-dessus de lui pour évoquer une représentation intuitive tout à fait différente dans laquelle le but de la poésie se trouve atteint.»
Utilisation du mot Trope Dictionnaire Larousse : Emploi d'un mot ou d'une expression dans un sens figuré. (Exemple : voiles pour bateaux.)
478 «...le symbole offre, entre autres inconvénients, celui de laisser sa signification en proie à l’oubli et aux injures du temps. Qui devinerait, s’il ne le savait par avance, pourquoi le poisson est le symbole du christianisme ? Champollion seul à coup sûr ; car il n’y a là qu’un hiéroglyphe phonétique. C’est pourquoi aujourd’hui l’Apocalypse de saint Jean se trouve comme allégorie poétique à peu près sur le même pied que les bas-reliefs portant l’inscription « Magnus Deus sol Mithra », sur lesquels on ne cesse point de discuter encore aujourd’hui.»Note 72 «72Schopenhauer fait ici allusion à un acrostiche bien connu : Іησους Χριστος Θεου Υιος Σωτηρ, mots qui signifient : « Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur, » et dont les initiales composent le mot grec Ιχθυς : poisson.»
Chap. 51
478 «Les Idées sont, par essence, intuitives»
«...dans la poésie, on n’exprime directement par des mots que des concepts abstraits, il n’en est pas moins évident que le but est de faire voir à l’auditeur, au moyen des signes représentatifs de ces concepts, les Idées de la vie. Et cela n’est possible que si cet auditeur prête au poète le concours de sa propre imagination.»
479 «...le poète tire de la généralité abstraite et transparente des concepts, par la manière dont il les unit, le concret, l’individuel, la représentation intuitive. Car l’Idée ne peut être connue que par intuition : et la connaissance de l’Idée est le but de toute forme d’art.»
481 «...l’expérience et l’histoire nous apprennent aussi à connaître l’homme : mais elles nous montrent les hommes plutôt que l’homme ; c’est-à-dire qu’elles nous fournissent des notions empiriques sur la façon dont les hommes se conduisent les uns envers les autres,...»
486 Pas de rapport. C'est le problème des savants c'est qu'ils font des généralités sans rapport : «De même qu’un cercle d’un pouce de circonférence et un cercle de 40 millions de milles de diamètre ont exactement les mêmes propriétés géométriques, de même les aventures et l’histoire d’un village et d’un empire sont essentiellement les mêmes...» On ne peut comparer des figures géométriques et le fonctionnement démocratique (la gestion immédiate) d'un village et le despotisme de l'empire qui l'inclus.
Chap. 52
500 «Dans ce qui précède, nous avons étudié tous les beaux-arts au point de vue général que nous avons adopté ; nous avons commencé par l’architecture artistique, qui a pour but esthétique d’exprimer la volonté objectivée au plus bas degré qu’il nous soit donné de saisir, à savoir la tendance sourde, inconsciente, nécessaire, de la matière, où déjà cependant percent un antagonisme et une lutte internes dans le combat de la pesanteur contre la résistance ; nous avons terminé par la tragédie, qui nous fait voir, au plus haut degré de cette objectivation, cette même lutte de la volonté avec elle-même, mais avec des proportions et une clarté qui nous effraient...»
«...la musique. Elle est placée tout à fait en dehors des autres arts. Nous ne pouvons plus y trouver la copie, la reproduction de l’Idée de l’être tel qu’il se manifeste dans le monde ; et d’autre part, c’est un art si élevé et si admirable, si propre à émouvoir nos sentiments les plus intimes, si profondément et si entièrement compris, semblable à une langue universelle qui ne le cède pas en clarté à l’intuition elle-même !»
501 «Nous considérons les choses au point de vue esthétique, nous nous proposons d’envisager l’effet esthétique, et à ce point de vue nous devons reconnaître dans la musique une signification plus générale et plus profonde, en rapport avec l’essence du monde et notre propre essence...»
«Elle doit avoir, en quelque façon, avec le monde le rapport du représentant au représenté ; de la copie au modèle...»
503 «Les arts n’objectivent donc pas la volonté directement, mais par l’intermédiaire des Idées. Or, le monde n’est que le phénomène des Idées multiplié indéfiniment par la forme du principium individuationis, seule forme de la connaissance qui soit à la portée de l’individu en tant qu’individu. Mais la musique, qui va au-delà des Idées, est complètement indépendante du monde phénoménal ; elle l’ignore absolument, et pourrait en quelque sorte continuer à exister, alors même que l’univers n’existerait pas : on ne peut en dire autant des autres arts. La musique, en effet, est une objectité, une copie aussi immédiate de toute la volonté que l’est le monde, que le sont les Idées elles-mêmes dont le phénomène multiple constitue le monde des objets individuels. Elle n’est donc pas, comme les autres arts, une reproduction des Idées, mais une reproduction de la volonté au même titre que les Idées elles-mêmes.» Donc pas de témoin.
«qu’elle parle de l’être[l'essence dans Folio]. Et comme c’est la même volonté qui s’objective dans l’Idée [les idées dans Folio] et dans la musique...»
514 «...la philosophie, comme j’ai tâché de le prouver, doit être une exposition, une représentation complète et précise de l’essence du monde saisie en des notions très générales qui seules en peuvent embrasser vraiment l’ampleur.»
520 «maintenant, dans le livre suivant, nous allons nous tourner vers le sérieux.» Ha bon ça ne l'était pas sérieux ? Ça inquiète !
Livre 4 Page 521 (408) Le monde comme volonté - Seconde considération
Arrivé à ce stade de lecture, sans le prévoir, le sens des mots volonté, concept, esthétique, raison, phénomène, objet et être deviennent flou, et j'ai trouvé un nouveau sens à idée. J'ai découvert aussi des nouveaux mots : Noumène, objectité et quelques autres, voir en début de cette page.
