Sortir de l'histoire officielle

    


Philosophie en vrac
Des textes, des idées qui font tilt, piochés ça et là dans des bouquins, des revues, à la radio, faisant écho à mes réflexions ou m'ouvrant d'autres voies.

On y parle de : Antoine Compagnon - dominants/dominés - Gille Deleuze - les concepts - l'inconscient - la pensée - Cratyle de Platon (par Proust) -  Leibniz - Les plis - Platon - Aristote - la forme - espèce (eidos) - le caractère - L'âme humaine et la psyché - l’éthos ou la manière d'être -  la raison - la force (kratos) - l'éthique (éthos) - P. Ricœur - J. Habermas - Saint augustin - Russel et de la fumisterie intellectuelle ...

La cabane - Essenine - Thoreau - Onfray

Deleuze (Leibniz - les plis)

Kant

Schopenhauer

Serres Michel et Jean-François (S'engager contre la solitude)


Philosophie magazine hors série Pascal 2019 :
Antoine Compagnon «... la volonté est en même temps, au sens augustinien, une puissance qui agit à notre insu, sous l'empire de nos désirs. Nous vivons sous la tyrannie de l'imagination.»

Pierre Bourdieu dans le Magazine Littéraire d'octobre 1998 :
- Cité par Dominique Colas philosophie page 28 : «... Bourdieu utilise centralement et massivement le terme de domination et non celui d'exploitation : au couple exploiteur/exploité de Marx et des marxistes, il préfère le couple dominants/dominés, c'est à dire qu'à une analyse en terme économique (d'exploitation) il préfère une analyse en terme de pouvoir (de domination).»
- Cité par Jean-Paul Dollé philosophie page 32 : «Toute l’œuvre de Bourdieu est traversée par la même question : comment fonctionne la domination des dominants sur les dominés, comment et pourquoi se reproduit-elle et surtout pourquoi cette domination est - la plupart du temps - réputée naturelle et légitime par les dominés ?»

Le magazine littéraire 472 février 2008
Aristote
page 29 La Forme par Arnaud Macé : (eidos, morphe) «Aristote, après Platon, est un philosophe de la forme, mais il tient à souligner que les formes, selon lui. ne sont pas séparées des choses sensibles comme les formes platoniciennes, mais en constituent les structures immanentes. La forme, qui doit être distinguée de la simple configuration (skhèma), s'identifie à la définition de l'essence de la chose. Chez les vivants, c'est le principe vital, l'âme, qui leur permet d'assurer leur fonction. Pour l'artefact, la forme de la maison consiste dans le fait qu'elle soit faite de telle sorte qu'elle puisse accomplir sa fonction, être un abri, et la matière(les briques) et la configuration de celles-ci découlent de cette cause formelle. La forme. en tant qu'espèce (eidos) est aussi le concept par lequel nous disons l'être de chaque chose.»
54 Qu'est-ce que l'éthique par Anne Merker
«Nous sommes là en deçà de l'acception moderne du terme « éthique ». empreint de dignité et pointant vers des considérations élevées relevant de la morale en ce qu'elle a de plus exigeant. C'est donc simple ment l'étude des caractères.»
«… le caractère est une qualité complexe en ce qu'il résulte d'une relation interne à des composantes psychiques hétérogènes. L'âme humaine, la psyché de l'être humain, n'est en effet pas uniforme. Il y a en nous une faculté de penser. c'est à-dire non pas la simple conscience. que tout être doué de sensation a en partage, mais une faculté rationnelle capable de saisir des rapports de causalité, capable de saisir des principes, de se demander « pourquoi? » et de remonter, par la chaîne de cette question répétée, à une origine et un principe premier.»
«Malgré ce partage de ses facultés avec ce qui vaut moins que lui (la bête) et avec ce qui vaut mieux que lui (le dieu), l'humain présente une particularité insigne : il est le seul vivant qui réunisse en lui à la fois du désir et de la pensée rationnelle. quand la bête a certes du désir sans avoir de pensée, et quand le dieu a de la pensée, car il est pensée, sans avoir de désir, puisqu'il n'a rien à désirer : il est parfait, achevé, ne manquant de rien . L'humain, lui, est marqué par le besoin, le manque, il n'est pas autarcique, et du fait de cette condition qu'il partage avec tous les vivants mortels, il a du désir. Or l’éthos [la manière d'être], c'est précisément la relation entre le désir et la pensée intellectuelle, l’éthos est la qualité de notre désir en tant qu'il suit, ou ne suit pas, la raison, ...»
55 «...le caractère : c'est la qualité de notre désir, élément non rationnel dans l’âme, en tant qu'il obéit ou désobéit à une raison prescriptive. lui fait suite ou ne lui fait pas suite. L’éthos est ainsi le cœur de l'être humain, de son humanité.»
« Une personne est donc qualifiée moralement à partir du type d'objet qu'elle se représente comme bon et qu'elle désire parce qu'elle le croit bénéfique, et de là, puisque le plaisir n'est jamais loin du désir, la personne est qualifiée moralement à partir du type d'objets auxquels elle prend plaisir. La raison prescrit ce qui est à rechercher ou à fuir : elle dit ce qui est bon, c'est-à dire bénéfique. et ce qui est mauvais, c'est-à-dire nuisible. »
« ... la raison, enferrée dans une erreur dont elle ne se corrige pas, inverse le bon et le mauvais, en même temps que le désir reste ordonné à la raison et poursuit ce qu'elle affirme à tort comme bon, alors la personne est vicieuse ... »
56 «  ...la raison, qui affirme ou nie qu'une chose soit bonne, et les opérations du désir, qui poursuit le bon et rejette le mauvais. En effet. Il arrive que la raison soit dans le vrai, mais que le désir tende malgré elle vers ce qu'elle présente comme à rejeter. La raison et le désir sont alors en conflit, et entrent dans un rapport de force (kratos). »
«  … [ Même] si les actes résultants, vus de l'extérieur, sont les mêmes … d'un point de vue éthique. [vertu et vice] sont très différents. Le vertueux n'est pas habité par une relation de domination de sa raison sur ses désirs : il n'a plus de désirs différents de ce que prescrit la raison, il ne désire pas un plaisir de manière excessive. »
«  … l'éthos de l'intempérant, même s'il ressemble au vice, n'est pas du vice l'intempérant lutte contre ses désirs excessifs, mais il perd la bataille. Le vicieux non seulement satisfait ses désirs débordants, mais en outre, il juge qu'il est bon de les satisfaire. »
« Le problème éthique principale résoudre touche la relation entre ce qu'il y a de non rationnel et ce qu'il y a de rationnel en l'âme humaine, … Il est ... impossible que la raison. par ses moyens propres et de manière directe, domine ce qui est irrationnel, car, précisément, on ne peut pas raisonner ce qui ne raisonne pas. »
86 Pierre-Emmanuel Dauzat "Saint Augustin passe aux aveux" traduit par Frédéric Boyer :
... il faudrait traduire Augustin comme un saint qu'il n'était pas ... Arraché au sommeil de traductions saint-sulpiciennes ... rendre à l'oralité un texte ... un traducteur, surtout s'il est poète. Jamais si proche de sa propre confession ...»