A ce stade de lecture ce que je ressens c'est que je dois oublié l'être en moi, en étant objet je peux aller au delà des illusions, et par contre voir l'être des autres pour ne plus les prendre pour des objets.
Ce livre est un tiers des pages de l'ensemble du Monde ... vais-je survivre. Dans cette ascension il faut que je fasse une pose en me nourrissant de nourriture terrestre, je vais relire La peste.
Chap. 53
523 «La dernière partie de ces études en sera aussi, on le comprend, la plus importante ; en effet, ce dont il s’agira maintenant, c’est la pratique de la vie : question qui d’elle-même s’offre à chacun de nous, devant laquelle nul ne demeure étranger ni indifférent ;...»
«Nous ne pouvons faire autrement que de concentrer notre attention sur ce point, le reste nous laissât-il froid.» Il fallait le dire dès le début :-)
«...cette partie-ci de nos études sera notre philosophie pratique, par opposition à celle qui précède, et qui est théorique.»
«Mais à mon sens, jamais la philosophie ne sort de la théorie : son essence, c’est de garder, en face de tout objet qui s’offre à elle, le rôle du simple spectateur, du chercheur ; donner des préceptes n’est pas son fait.» Donc ce qui suit n'est pas de la philosophie puisque c'est pratique. Il se contredirait ?
524 «Dès qu’il s’agit de dignité ou d’indignité, de salut ou de damnation, ce qui emporte la balance ce ne sont plus des concepts sans vie, c’est la partie intime, l’essence même de l’homme, le démon, comme dit Platon, le démon qui le conduit, et non pas malgré lui : le démon de son choix ; c’est, pour parler avec Kant, son caractère intelligible. La vertu ne s’apprend pas, non plus que le génie ; pour elle, comme pour l’art, le savoir est par lui-même sans valeur ; c’est un pur instrument, il reste à savoir le manier.» Moraliste donc !
«...bien fous serions-nous si nous comptions sur nos systèmes de morale pour faire des hommes vertueux et nobles, des saints...»
«...ce que peut la philosophie, c’est d’éclairer, d’expliquer son objet : cette essence commune des choses, qui se révèle avec précision à chacun de nous, mais in concreto, par le sentiment, il s’agit de l’éclairer dans tous ses rapports, sous toutes ses faces.»
«C’est ce que nous avons tâché de faire déjà, dans les trois livres précédents, en nous plaçant à divers points de vue, et en restant dans la généralité, comme il convient à la philosophie.»
«Maintenant, c’est la conduite des hommes qu’il nous faut considérer, d’après le même procédé.»
525 «il ne faut pas s’attendre, la chose est claire, à trouver dans ce livre d’éthique des préceptes, une théorie des devoirs» Donc ce 4ème livre
«Non ; du devoir,... nous n’en lèverons pas la langue ; quand on parle aux enfants, aux peuples enfants, cela est bon ; mais avec des gens qui vivent dans un âge de civilisation, de raison, de maturité, et qui sont de leur temps...»
«...nous trouvons que la volonté n’est pas seulement libre : elle est toute-puissante ; ce qui sort d’elle, ce n’est pas seulement ses actes, c’est son monde ; telle elle est, tel est l’aspect que revêtent et ses actes et son monde ; actes et monde ne sont autre chose que le procédé dont elle use pour arriver à se connaître ; elle se détermine, et elle les détermine tous deux du même coup ; car hors d’elle, il n’y a rien, et ils ne sont rien de différent d’elle.» Note 4 p1048 En résumé deux modalités d'autoconnaissance de la volonté : le livre 3 par les arts et le livre 4 par la signification éthique de nos actes.
«...elle peut être autonome, au sens plein du mot ; dans toute autre hypothèse, elle n’est qu’hétéronome.» Hétéronomie est l'inverse de l'autonomie, donc c'est contradictoire avec le monisme comme c'est expliqué dans la note 5 p1049
«Notre philosophie demeurera ... dans l’immanent.»
«Pour elle, ce monde des réalités accessibles à la connaissance donne à la fois leur matière et leurs limites à nos spéculations ; n’est-il pas d’ailleurs assez riche, ce monde, que ne sauraient épuiser les investigations les plus profondes dont soit capable l’esprit humain !»
527 «...c’est être à l’antipode de la philosophie, d’aller se figurer qu’on peut expliquer l’essence du monde à l’aide de procédés d’histoire,...»
«Cette façon, de philosopher en historien, donne pour produit le plus souvent quelque cosmogonie ; il y en a tout un assortiment ; ou bien c’est le système de l’émanation, ou la doctrine de la chute ; enfin, quand la pensée, revenue de toutes ces tentatives, sans en rien rapporter, de désespoir, se lance dans la seule direction qui lui reste, c’est au contraire une doctrine de devenir sans arrêt, de naissance, de croissance, d’apparition, l’être arrivant à la lumière du sein des ténèbres, du sein de l’obscur principe fondamental, du fond dernier, du fond sans fond...» Note 9 p1049 critique des concepts de Schelling.
528 «...toutes ces philosophies en forme d’histoire, toutes, si majestueuses qu’elles puissent être, font comme si Kant n’avait jamais existé : elles prennent le temps pour un caractère inhérent aux choses en soi ; aussi restent-elles dans la région de ce que Kant nomme le phénomène, par opposition à la chose en soi ; Platon, le devenir, le non-être, par opposition à l’être, à ce qui ne devient pas ; enfin les Indiens : le tissu de Maya.»
«Il n’y a qu’une saine méthode de philosopher sur l’univers ; il n’y en a qu’une qui soit capable de nous faire connaître l’être intime des choses, de nous faire dépasser le phénomène : c’est celle qui laisse de côté l’origine, le but, le pourquoi, et qui ne cherche partout que le quid [ce qu'est], dont est fait l’univers ...»