Bertrand Russell - DE LA FUMISTERIE INTELLECTUELLE

Préface de Jean Bricmont - Extraits :
«A la lecture de la Fumisterie on peut s’interroger sur la pertinence de la critique de ces « crétineries intellectuelles » aujourd’hui. La plupart des chrétiens diront que plus personne parmi eux ne soutient les idées brocardées dans la Fumisterie, et que le christianisme contemporain est devenu compatible avec la science et la rationalité. Mais, même en admettant que cela fût vrai – ce qui reste très discutable –, ce genre de réponse soulève un sérieux problème : comment se fait-il qu’un dieu, en principe bon et tout-puissant, ait laissé les croyants s’égarer à ce point et, plus étrange encore, comment se fait-il que ceux-ci n’aient été éclairés que grâce à l’action patiente des libres penseurs et des sceptiques que toutes les églises ont persécutés aussi longtemps qu’elles ont pu le faire ?
    Reste néanmoins l’objection de la non-pertinence. Commençons par envisager celle faite à Russell, par John Maynard Keynes, que Russell considérait comme une des personnes les plus intelligentes qu’il ait connue. Keynes estimait que Russell « entretenait simultanément deux opinions ridiculement incompatibles. Il pensait que les affaires humaines étaient gérées d’une façon totalement irrationnelle, mais que le remède était simple et facile, à savoir qu’il suffisait de les gérer rationnellement. »
    Ce type d’objection est fréquemment soulevée à l’encontre des rationalistes, mais Russell n’était pas si simpliste ; il pensait que la crétinerie intellectuelle était universelle et probablement éternelle, mais qu’on pouvait néanmoins s’élever contre elle et accomplir des progrès dans cette lutte.»
Extraits du texte :
«Dès lors que nous renonçons à la raison pour nous soumettre à l’autorité, nous ne savons plus à quel saint nous vouer. Qui fait autorité ? L’Ancien Testament ? Le Nouveau Testament ? Le Coran ? En dernière instance, nous nous en remettons au livre considéré comme sacré par la communauté qui est la nôtre et nous y sélectionnons les passages qui nous agréent, en faisant l’impasse sur les autres. Il fut un temps où le verset le plus significatif de la Bible était : « Tu ne souffriras pas que vive une sorcière. » [Exode XXII,18 "Tu ne laisseras point vivre la magicienne".]
Aujourd’hui, nous préférons le passer sous silence ou marmonner une excuse quelconque. Ainsi, même en nous référant à un livre sacré, nous nous arrangeons toujours pour adopter une vérité qui conforte nos préjugés. Aucun catholique, par exemple, ne s’attarde sur le verset selon lequel un évêque ne peut prendre qu’une seule femme.[ Timothée III,2 Donc qu'il peut de marier et que les autres peuvent en avoir plusieurs.]»
«la queue blanche des lapins, à en croire certains théologiens, a pour fonction de les rendre visibles aux chasseurs»
« Si les institutions politiques étaient réglées de telle sorte que la guerre ne soit manifestement pas rentable, rien dans la nature humaine n’obligerait à ce qu’elle advienne ni ne nous frustrerait si elle n’advenait pas.»
«Les sornettes que l’État est capable de nous faire avaler sont sans limite. Donnez-moi une armée digne de ce nom, donnez-moi les moyens de lui offrir un salaire plus généreux et une nourriture plus abondante que la moyenne, et je vous garantis qu’en l’espace de trente ans je me débrouillerai pour faire croire à la majorité de la population que deux et deux font trois, que l’eau gèle à 100 degrés et qu’elle entre en ébullition au-dessous de zéro, ou n’importe quelle autre fadaise susceptible de servir les intérêts de l’État. Évidemment, même si l’on y croyait, nul ne s’aviserait de mettre la bouilloire au congélateur pour faire chauffer de l’eau. Le fait que le froid porte l’eau à ébullition serait une vérité sacro-sainte, que l’on professe d’un ton exalté mais que l’on n’aurait pas idée d’appliquer dans la vie quotidienne. Toute négation de la sacro-sainte doctrine serait déclarée illégale et les hérétiques récalcitrants seraient « gelés » sur le bûcher. Ceux qui n’embrasseraient pas avec enthousiasme la doctrine officielle seraient interdits d’enseigner ou d’occuper un poste à responsabilités. Seuls les plus hauts fonctionnaires se permettraient d’admettre en aparté que ce ne sont que des foutaises, en ricanant dans leur barbe et en levant leur verre. Je caricature à peine ce qui se passe dans certains États modernes.
    La découverte que l’État peut manipuler le peuple à sa guise est l’une des causes de nos malheurs. Un groupe de citoyens libres d’esprit et une communauté abrutie par la propagande sont aussi dissemblables qu’un tas de matériau brut et un navire de guerre.»
«...des aphorismes directement empruntés à Platon, non de ceux que citent les érudits, mais des inepties comme : « L’homme qui ne recherche pas la vérité se réincarnera en femme ». Les commentateurs des grands philosophes ont toujours le bon goût de fermer les yeux sur leurs remarques les plus absurdes.
Aristote, malgré le prestige dont nous le parons, n’est jamais à court de fadaises. Il recommande de concevoir les enfants en hiver, quand le vent souffle du nord, et promet aux couples mariés trop jeunes qu’ils engendreront des filles. À l’en croire, le sang des femelles est plus sombre que celui des mâles ; le cochon est le seul animal susceptible d’attraper la rougeole ; les insomnies d’un éléphant se guérissent en lui appliquant un onguent de sel, d’huile d’olive et d’eau chaude ; les femmes ont moins de dents que les hommes ; etc. Toutes ces fadaises n’ont pas empêché les philosophes de saluer en Aristote un parangon de sagesse.»
«Quelque 600 ans avant notre ère, Lao-Tseu s’indignait des routes et des ponts, qu’il jugeait « non naturels », et il préféra quitter la Chine pour vivre parmi les barbares occidentaux.»
«Dans l’Antiquité, quand la suprématie masculine était incontestée et la morale chrétienne encore inconnue, les femmes étaient de charmantes idiotes et l’homme qui les prenait au sérieux n’était guère respecté. Platon réprouvait le théâtre au motif que, pour mettre en scène des personnages féminins, le dramaturge devait imiter les femmes.»
«Les généralisations relatives aux caractéristiques nationales sont tout aussi courantes et tout aussi infondées. Jusqu’en 1870, les Allemands étaient représentés comme une nation de professeurs à lunettes, nombrilistes et rêveurs. Depuis 1870, il a fallu revoir de fond en comble cette conception. La plupart des Américains s’imaginent que les Français sont tout entiers occupés par les intrigues amoureuses ; Walt Whitman, dans l’un de ses poèmes, évoque ainsi le « couple adultère sur le canapé sournois ». Les Américains expatriés en France sont éberlués, et peut-être dépités, par la solidité des liens matrimoniaux. Avant la révolution russe, on imaginait que les Russes étaient dotés d’une âme slave, incompatible avec un comportement raisonnable mais imbue d’une sagesse mystique que ne pouvaient espérer atteindre des nations plus pragmatiques. Du jour au lendemain, tout a basculé : la mystique a été évincée au profit d’ambitions plus terre à terre. En réalité, ce qu’une nation prend pour le caractère national d’une autre repose sur quelques personnalités éminentes ou sur la classe dirigeante. C’est ce qui explique qu’un changement de régime suffise à invalider de tels stéréotypes.» Sur notre vision passée des allemands Simone Weil dans L'Enracinement en a fait la même description.
«Certaines questions sont cependant plus difficiles à vérifier de manière expérimentale. Même si, comme la plupart de vos semblables, vous avez des idées bien arrêtées, il est toujours possible de prendre conscience de vos propres préjugés. Si la moindre contradiction vous met en colère, c’est qu’inconsciemment vous vous savez incapable de justifier l’opinion qui est la vôtre. Si votre interlocuteur maintient que deux et deux font cinq, ou que l’Islande se situe sur l’équateur, vous le prendrez en pitié plutôt qu’en haine, à moins que votre ignorance en arithmétique ou en géographie soit telle que son opinion suffise à ébranler la vôtre. Les controverses les plus hargneuses portent sur des questions qui n’admettent de preuve ni d’un côté ni de l’autre. La persécution est une arme propre à la théologie, et non à l’arithmétique : l’arithmétique, en effet, repose sur un savoir, mais la théologie repose simplement sur des opinions. Quand une divergence d’opinion vous irrite, méfiez-vous : vous verrez peut-être, après examen, que votre croyance va au-delà de ce que justifient les preuves.» Ho là attention, quand suis-je irrité ?
«Si vous êtes un homme, vous ferez valoir que la plupart des poètes et des hommes de science sont des hommes ; si vous êtes une femme, vous répliquerez que ces statistiques valent aussi pour les criminels.»

Marcel Proust ou par Marcel Proust
Dans le hors série de Lire 2019 - Marcel Proust.
Page 52 La bourse ou la vie par Jérôme Dupuis : «Pour son plus grand malheur, boursicoter et rêver ne font souvent qu'un pour lui. « A l'heure qu'il est, mon esprit subtil que le roulis caresse voyage entre les mines d'or d'Australie et le chemin de fer du Tanganyika et se posera sur quelque mine d'or qui j'espère méritera vraiment son nom», écrit-il à Reynaldo Hahn, en octobre 1908. N'ayons pas peur des mots : Proust est un boursicoteur cratyléen. Cette théorie platonicienne, qui pose que la vérité des êtres et des choses est contenue dans leur nom même, figure au centre de la Recherche que l'on songe aux rêveries sur les sonorités de «Guermantes » ... Ce qui séduit Proust dans la Bourse, ce n'est pas l'analyse économique ou financière, mais la charge poétique des titres : Malacca Rubber Plantations, Chicago Burlington, North Caucasien and Ural Caspian...
On s'en doute, le Cratyle de Platon n'est pas le meilleur manuel d'investissement en Bourse.»
Le Cratyle est un dialogue de logique de Platon portant sur la question de la rectitude des noms. Il s'agit de savoir jusqu'où la langue est un système de signes en relation avec ce qu’ils représentent.