«De cette forme de connaissance naît, avec l’art, la philosophie, et même, nous l’allons voir dans ce livre, cette disposition du caractère qui seule fait de nous de vrais saints et des sauveurs de l’univers.»
Tome 2 chapitre 40 Avant propos du livre 4 du tome 2
Chap. 54
529 «Après les trois livres qui précèdent, ..., une vérité ... : c’est que le monde, en tant qu’objet représenté, offre à la volonté le miroir où elle prend connaissance d’elle-même, où elle se voit dans une clarté et avec une perfection qui va décroissant par degrés, le degré supérieur étant occupé par l’homme ; c’est aussi que l’essence de l’homme trouve à se manifester pleinement d’abord par l’unité de sa conduite où tous les actes se tiennent, et qu’enfin cette unité, c’est la raison qui lui permet d’en prendre conscience, en lui permettant d’en embrasser l’ensemble, d’un coup d’œil et in abstracto.» L'homme encore au-dessus ! Zut au dessus de la nature il peut s'assoir dessus. Et note 10 p1048 : «Schopenhauer lie la raison au procès d'autoconnaissance de la volonté. La raison permet à l'homme de prendre conscience de son caractère, par retour réflexif sur ses propres actions.» Encore moraliste.
«La volonté... grâce au monde représenté, qui vient s’offrir à elle et qui se développe pour la servir, arrive à savoir qu’elle veut, à savoir ce qu’est ce qu’elle veut : c’est ce monde même, c’est la vie, telle justement qu’elle se réalise là.»
«... nous avons appelé ce monde visible le miroir de la volonté, le produit objectif de la volonté.» Traduit dans Folio «... le monde phénoménal son miroir, son objectité»
530 «... c’est faire un pléonasme que de dire : « la volonté de vivre », et non pas simplement « la volonté », car c’est tout un.» Note 11 p1051 La volonté de vivre possède trois sens : égoïste par la pulsion d'autoconservation, d'élan universel vers la vie et conscience de soi de la volonté éclairée par la raison ...
«...le phénomène, n’est que le miroir de la volonté, la vie doit être comme la compagne inséparable de la volonté : l’ombre ne suit pas plus nécessairement le corps...» «...vouloir vivre, c’est aussi être sûr de vivre, et tant que la volonté de vivre nous anime, nous n’avons pas à nous inquiéter pour notre existence, même à l’heure de la mort.» Spinozisme.
535 «...la forme propre de la manifestation du vouloir, la forme par conséquent de la vie et de la réalité, c’est le présent, le présent seul, non l’avenir, ni le passé ; ceux-ci n’ont d’existence que comme notions, relativement à la connaissance, et parce qu’elle obéit au principe de raison suffisante. Jamais homme n’a vécu dans son passé, ni ne vivra dans son avenir ; c’est le présent seul qui est la forme de toute vie...»
537 «Le présent est la seule chose qui toujours existe, toujours stable, inébranlable. Aux yeux de l’empiriste, rien de plus fugitif ; pour le regard du métaphysicien, qui voit par delà les formes de l’intuition empirique, il est la seule réalité fixe, le nunc stans des scolastiques.»
«Car la propriété de la volonté, c’est la vie ; et celle de la vie, le présent.»
538 «Le temps ressemble encore à un courant irrésistible, et le présent à un écueil, contre lequel le flot se brise, mais sans l’emporter.»
547 «Le présent ouvrage n’étant, ..., que l’épanouissement d’une seule pensée, toutes ses parties ont entre elles la plus intime liaison ; ce n’est pas seulement un rapport nécessaire de chacune avec celle qui la précède immédiatement, et le lecteur n’est pas supposé ici avoir cette dernière seulement présente à la mémoire, comme il arrive dans les autres philosophies, composées qu’elles sont d’une série de conséquences. Ici, chaque partie, dans l’œuvre totale, tient à chaque autre et la suppose ; ... avoir devant l’esprit non plus ce qui précède immédiatement, sans plus, mais tout passage antérieur, quelle que soit la distance intermédiaire, et cela de façon à le rattacher à l’idée du moment. Platon imposait la même exigence à qui voulait le suivre à travers les tours et retours de ses dialogues, à travers ces longs épisodes dont il faut attendre la fin pour voir revenir l’idée maîtresse, plus lumineuse, il est vrai, par l’effet même de cette éclipse. Ici, la même condition est indispensable ; car si la pensée s’y divise en études diverses, ... toutefois ce n’est pas là pour elle un état naturel, mais bien un état tout artificiel. – Pour rendre plus aisée la tâche et de l’auteur et du lecteur, il était bon de diviser la pensée, de déterminer quatre points de vue, quatre livres, et de réunir avec le dernier soin les idées voisines et homogènes entre elles ; mais quant à un développement rectiligne, tel que serait une exposition historique, le sujet ne le permettait point ; il y fallait un procédé d’exposition plus compliqué ; d’où la nécessité de revenir sur le même livre à plusieurs-fois ; c’est le seul moyen de saisir la dépendance de chaque partie à l’égard des autres, d’éclairer celles-ci par celles-là, si bien que toutes deviennent lumineuses.»
Chap. 55
Gros chapitre sur la liberté. Un peu coincé comme dans son essais sur le libre arbitre. Pour lui il n'y a pas de liberté ne connaissant pas les buts de cette Volonté autonome, (et nome ? on ne connait pas ses règles). Alors où s'arrête notre responsabilité dans nos actes, de celui qui vous atteint dans votre personne et vos biens ? Gêné et ceci vaut un discourt emberlificoté. Comme les traducteurs du Folio-essais l'indiquent note 47 page 1060 : «... la difficulté à parler chez Schopenhauer d'une liberté individuelle : il semble que cette liberté ce manifeste en nous, que nous soyons les témoins, sans jamais pouvoir prétendre en être les auteurs. le lien entre liberté et responsabilité individuelle est donc fragilisé.»