Michel Onfray, Emmanuel Macron, Paul Ricœur et Jürgen Habermas

Michel Onfray, invité de l'émission “C l'hebdo” de France 5 cité par valeurs actuelles le 26 septembre 2017.
«... à propos des références philosophiques du chef de l’État : “Habermas est un ancien de la 'Hitlerjugend' et Ricœur, ancien pétainiste. Il faut faire attention quand on n'a pas le sens du symbole. Il faut faire attention à ses références”. Le philosophe allemand Jürgen Habermas a grandi sous le nazisme et a été enrôlé dans les jeunesses hitlériennes, ce qui a suscité une polémique en Allemagne en 2006.»
Tiré de Wikipédia « ...Certains évoquant un passage pétainiste de Paul Ricœur ; ce dernier s'explique sur cet épisode dans une note publiée en 1994, le présentant comme un moment de désarroi. ... Dans l’article Sur la passade pétainiste de Paul Ricœur : un bref épisode ?7, Robert Levy critique la position défendue par le philosophe. D’une part, parce que les propos de François Dosse « ne sont à la lettre que des reprises de ce que Paul Ricœur disait lui-même de lui-même dans La Critique et la Conviction » en matière d’explication quant à cette période. D’autre part, parce qu’il conteste la soi-disant brièveté (automne 1940-fin de l’hiver 1941) de l’affiliation de Ricœur à ces idées politiques (et avance l’hypothèse d’une extension avant et après ces dates) en s’appuyant sur trois faits. Tout d’abord, un article paru en mars 1939 dans la revue Terre Nouvelle, intitulé Où va la France ? Perte de vitesse en réaction au discours d’Hitler prononcé le 30 janvier 1939 au Reichstag. Ensuite, un voyage d’étude en Allemagne à Munich à l’été 1939...»
Mais à France Culture le 22 février 2018 L'élan bouleversant d'Habermas «Contre le nazisme, d’abord, ce nazisme dans lequel Habermas a d’abord baigné, puisque son père avait adhéré au parti national-socialiste et que lui-même est  passé par les Jeunesses hitlériennes. Contre l’Allemagne de l’après-guerre, ensuite, qui le dégoûtait d’autant plus que beaucoup de ses profs étaient d’anciens nazis sans remords. « Nous devions vivre avec cette évidence que nous nous trouvions dans une université où d’anciens nazis donnaient des cours, raconte Habermas. C’était ainsi, on ne pouvait rien faire contre ». Or en réalité, vous l’aurez compris, il aura beaucoup fait, contre. Habermas n’a pas cessé de traquer le nazisme, ses concepts, son jargon, à même le texte, jusqu’au coeur de la philosophie. Indigné par l’aveuglement dont a longtemps bénéficié Heidegger, Habermas s’est cabré contre une certaine pensée française. Contre le culte du tragique et du crépusculaire, il a défendu les ressources de la pensée rationnelle, les droits de ce qu’il nomme une « raison faible, faillible, mais non défaitiste ». Sans pitié pour l’héritage du nazisme en philosophie, Habermas se montre aussi très critique à l’égard de sa propre tradition, la tradition critique, de gauche, issue de la fameuse école de Francfort.»