549 «Le phénomène est, au contraire, nous le savons, entièrement soumis au principe de raison suffisante, aux quatre formes de ce principe...»
«...est nécessaire tout ce qui découle d’un principe donné, ces deux notions se convertissant l’une dans l’autre, dès lors tout ce qui tient au phénomène, tout ce qui est objet de connaissance pour l’individu, est, d’une part, principe, et, de l’autre, conséquence, et, en cette dernière qualité, étant déterminé nécessairement, ne peut être à aucun égard autre qu’il n’est.»
«Tout ce qui compose la nature, tous les phénomènes qui en font partie, sont par suite soumis à une nécessité absolue,...»
«ce ... monde, à notre sens, considéré dans tous ses phénomènes, est une manifestation de la volonté ; or celle-ci n’est elle-même ni phénomène, ni représentation, ni objet, elle est la chose en soi, et par suite elle échappe au principe de raison suffisante, cette loi formelle de tout ce qui est objet ; pour elle il n’est pas de principe d’où elle puisse se déduire et qui la détermine ; pour elle pas de nécessité ; elle est libre. Telle est la notion de liberté, notion essentiellement négative,...»
50 «Le phénomène, l’objet est déterminé, fixé immuablement à sa place dans la chaîne des causes et des effets, et cette chaîne n’est pas de celles qui se brisent. Mais l’existence même de cet objet, prise d’ensemble, et sa façon d’être, autrement dit l’Idée qui se révèle en lui, son caractère enfin, est la manifestation directe de la volonté.»
551 «Or l’homme est, de toutes les formes visibles prises par la volonté, la plus parfaite ; pour subsister, il lui fallait, je l’ai fait voir dans mon second livre, une intelligence si supérieure, si éclairée, qu’elle fût digne de créer une véritable reproduction de l’essence même de l’univers, sous forme de représentation ; tel est en effet l’acte par lequel elle saisit les Idées ; alors elle est le pur miroir du monde, comme on l’a appris dans le livre III.» Dommage encore un être au dessus de la nature. Donc l'homme est là pour ... je ne sais pas ... pour montrer à la Volonté sa perfection ?
«...elle supprime l’être qui sert de base au phénomène ; et comme celui-ci persiste alors même à travers le temps, il en résulte une contradiction du phénomène avec lui-même, et ainsi la liberté fait naître au jour ces phénomènes, la sainteté et l’abnégation. Mais ce sont toutes choses qui ne seront pas entièrement claires avant la fin de ce livre. – ... l’homme ... en lui seul en effet la liberté, l’indépendance à l’égard du principe de raison suffisante, cet attribut réservé à la chose en soi et qui répugne au phénomène, a cependant chance d’intervenir jusque dans le phénomène ; d’une seule manière, il est vrai : en produisant au jour une contradiction du phénomène avec lui-même.» Va-t-il nous l'indiquer comment intervenir ? Et c'est là que nait sa liberté, si vous arrivez à le trouver dans son texte.
552 Note 37 p1054 «... la motivation est l'une des quatre figures du principe de raison. La loi de causalité et celle de l'enchaînement logique sont deux autres figures.» qu'elle est la 4ème ?
553 «... voilà bien pourquoi, plus un esprit est grossier, assujetti aux inspirations de l’instinct, plus il met de chaleur à plaider la thèse de la liberté présente jusque dans les actions particulières, tandis que les plus puissants esprits de tous les temps l’ont niée ; autant en firent, au reste, les religions dont le sens est le plus profond.» je doute que les religions l'aient lié, Saint Augustin a créé le libre arbitre pour nous rejeter entier dans nos responsabilités.
«...la coexistence de ce déterminisme avec la liberté dont jouit la volonté prise en soi et hors du monde des apparences, c’est Kant le premier, et le mérite n’en est pas petit, qui en a fait la preuve ; c’est lui qui a établi la distinction entre les deux caractères, l’intelligible et l’empirique, distinction qui est à conserver, selon moi ; le premier n’est autre que la volonté, comme chose en soi, se manifestant en un individu déterminé, et jusqu’à un certain degré ; le second, c’est cette manifestation même, qui se déploie dans la conduite de l’individu, selon la loi du temps, et puisqu’elle se matérialise en lui, selon la loi de l’espace.»
555 «L’entendement en effet ne connaît les décisions de la volonté que par expérience, a posteriori.»
556 «Le caractère intelligible, qui fait qu’étant donnés les motifs, une seule détermination est possible, bref ce qui rend cette détermination nécessaire, ne tombe pas sous le regard de l’intellect ; c’est le caractère empirique seul qui lui est connu, et d’une façon successive, acte par acte. Aussi la conscience dans son rôle de faculté de connaître, l’intellect en un mot, se figure, dans chaque cas proposé, que deux partis contraires s’offrent à la volonté,...»
557 «les deux décisions doivent paraître également possibles ; et voilà justement l’illusion de la liberté empirique du vouloir.»
563 Le repentir par la religion n'a pas conséquence sur le mal agir. Tout a fait d'accord.
Pour certains nous naissons méchants mais c'est le temps qui le révèle ?! Fatalisme donc.
565 «L’origine du regret n’est jamais dans un changement de la volonté, il n’en est point de tels, mais dans un changement de la pensée. Ce que j’ai une fois voulu, tout au moins l’essentiel, le fond de ce que j’ai voulu, je dois le vouloir encore ; car je suis ce même vouloir, supérieur au temps et au changement. Ce que je peux regretter, ce n’est donc pas ce que j’ai voulu, mais bien ce que j’ai fait...» Regret de la conséquence par la connaissance donc, mais pas dans désir ? Et pourquoi pas ?
Ensuite l'homme par la connaissance dépasse-t-il dans sa liberté l'animal ?
576 Caractères intelligible, empirique ou acquis nous rendent-ils de fait libre dans nos choix ?
582 Note 75 p1066 «Tout ce passage est imprégné de morale stoïcienne. ...relire chap 16...»
583 «...parler du caractère acquis ; il n’a pas, à vrai dire, autant d’importance aux yeux du moraliste proprement dit, que pour la conduite de la vie ; mais enfin il fallait en parler, puisqu’il se range à côté du caractère intelligible et de l’empirique, et forme une troisième espèce dans un genre, dont les deux premières méritaient d’assez amples explications ; il fallait arriver à comprendre comment la volonté, dans tous ses phénomènes, est soumise à la nécessité, tout en demeurant elle-même digne du nom de libre, ou plutôt de toute-puissante.» Sommes nous libres ou pas ?
Chap. 56
585 «...où nous avons clos le second livre, ... le but de la volonté ; en réponse à cette question, nous avions vu apparaître une théorie ; comment la volonté, à tous les degrés de sa manifestation, du bas jusqu’en haut, manque totalement d’une fin dernière, désire toujours, le désir étant tout son être ; désir que ne termine aucun objet atteint, incapable d’une satisfaction dernière, et qui pour s’arrêter a besoin d’un obstacle, lancé qu’il est par lui-même dans l’infini.» Un obstacle pour arrêter la Volonté ?
Déjà une idée du trou noir «...la pesanteur, effort interminable, et qui tend vers un point central, sans étendue, qu’il ne pourrait atteindre sans s’anéantir et la matière avec ; et toutefois il y tend et y tendrait encore, quand l’univers serait tout entier concentré en une masse unique.»
588 Progression non scientifique. Ainsi pendant très longtemps les bébés ne souffraient pas ! «Dans les plantes, pas de sensibilité encore ; pas de douleur par suite ; chez les animaux les plus infimes, les infusoires et les radiés, à peine un faible commencement de souffrance ; même chez les insectes, la faculté de recevoir des impressions et d’en souffrir est fort limitée encore ; il faut arriver aux vertébrés, avec leur système nerveux complet, pour la voir grandir, et du même pas que l’intelligence. Ainsi, selon que la connaissance s’éclaire, que la conscience s’élève, la misère aussi va croissant ; c’est dans l’homme qu’elle atteint son plus haut degré, et là encore elle s’élève d’autant plus que l’individu a la vue plus claire, qu’il est plus intelligent...» Contredit à la fin de ce chapitre.
Le pauvre chou. «...c’est celui en qui réside le génie, qui souffre le plus.»
Chap. 57
591 «Or cet effort incessant, qui constitue le fond même de toutes les formes visibles revêtues par la volonté, arrive enfin, dans les sommets de l’échelle de ses manifestations objectives, à trouver son principe vrai et le plus général ; là, en effet, la volonté se révèle à elle-même en un corps vivant, qui lui impose une loi de fer, celle de le nourrir ; et ce qui donne vigueur à cette loi, c’est que ce corps c’est tout simplement la volonté même de vivre, mais incarnée. Voilà bien pourquoi l’homme, la plus parfaite des formes objectives de cette volonté, est aussi et en conséquence, de tous les êtres le plus assiégé de besoins ; de fond en comble, il n’est que volonté, qu’effort ; des besoins par milliers, voilà la substance même dont il est constitué.»
593 «Ce qui fait l’occupation de tout être vivant, ce qui le tient en mouvement, c’est le désir de vivre. Eh bien, cette existence, une fois assurée, nous ne savons qu’en faire, ni à quoi l’employer ! Alors intervient le second ressort qui nous met en mouvement, le désir de nous délivrer du fardeau de l’existence, de le rendre insensible, « de tuer le temps, » ce qui veut dire de fuir l’ennui. Aussi voyons-nous la plupart des gens à l’abri du besoin et des soucis, une fois débarrassés de tous les autres fardeaux, finir par être à charge à eux-mêmes, se dire, à chaque heure qui passe : autant de gagné !»
595 Quel pisse-froid, pour ne pas dire pisse-vinaigre. «rien ne révèle mieux ce besoin d’excitation de la volonté que l’invention et le succès du jeu de cartes ; rien ne met plus à nu le côté misérable de l’humanité.» On peut jouer aux cartes sans s'exciter.
Chap. 58
Comme dans la chapitre précédent : douleurs, souffrances, frustrations sinon ennuis avec comme consolations les religions et superstitions.
Chap. 59
Que de souffrance vu par Hamlet (page 612), Dante et le nouveau testament où le monde et le mal sont synonymes (614).
Chap. 60
615 «L’affirmation de la volonté, c’est la volonté elle-même, subsistant avec l’intelligence et n’en étant point affaiblie, telle enfin qu’elle s’offre en général, emplissant la vie de l’homme. Or le corps est une première manifestation de la volonté, ...Nous pouvons par conséquent dire, au lieu d’affirmation de la volonté, affirmation du corps.»
«Le thème sur lequel la volonté, par ses actes divers, exécute des variations, c’est la pure satisfaction des besoins qui, en l’état de santé, résultent nécessairement de l’existence même du corps ; ce corps déjà les exprime ; et ils se ramènent à deux points : conservation de l’individu, propagation de l’espèce. C’est par rapport à eux seulement que les motifs les plus variés ont prise sur la volonté et engendrent les actes les plus multiples. Chacun de ces actes n’est qu’une preuve, un exemple de la volonté qui se manifeste dans son ensemble par ces besoins ; quant à la forme de cette preuve, quant à l’aspect du motif, c’est chose secondaire ici ; .... C’est seulement par les motifs que la volonté devient visible, ... Le motif, en général, est devant la volonté comme un Protée [pouvoir de se métamorphoser] aux mille figures ; il est la promesse d’une satisfaction pleine et continue, d’un apaisement de la soif de vouloir ; mais ce but est-il atteint, le voilà qui change d’aspect, revient et de nouveau met la volonté en branle...»
617 «...l’espoir des biens qu’ils espèrent comme prix de leurs peines. Ils travaillent donc, vont de l’avant, sérieux, l’air important même ; tels les enfants appliqués à leur jeu. »
« C’est par exception seulement qu’une telle vie voit son cours troublé, l’intelligence s’étant affranchie du service de la volonté, et s’étant mise à considérer l’essence même de l’univers, d’une façon générale ; elle aboutit alors, soit, pour satisfaire le besoin esthétique, à un état contemplatif, soit, pour satisfaire le besoin moral, à un état d’abnégation. »
«Mais la plupart des hommes fuient, leur vie durant, .... souvent la volonté en eux s’exalte jusqu’à une affirmation extraordinairement énergique du corps, d’où sortent des appétits violents, de puissantes passions ; alors l’individu ne s’en tient pas à affirmer sa propre existence, il nie celle de tous les autres, et tâche de les supprimer dès qu’il les trouve sur son passage.» Violences, guerres ...
Et encore du sexe :-) et suivant p618 note 108 p1072 développement du chapitre 26
618 et suivant note 108 p1072 développement du chapitre 26.
Point de vue sur le péché originel d'Adam
619 Puis mythe grec de Proserpine mangeant la grenade ne peut sortir de l'enfer. Pomme et grenade se rejoignent.
Chap. 61
623 «Nous l’avons vu au second livre, dans la nature entière, à tous les degrés de cette manifestation de la volonté, nécessairement il y a guerre éternelle entre les individus de toutes les espèces ; cette guerre rend visible la contradiction intérieure de la volonté de vivre.»
«...nous allons considérer l’Égoïsme, principe de toute cette guerre, dans sa source même.»
«Le temps et l’espace étant la condition même sous laquelle peut se réaliser la multiplicité des semblables, nous les avons nommés le principe d’individuation.»
«la volonté doit se manifester par une pluralité d’individus. Cette pluralité d’ailleurs ne l’atteint pas, elle volonté, elle chose en soi ; il ne s’agit que des phénomènes ; pour elle, elle est en chaque phénomène tout entière et indivisible, et voit tout autour d’elle l’image répétée à l’infini de sa propre essence.» Anthropomorphisme, non ?
«Quant à cette essence en soi, à la réalité par excellence, c’est au dedans d’elle-même, là seulement, qu’elle la trouve. Voilà pourquoi chacun veut tout pour soi, chacun veut tout posséder, tout gouverner au moins ; et tout ce qui s’oppose à lui, il voudrait pouvoir l’anéantir. Ajoutez, pour ce qui est des êtres intelligents, que l’individu est comme la base du sujet de la connaissance...» Donc chacun voit en soi la Volonté infinie et veut tout !?
624 «Tout individu, en tant qu’intelligence, est donc réellement et se paraît à lui-même la volonté de vivre tout entière ; il voit en lui la réalité solide du monde, la condition dernière qui achève de rendre possible le monde en tant qu’objet de représentation, bref un microcosme parfaitement équivalent au macrocosme.» Moi je suis le monde. En mon centre il y a tout.
«... chaque individu, en dépit de sa petitesse, bien que perdu, anéanti au milieu d’un monde sans bornes, ne se prend pas moins pour centre du tout, faisant plus de cas de son existence et de son bien-être que de ceux de tout le reste, ... prêt à y sacrifier tout ce qui n’est pas lui, à anéantir le monde au profit de ce moi, de cette goutte d’eau dans un océan, et pour prolonger d’un moment son existence à lui. Cet état d’âme, c’est l’égoïsme, et il est essentiel à tous les êtres dans la nature ...»
«L’égoïsme, en effet, a pour base, pour point d’appui, cette opposition même du microcosme et du macrocosme...»
626 «...on voit chacun non seulement arracher au premier venu ce dont il a envie, mais, pour accroître même imperceptiblement son bien-être, ruiner à fond le bonheur, la vie entière d’autrui.» Gauchiste va !
Chap. 62
Chapitre copieux sur la justice où l'on y trouve les mots : remords, conscience, propriété, droit, possession, appropriation, acquisition,perpétration, violence, mentir, mensonge, injustice, rupture de contrat, blâmable, morale, contrainte, pâtir, contrat social, juridique, châtiment, loi, vengeance,
626 «...sa forme première et simple l’affirmation de la volonté de vivre ; à savoir la pure affirmation de notre propre corps, ou la manifestation de la volonté, par des actes, dans le temps, manifestation parallèle, sans plus, à celle que donne déjà, dans l’espace, le corps avec sa forme et son adaptation à certaines fins. Cette affirmation a pour signe la conservation du corps, et l’application à cet objet de toutes les forces de l’individu.»
629 «...pour qu’il y ait propriété, pour qu’il y ait injustice à prendre à un homme un certain bien, il faut, d’après notre théorie de l’injustice, que ce bien soit le travail produit par les forces de cet homme ...» Ce qui n'est pas son cas ayant hérité.
645 L'état n'est pas moral «...la doctrine du droit selon Kant, où la construction de l’État se déduit de l’impératif catégorique, et devient un devoir de moralité, ce qui est une grave erreur, – voilà la raison qui jusqu’à ces derniers temps a donné naissance à d’étranges doctrines, comme celle-ci que l’État est un moyen de nous élever à la moralité, qu’il naît d’une aspiration à la vertu, que par suite il est tout dirigé, contre l’égoïsme. Comme si l’intention intime, en qui seule réside la moralité ou l’immoralité, comme si la volonté, la liberté éternelle, se laissait modifier par une action extérieure, altérer par une intervention ! Une théorie non moins fausse, c’est encore celle qui fait de l’État la condition de la liberté au sens moral du mot, et, par là même, de la moralité ; tandis qu’en réalité la liberté est au-delà du monde des phénomènes, et à plus forte raison au-delà du domaine des institutions humaines.»
646 «...c’est justement de l’égoïsme que naît l’État, mais d’un égoïsme bien entendu, d’un égoïsme qui s’élève au-dessus du point de vue individuel jusqu’à embrasser l’ensemble des individus, et qui en un mot tire la résultante de l’égoïsme commun à nous tous ; servir cet égoïsme-là, c’est la seule raison d’être de l’État,...» Pas très optimiste. Donc le moins centralisé possible.
648 Les points les plus importants de sa doctrine, par la philosophie pour l’usage de la politique, dont le droit de propriété. Pas trop anar le gars.
649 «Kant a déclaré qu’en dehors de l’État il n’y a pas de droit parfait de propriété ; c’est une erreur profonde. De toutes nos déductions précédentes il résulte que, même dans l’état de nature, la propriété existe, accompagnée d’un droit parfait, droit naturel, c’est-à-dire moral, qui ne peut être violé sans injustice, et qui peut au contraire être défendu sans injustice jusqu’à la dernière extrémité.» Quel est ce droit naturel ? Le territoire marqué par son urine ?
650 «...nul homme n’a qualité pour s’ériger en juge et en punisseur, au sens moral pur des mots, non plus que pour châtier, par des douleurs qu’il infligerait, les méfaits d’autrui, pour leur imposer en somme une pénitence.» Alors qui ?
653 «Sénèque formule en deux mots la pensée de Platon et la théorie de tous les châtiments, en disant : ...Quand on est sage, on ne punit pas parce qu’une faute a été commise, mais pour qu’il n’en soit plus commis.» C'est inutile avec du partage, de l'exemplarité et de l'éducation.
Eris est la déesse de la discorde.
Il avait déjà pensé à la surpopulation «...un excès de population encombrant toute la planète, et les maux effroyables qui naîtraient de là, c’est à peine si une imagination audacieuse arriverait à les concevoir»
Chap. 63
654 Attention à la justice éternelle ! Mais je ne vois les conséquences sur l'individu fautif.
Il ne reste que l'âme qui peut être pesée et réincarnée suivant la religion indouiste suivant vos fautes en sous-castes, pire en femme ou en animal. S'en réjouit-il ? Pas clair.
Ses pronostiques sur l'évolution des influences de nos religions sur l'Asie ou des sagesses indiennes sur l'Europe 160 ans plus tard n'est pas confirmée. Malgré les répressions les unes se sont installées en Asie et les autres gardent une influence limitée.
656 Cité sur la même page Hasard et destin, deux termes opposés il me semble.
«...au milieu du monde tel qu’il est, gouverné par le hasard et par l’erreur, soumis à la loi du temps, périssable, souffrant sans trêve.»
«Considérez leur destinée, d’ensemble et en général. Cette destinée, la voici : besoin, misère, plaintes, douleur, mort.»
«S’il était possible de mettre dans une balance, sur l’un des plateaux toutes les souffrances du monde, et sur l’autre toutes les fautes du monde, l’aiguille de la balance resterait perpendiculaire, fixement.» Dans le Folio-essais c'est péché à la place de faute. Dans les deux cas je ne vois pas cette implication dans la chose en soi ?
659 Le principium individuationis cité 8 fois sur 3 pages.
Chap. 64
Contre l'injustice le sacrifice individuel pour le justice universelle et comment cette dernière se révèle-t-elle à nous.
665 «...je veux encore mettre ici en évidence deux propriétés de notre nature, qui sont propres à jeter de la lumière sur cette notion, ce sens obscur, qui avertit chacun de l’existence d’une justice éternelle, et aussi de ce qui en fait la base, à savoir l’unité, l’identité profonde de la volonté à travers tous ses phénomènes.»
Cité "amphibolie des concepts" : confusion par deux idées opposées. Auguste Burdeau traduit "Prend le change entre deux concepts".
668 «...là l’individu se sacrifie ; en effet, il s’efforce de devenir le bras de la justice éternelle, dont il méconnaît encore l’essence propre.»
Chap. 65
668 «Toutes les considérations qui précèdent touchant l’action humaine préparent la voie à celles qui seront les dernières. Notre tâche se trouve ainsi fort allégée, et nous pouvons, abordant la signification morale des actions, cette qualité que le vulgaire exprime par les mots bon et méchant, mots d’une clarté suffisante à ses yeux, nous pouvons introduire dans ce sujet une précision abstraite et philosophique...»
681 «Cette analyse gagnerait encore en clarté et serait plus complète, si nous étudiions de la même façon la bonté, comme qualité de la volonté humaine, puis la résignation entière et la sainteté, qui découlent de la bonté à son degré suprême. Car les contraires s’éclairent toujours mutuellement, et le jour se révèle en même temps que la nuit, comme l’a dit excellemment Spinoza.»
Chap. 66
682 «Une morale non fondée en raison, celle qui consiste à « faire la morale aux gens », ne peut avoir d’action, parce qu’elle ne donne pas de motifs. D’autre part, une morale qui en donne ne peut agir, qu’en se servant de l’égoïsme ; or, ce qui sort d’une pareille source n’a aucune valeur morale. D’où il suit qu’on ne peut attendre de la morale, ni en général de la connaissance abstraite, la formation d’aucune vertu authentique ; elle ne peut naître que de l’intuition, qui reconnaît en un étranger le même être qui réside en nous.» On approche de l'altruisme.
693 «Il me reste, pour terminer cet exposé, à montrer comment la douceur d’âme, cet amour qui a pour origine et pour substance une intuition capable d’aller au-delà du principe d’individuation, nous conduit à la délivrance, c’est-à-dire à l’abdication de toute volonté de vivre ; il me reste aussi à faire voir comment il y a une autre route, moins douce, plus fréquentée pourtant, qui conduit l’homme au même résultat. Mais auparavant, je dois exposer et expliquer ici une proposition paradoxale, non par goût du paradoxe, mais parce qu’elle est vraie, et que sans elle on ne connaîtrait pas toute ma pensée. La voici : « Toute douceur est pitié. »» Traduit pour Folio-essais «Tout amour est compassion». Mais la compassion n'est pas l'amour. Note 181 p1079 parle de l'agapè en grec (traduit par charité), dans le nouveau testament Amour chrétien (1ère épître se St Paul au Corinthiens (XIII) et le 1ère dite de Jean. A partir d'ici Schopenhauer se situe dans un contexte chrétien.
Chap. 67
Bonté et connaissance de la souffrance de l'autre.
698 «ce qui excite principalement notre pitié, c’est le sort de l’humanité entière, de l’humanité vouée d’avance à une fin qui effacera toute une vie ...»
Chap. 68
699 «Quand le voile de Maya, le principe d’individuation se soulève, devant les yeux d’un homme, au point que cet homme ne fait plus de distinction égoïste entre sa personne et celle d’autrui, quand il prend aux douleurs d’autrui autant de part que si elles étaient les siennes, et qu’ainsi il parvient à être non seulement, très secourable, mais tout prêt à sacrifier sa personne s’il peut par là en sauver plusieurs autres ; alors, bien évidemment cet homme, qui dans chaque être se reconnaît lui-même, ce qui fait le plus intime et le plus vrai de lui-même, considère aussi les infinies douleurs de tout ce qui vit comme étant ses propres douleurs, et ainsi fait sienne la misère du monde entier. Désormais nulle souffrance ne lui est étrangère. Toutes les douleurs des autres, ces souffrances qu’il voit et qu’il peut si rarement adoucir, celles dont il a connaissance indirectement, et celles même enfin qu’il sait possibles, pèsent sur son cœur, comme si elles étaient les siennes.» L'empathie.
718 «On se rappelle que, dans le troisième livre, nous avons fait consister, en grande partie, le plaisir esthétique, en ce que, – dans la contemplation pure, – nous nous dérobons pour un instant au vouloir, c’est-à-dire à tout désir, à tout souci ; nous nous dépouillons de nous-mêmes, nous ne sommes plus cet individu ... mais le sujet sans volonté et éternel de la connaissance pure, le corrélatif de l’Idée ; nous savons aussi que les instants où, délivrés de la tyrannie douloureuse du désir, nous nous élevons en quelque sorte au-dessus de la lourde atmosphère terrestre,...
Chap. 69
Suicide et mortification.
731 «Nous avons jusqu’ici, dans les limites de notre sujet, suffisamment exposé la négation du vouloir-vivre, le seul acte de notre liberté qui se manifeste dans le phénomène ... rien n’est plus différent de cette négation que la suppression effective de notre phénomène individuel, je veux dire le suicide. Bien loin d’être une négation de la Volonté, le suicide est une marque d’affirmation intense de la Volonté.» Note 235 p1087 ... responsabilité totale par la liberté vue par Kant ... concept de grâce (chrétienne) par Schopenhauer ...racines ontiques (de l'être) de l'individualité ...
Chap. 70
État de grâce ?
747 «Ces dogmes de la religion chrétienne ne se rattachent point directement a la philosophie ; néanmoins, je les ai appelés ici en témoignage ; je n’ai eu en cela qu’une seule intention : j’ai voulu montrer que la morale issue de l’ensemble de nos études, morale d’ailleurs parfaitement conséquente et cohérente dans toutes ses parties, a beau être neuve et surprenante dans son expression, qu’elle ne l’est point dans le fond ; loin d’être une nouveauté, elle s’accorde pleinement avec les véritables dogmes chrétiens qui la contiennent en substance et la résument ; d’ailleurs, les dogmes chrétiens eux-mêmes s’accordent non moins parfaitement, malgré la radicale diversité des formes, avec les doctrines et les préceptes moraux, bien plus anciens, qui sont contenus dans les livres sacrés de l’Inde.»
«Ces dogmes de l’Église chrétienne nous ont encore servi à expliquer et à élucider la contradiction apparente qui sépare, d’une part, la nécessité qui régit tous les phénomènes du caractère, étant donnés les motifs (c’est le règne de la nature), et, d’autre part, la liberté qu’a la volonté en soi de se nier elle-même et de supprimer le caractère en même temps que la nécessité des motifs, fondée sur le caractère lui-même (c’est le règne de la grâce).»
Chap. 71
Le néant ... relatif
750 «Ce qui est généralement admis comme positif, ce que l’on appelle l’être [l'étant dans Folio-essais], ce dont la négation est exprimée par le concept du néant dans son acception la plus générale, c’est justement le monde de la représentation, celui que j’ai démontré être l’objectité et le miroir de la Volonté. Cette Volonté, ce monde, c’est nous-mêmes ; la représentation fait partie du monde, dont elle est une des faces ; quant à la forme de cette représentation, c’est l’espace et le temps, c’est par suite tout ce qui existe au point de vue de l’espace et du temps, en quelque lieu et en quelque instant que ce soit. Qui dit négation, suppression, conversion de la volonté, dit donc en même temps suppression et anéantissement du monde, qui est le miroir de la Volonté. Dès que nous ne la voyons plus dans ce miroir, nous nous demandons en vain ce qu’elle peut être devenue ; du moment qu’elle est soustraite aux relations d’espace et de temps, nous portons son deuil et nous la croyons abîmée dans le néant.» Disparition de la Volonté dans le miroir qu'est ce monde ou disparition du monde dans le miroir de la volonté ? Pas évidant dans les 2 traductions. Et quel cet état, comment l'a-t-il obtenu par la contemplation ? Par l'expérience esthétique ?
«Il suffirait, si cela nous était possible, de changer le point de vue pour renverser les signes ; et alors ce qui était tout à l’heure l’être nous ferait l’effet du néant, et réciproquement.»